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Elrond et la Bruinen
#19
Avec du retard (puisque certaines pistes ont déjà été mentionnées) voici la contribution que j’avais promis sur le chat à Edrahil, ce dernier ne pouvant plus dire que son fuseau est resté lettre morte ;-)

Plusieurs théories peuvent expliquer, ou pour le moins apporter des éléments d’explications, à la crue du Bruinen

1° théorie : le barrage.

C’est l’explication la plus logique, la plus rationnelle. En plusieurs siècles, les elfes ont eu tout le temps de construire une retenue d’eau suffisamment grande pour permettre de déclencher une crue apte à emporter tout ennemi traversant le Bruinen.

Cependant, elle se heurte à plusieurs inconvénients.

Tout d’abord l’un des premiers arguments de cette théorie est le fait qu’à aucun moment Gandalf ne laisse entendre que cette crue est d’origine magique (tout en reconnaissant que lui-même y a distillé un peu de son art). Mais pour les elfes, il n’y a pas de magie :

- Et vous? demanda-t-elle, se tournant vers Sam. Car c'est là ce que vous autres appelleriez de la magie, je pense: encore que je ne comprenne pas très bien ce que vous entendez par là; et vous semblez aussi user du même mot pour les fourberies de l'Ennemi. Mais ceci, si vous le voulez bien, est la magie de Galadriel. N'avez-vous pas dit que vous aimeriez voir de la magie elfique ?

La Communauté de l’Anneau, Livre II, Chap. VII. Le Miroir de Galadriel, Page 479

Il semble normal que Gandalf, pour parler des oeuvres des elfes, n’use pas de ce mot même s’il s’agissait là de magie.

Ensuite quand on lit les descriptions des cités et des édifices des elfes (et notamment la Lothlorien), on est frappé par leur intégration dans leur environnement. Or, et à moins d’avoir déjà une retenue naturelle (ce qui peut être le cas compte tenu du caractère encaissé de la vallée du Bruinen), je vois difficilement les elfes d’Imladris en train de construire un barrage dont la retenue d’eau engloutirait une partie de la vallée.

Troisièmement, en admettant qu’il y ait un barrage, il faut des vigies en permanence pour garder le gué et un système d’alerte extrêmement performant pour pouvoir lâcher la crue à l’instant précis où le capitaine des Esprits-Servants de l’Anneau rentre dans l’eau.

Enfin et surtout, une crue provenant d’une retenue d’eau n’a qu’un temps et dans le cas qui nous occupe, celle-ci est tellement violente qu’elle est très courte. Donc, s’il s’agit d’un lâché de barrage, elle ne peut avoir d’efficacité que contre quelques individus mais doit être parfaitement inefficace contre une armée car elle ne lui bloquerait le passage que quelques minutes. Ce qui est confirmé par Gandalf :

- Non, dit Gandalf. Leurs chevaux ont dû périr, et privés d'eux ils sont estropiés. Mais les Esprits-Servants de l'Anneau ne peuvent être aussi aisément détruits. Quoi qu'il en soit, il n'y a plus rien à craindre d'eux pour le moment. Vos amis ont traversé après le passage de la crue; et ils vous ont trouvé gisant le visage contre terre au sommet de la rive, avec une épée brisée en dessous de vous.

La Communauté de l’Anneau, Livre II, Chap. I. Nombreuses Rencontres, Page 300


2° théorie : le pouvoir d’Ulmo.

Une crue subite et destructrice d’un cour d’eau douce renvoie au pouvoir d’Ulmo, seigneur des eaux. D’où la question : le Vala ne protègerait-il pas Imladris ? Pour répondre à cette question, il s’agit de remonter dans le passé et retrouver un autre exemple de cité bénéficiant de la protection d’Ulmo.

De nombreux parallèles pourraient être faits entre la cité de Gondolin fondée par Turgon et celle d’Imladris. Tout d’abord il s’agit de refuges dans un monde ou rode l’Ennemi et ses espions. Dans ces havres de paix perdure le souvenir des temps anciens. L’une et l’autre se blottissent dans une vallée entourée de montagnes et où l’eau est omniprésente. De plus, Elrond est l’arrière petit fils de Turgon de par sa grand mère, Idril. Parallèle pour le moins surprenant, Glorfindel qui s’est battu à Gondolin défend également Imladris. Enfin, on pourrait se poser la question comment Elrond avec les débris de l’armée des Noldor a-t-il fait pour trouver Imladris ? Peut-être a-t-il été guidé lui aussi par Ulmo vers un sanctuaire ? (Je pourrais également faire le parallèle entre les armées scintillantes de Gondolin et les cavaliers brillants de la crue du Bruinen).

Cependant nous avons là un écueil de bonne taille :

Les Valar décidèrent de ne plus intervenir dans les affaires du monde lorsque Melkor vola les Silmarils. Or au cours du 1° âge, Ulmo s’est permis d’agir à l’encontre de la volonté de ses pairs et a été le Vala à avoir le plus aidé les enfants d’Ilúvatar lors de la lutte contre Morgoth. Mais, s’il a montré à Turgon l’emplacement de la future cité de Gondolin, s’il lui a envoyé un messager en la personne de Huor équipé des armes laissés en ce but par le roi elfe, c’était toujours une aide indirecte pour lutter contre Morgoth, un ancien Vala. Par la suite, pour contrer Sauron (un simple Maïa si j’ose dire), les Valar ont envoyé les Istari mais ne sont jamais intervenus en personne. Donc, il semble peu probable que pour contrer les agents de Sauron, un simple Maïa, Ulmo intervienne directement.

