24-07-2003, 02:57
CdC Wrote:OK Cathy. Mais alors (desole de reposer une question trivial), les istaris ont ils une libido ? La realisent ils d'une facon ou d'une autre (meme si l'auteur estime peut etre que c'est pas nos affaires) ? Sinon pourquoi ?
La libido en TdM ?? Vaste question ;-))
Je vais aborder le problème selon une perspective toute tolkienienne ;-) D’après mon Gaffiot, voici grosso modo les 3 sens du mot latin « libido » :
1. envie, désir : voluptatis, le désir de la volupté
2. désir déréglé, envie effrénée, fantaisie, caprice (« libides » : les passions, les excès de tout genre)
3. sensualité, désir amoureux, débauche, dérèglement
Morgoth a eu ce genre de désir pour Luthien : [emphase]« … à voir sa beauté, il fut pris en son cœur d’un désir pervers … »[/emphase] (Silm p.237). On peut aussi évoquer Celegorm qui voyant Luthien [emphase]« en fut aussitôt épris »[/emphase] (Silm p.226). Ce qui rapproche Celegorm et Morgoth, c’est que leur désir s’accompagne de noirs desseins d’ordre ‘politique’.
Dans une mesure moindre, il y a aussi l’elfe noire, Eol, qui, en apercevant Aredhel, la trouva [emphase]« très belle et il la désira … »[/emphase] (Silm p.171).
Quel contraste avec les rencontres amoureuses de Thingol/Melian et Beren/Luthien ! Toutes les 2 ont le don du chant qui ensorcèle, toutes les 2 ont un visage tout de lumière qui enchante … ainsi pour Thingol, il est écrit qu’[emphase]« un charme le saisit, il ne bougea plus … »[/emphase] (p.68) et de même pour Beren : [emphase]« il resta sans voix comme sous l’effet d’un charme ... »[/emphase] (p.215). La rencontre de Finwë et d’Indis se fait aussi dans la lumière et la musique : [emphase]« And when Finwë heard that song falling from above he looked up and saw Indis in the golden light, and he knew in that moment that she loved him … his heart turned at last to her … »[/emphase] (HoMEX, p.238). Même Turin évoque la lumière en parlant de son amour pour Niniel (CLI I, p.185).
Ces amours renvoient aux 2 concepts fondamentaux de la mythologie du Légendaire, la Lumière et la Musique ; par contre si l’on s’en tient à l’étymologie du mot libido, il s’agit bien du premier groupe de dérèglements qu’évoque Paul (Epître aux Galates, 5, 19) : l’impureté qui pervertit l’amour humain (libertinage, impureté et débauche).
Que Gandalf, celui qui n’a pas failli à sa mission, en soit dépourvu, cela semble logique (et peut-être a-t-il une p’tite amie maia qui l’attend à Valinor ;-))
Cynewulf >>> Melkor a en effet violé Arië, mais par « désir » de voler ses pouvoirs et de l’humilier, c’est la colère qui le guide, pas vraiment le goût pour la débauche ;-))
Cathy ( qui trouve qu’une analyse freudienne de la libido en TdM inutile et sans intérêt par contre ;-))

