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Monothéisme et théogonie (synthèse)
#7
[small]3) Le cas des Maiar[/small]

Les Maiar, ces [emphase]« esprits […] du même ordre que les Valar, mais d’un moindre degré »[/emphase], n’ont cependant pas le même rôle, dès leur arrivée en Arda. Notons que dans les premières versions, certains d’entre eux (notamment Eönwë et Ilmarë) sont désignés comme les enfants des Valar.

On peut constater en effet que sous certains rapports il est plus aisé de rapprocher les Maiar des anges que les Valar :
- ils sont « serviteurs et aides », et agissent généralement à la demande des Valar,
- leur nombre exact est inconnu, et seuls sont nommés les principaux, comme c’est au départ le cas pour les anges de la Bible,
- Eönwë est le « porte-bannière et héraut » de Manwë, et il combat en outre pour lui,
- ils servent d’intermédiaires entre les Valar et les peuples de la Terre du Milieu, comme Eönwë : [emphase]« Hail, Eärendil ! […] That voice was the voice of Eönwë, herald of Manwë, and he came from Valimar, and summonned Eärendil to come before the Powers of Arda. = Salut à toi, Eärendil ! […] Cette voix était celle d’Eönwë, héraut de Manwë, et il venait de Valimar, et il sommait Eärendil de se présenter devant les Puissances d’Arda. »[/emphase]
- Eönwë également a enseigné aux Edain, remplissant en cela la fonction de guide des anges : [emphase]« Eönwë vint parmi eux et fut leur professeur ; et ils reçurent sagesse et pouvoir, et une vie plus résistante qu’aucun autre de race mortelle n’a jamais possédée. »[/emphase] (Akallabêth)
- enfin, ce sont des Maiar, les Istari, qui furent envoyés au Troisième Âge en Terre du Milieu pour [emphase]« s’opposer au pouvoir de Sauron »[/emphase], non pas en combattant eux-mêmes cette fois, mais en [emphase]« incit[ant] les Elfes et les Hommes et toutes créatures vivantes de bonne volonté à faire montre de courage. »[/emphase] (« Des Anneaux de Pouvoir et du Troisième Âge »). On retrouve ici encore la mission de guides.

On peut faire une remarque à propos de l’union de Melian la Maia et du roi des Sindar Elu Thingol. La mythologie antique n’est pas la seule en effet à comporter des récits d’union entre mortels et êtres d’origine divine, comme en témoigne ce passage de la Bible :

[citation=Genèse VI 1-4 (traduction de la pléiade)]Quand les hommes commencèrent a se multiplier a la surface du sol et que des filles leur naquirent, il advint que les fils d'Elohim s'aperçurent que les filles des hommes étaient belles. Ils prirent donc pour eux des femmes parmi celles qu’ils avaient élues. [...] En ces jours la il y avait sur géants sur la terre et même après cela: quand les fils d'Elohim venaient vers les filles des hommes et qu'elles enfantaient d'eux, c'étaient des héros qui furent jadis des héros de renom.[/citation]

Dans la Bible de Jérusalem, cet épisode comporte en note :

[citation]Episode difficile (de tradition « yahviste »). L’auteur sacré se réfère à une légende populaire sur les Géants, en hébr. Nephilim, qui seraient des Titans orientaux, nés de l’union entre des mortelles et des êtres célestes. Sans se prononcer sur la valeur de cette croyance et en voilant son aspect mythologique, il rappelle seulement ce souvenir d’une race insolente de surhommes, comme un exemple de la perversité croissante qui va motiver le déluge. Le Judaïsme postérieur et presque tous les premiers écrivains ecclésiastiques ont vu des anges coupables dans ces « fils de Dieu ». mais à partir du IXe siècle, en fonction d’une notion plus spirituelle des anges, les Pères ont communément interprété les « fils de dieu » comme la lignée de Seth et les « filles des hommes » comme la descendance de Caïn.[/citation]

Cependant, dans l’édition de la Pléiade, la note donne :

[citation]Les fils d’Elohim sont des êtres mystérieux qui participent de la nature divine et seront identifiés aux Anges. Ils forment la cour céleste dans Job, I, 6  ; 2, 1 ; XXXVIII, 7. […] Les géants, de l’hébreux « nephîlîm » « qui tombent » du ciel, après l’union des fils de Dieu et des filles des hommes, se retrouveront parmi les occupants fabuleux de la Terre Promise (Nombres, XIII, 33). Ils font partie des « gibborîm », c’est-à-dire des « héros », qui dépassent l’humanité ordinaire, tel Nemrod dans X, 8. L’épisode des fils de Dieu et des filles des hommes est un premier préambule à la catastrophe du Déluge.[/citation]

La descendance de Melian s’est éteinte trop rapidement pour être à l’origine de tout une race. On peut remarquer cependant que Lúthien fut bel et bien une héroïne, et que sa puissance dépassa celle des autres Elfes, pour le bien ou le mal : n’oublions pas que son geste, lorsque avec Beren elle s’empara du Silmaril, aboutit à d’autres combats contre les fils de Fëanor, et que c’est finalement la convoitise de Thingol pour le joyau qui fut à l’origine de sa mort et de la rupture de l’Anneau de Melian, finalement de la chute définitive de Doriath, lors du retour des fils de Fëanor. Le destin de la descendance de Melian comporte donc la même ambivalence que la nature des géants bibliques. Notons toutefois qu’à ce niveau il est hasardeux d’établir des analogies, dans la mesure où Tolkien n’a pas voulu donner une traduction du récit biblique, mais plutôt tenter de concilier le dire du Livre avec la description de son monde, dans un souci de cohérence avec ses propres convivtions ; le Silmarillon n’est pas un ouvrage évangélique, et bien évidemment pas une allégorie. Sans doute ne doit-on pas chercher alors à y retrouver l’épisode des fils d’Elohim, ni du Déluge ou du départ vers Canaan (bien qu’il soit tentant d’effectuer un rapprochement avec la punition divine de la chute de Númenor/Atlantide, ou le départ des Elfes pour Valinor, avec les trois chefs de tribus partis d’abord en « éclaireurs ») ou tout autre épisode de la Genèse. Néanmoins, la nature et le destin de Lúthien semblent en accord avec le récit biblique.

Ainsi il le rôle qu’on attribue d’ordinaire aux anges semble apparaître mieux dans le cas des Maiar que des Valar. Tolkien ayant cependant précisé qu’il n’y avait pas une différence de nature entre les deux, on ne peut supposer que les Valar seraient des dieux, et les Maiar des anges. Les deux sont d’essence « angélique », mais il semble que les Valar soient des êtres d’un ordre et d’une fonction qui n’est pas définie dans la Bible : non un grade intermédiaires entre anges et dieux, mais une qualité d’anges envisageables dans le cadre de la tradition chrétienne, et cependant non mentionnée explicitement ; en cela se dégagerait l’originalité du récit Tolkienien.

On examinera, pour mieux dégager ce rôle, des théories philosophiques auxquelles peut se rattacher le récit de la création d’Arda.
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