Pour contrer cet argument, on pourrait arguer qu’Ulmo a très bien pu donner à Elrond le pouvoir de contrôler le Bruinen afin qu’il dispose d’un sanctuaire inviolable. La phrase de Gandalf pourrait aller dans ce sens puisqu’il dit que le Bruinen obéit à Elrond. Après tout, le Demi-Elfe est quand même le descendant de Turgon et d’Huor qui étaient dans les petits papiers d’Ulmo. Mais pourquoi un tel régime de faveur ? Gondolin ne bénéficiait pas d’une telle protection alors qu’elle était sous la menace d’un ennemi autrement plus puissant que Sauron. Et évidemment je n’ai rien trouvé permettant d’étayer un tant soit peu cette théorie que je qualifierais de capillotractée tant qu’il n’y aura pas un écrit à se mettre sous la dent.

Quant à Glorfindel, sa présence à Gondolin et à Imladris n’est qu’un hasard du point de vue externe, n’est-ce pas Gurth ;-)


3° théorie : les anneaux.

Nous ne savons pas grand chose des pouvoirs des anneaux elfiques mis à part leur effet sur le temps et les coeurs. Peut-être peuvent-ils créer un tel phénomène mais ce ne seraient que pures spéculations nullement étayées. De plus, Elrond dispose de Vilya, l’anneau de l’air ! (Ce serait pour cela que les étoiles brillent avec autant d’intensité au-dessus d’Imladris, page 389 du Silmarillion). A priori pas grand chose à voir avec la crue d’une rivière de montagne. Si encore il avait détenu Nenya…


4° théorie : le parallèle avec le brouillard de Galadriel

Il n’y a pas beaucoup de manifestations de magie dans le légendaire mais il en est une qui est intéressante :

Mais pour l’heure elle apparaissait toute ensevelie dans un lumineux brouillard ; et ils se desolerent de voir le brouillard gagner la riviere et deferler sur tout le pays devant leurs pas. (…) En s’approchant, ils virent que la blanche nuee repoussait les tenebres de Dol Guldur, et bientot ils y penetrerent, chevauchant lentement au debut, et precautionneusement ; mais sous ces courtines, toutes choses s’eclairaient d’une lumiere limpide et sans nulle ombre, tandis que de part et d’autre, il y avait comme de blanches murées qui dissimulaient leur avance furtive.
« La Dame du Bois Dore est avec nous, semble t-il », dit Borondir.

Contes et Légendes Inachevés du Troisième Age, La chevauchée d’Eorl, page 50.

Lors de la chevauchée d’Eorl, un mystérieux brouillard vint opportunément cacher les combattants et les faire progresser bien plus vite que ce qui aurait dû être. On attribue ce brouillard à la Dame de Lothlorien. Comment a-t-elle fait ? Il n’y a pas de barrage qui permet de constituer une retenue de brume ;-) Son anneau ? J’y opposerai les mêmes objections que ci-dessus. Comment traiter cette étrange similitude entre la crue du Bruinen d’Elrond et l’apparition du brouillard de Galadriel. Faudra-t-il admettre que les elfes ont des pouvoirs "magiques" ? En ce sens :

Les Ainur ont eu surtout affaire aux Elfes, car Ilúvatar avait donné à ceux-ci une nature proche de la leur, bien que leur taille et leurs pouvoirs fussent moindres, alors qu’il accorda aux Humains d’étranges qualités.

Le Silmarillion, Quenta Silmarillion, Au commencement des jours, page 48.

Donc il semblerait bien que les Elfes aient des pouvoirs analogues à ceux des Valar. Moins puissants mais réels.


Mais il y a une 5° théorie ;-):

"J'ai craint un moment que nous n'ayons libéré une fureur trop grande et que la crue, échappant à notre contrôle, ne vous emporte tous.". Pourquoi nous ? Gandalf aurait-il fait plus qu’un peu de décorum ?

Peut-être un élément de réponse dans le Silmarillion :

Pendant toutes les années du Troisième Age qui suivirent la mort de Gil-galad, Maître Elrond resta à Imladris où il réunit de nombreux Elfes et d'autres êtres doués de sagesse ou de pouvoir venus de tous les peuples des Terres du Milieu. Il préserva durant de longues générations le souvenir des belles années, sa demeure fut le refuge des faibles et des opprimés, un trésor de bons conseils et de connaissances utiles.

Le Silmarillion, Les Anneaux du Pouvoir et le Troisième Age, Où ces récits viennent à leur fin,
Page 388.

« de nombreux Elfes et d’autres êtres doués […] de pouvoir » Quels elfes ? Quels êtres ? Quel pouvoir ? En fait, cette crue ne serait-elle pas une œuvre collective dans laquelle aurait trempée Elrond et Gandalf, mais bien d’autres encore… ;-)

A vous lire ;-)

Vinch'

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