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Monothéisme et théogonie (synthèse)
#5
IV – Du monde de Tolkien

Il est temps maintenant après cette remise en contexte d’envisager la vision personnelle de Dieu et le rôle des Ainur dans le Silmarillion et notamment dans les récits de la Création d’Arda.

[small]1) Eru[/small]

La question du nom de Dieu ne peut être évitée. On a vu combien elle pouvait être révélatrice dans la Bible. Le Dieu de Tolkien est appelé Eru, ce qui signifie « l’Unique », « Celui qui est le seul ». Peut-on aller jusqu’à souligner en outre la ressemblance entre « Eru » et « El », le singulier d’« Elohim » ? Ce singulier semblerait alors mettre plus en évidence encore l’unicité du principe créateur, et confirmer de fait le postulat monothéiste, mais il poserait également problème, en cela qu’il deviendrait impossible d’englober Eru et les Ainur dans un seul pluriel, comme le pluriel « Elohim » pourrait englober la cour des anges.
Cependant Eru est aussi nommé Ilúvatar par ses créatures, ce qui signifie « Père de tout ». Deux possibilités s’offrent alors. En premier lieu, l’état originel partagé entre Eru et le néant ([emphase]« timeless void »[/emphase]) peut rappeler l’état originel de la mythologie grecque : d’une part l’abîme (ou chaos), d’autre part une force primordiale d’engendrement (Gaïa fécondée par Eros). Rappelons que Gaïa n’est pas une déesse au même titre que les dieux du panthéon, de même que rien ne permet de supposer qu’il est possible de placer Eru sur le même plan que les Ainur ; par ailleurs les dieux sont issus de sa descendance, ce qui peut rappeler les Ainur, [emphase]« les rejetons [normal][small](1)[/small][/normal] de [la] pensée [d’Ilúvatar] »[/emphase]. Eru serait alors, non véritablement un dieu, mais une force primordiale comparable à celles de la mythologie grecque. Il est « père de tout » au sens où il engendre tout un panthéon.
Néanmoins, ces ressemblances superficielles ne permettent pas de résumer Eru à un simple principe générateur. L’engendrement dans l’Ainulindalë et le Valaquenta est un thème récurrent ; mais on peut dès à présent souligner le fait qu’Eru a engendré les Ainur dans un but, et que ceux-ci ne peuvent que se soumettre à son autorité ou se révolter contre elle ; en aucun cas ils n’ont l’indépendance des dieux grecs. Le nom d’Ilúvatar le place donc dans la catégorie des Créateurs, plus proche du Dieu biblique que d’une force primordiale, et a plus forte raison du Zeus grec. Néanmoins, on retiendra l’idée que ce dieu unique n’apparaît pas de la même façon aux yeux de tous. Créateur, Eru est aussi omniscient, ce qui le classe définitivement du côté du monothéisme.
L’ambiguïté ne vient donc pas du personnage d’Eru mais de l’essence et du rôle des Ainur, ceux qu’il appelle [emphase]« angelic created beings »[/emphase] et non [emphase]« Gods »[/emphase].
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