03-11-2003, 23:08
Rque : Ylla, il n'y a pas que 7 anges ans dans la cour céleste biblique ;-) : [emphase]« Elle avait une grande et haute muraille. Elle avait douze portes, et sur les portes douze anges. Des noms y étaient inscrits, ceux des douze tribus des fils d’Israël »[/emphase] (Apocalypse 21:12)
Il me semble que plusieurs points liant les anges de la tradition biblique et les « êtres angéliques » de Tolkien méritent d’être relevés dans cette discussion.
1) Le prince du monde
[citation=Gershom Scholem, La kabbale, p.568-9]L’ange Métatron, lui, a un rôle très particulier dans l’univers angélique puisqu’il est devenu le « prince de la Face » parmi les « princes de la face », se tenant devant le Roi (Dieu). Le Talmud ( Sanhédrin, 38b) fait de lui l’Ange du Seigneur mentionné dans Exode 23, 21, duquel il est dit : « Et écoute sa voix, ne lui sois pas rebelle, car mon nom est en lui ». Au point que certaines versions anciennes du Talmud aujourd’hui disparues portaient probablement la leçon radicale que disait lire le karaïte Kirkisani : « Celui-ci est Metatron, qui est le petit YHWH ». (…)
Il semble que l’appellation de « petit YHWH » ou « petit Seigneur » fut d’abord appliquée à Jahoel (…) mentionné dans l’ Apocalypse d’Abraham (datant du début du IIe siècle) (…) avant même que Jahoel soit identifiée à Métatron (…).[/citation]
Voilà qui explique comment une tradition va se cristalliser autour de l’ange Métatron considéré comme le « prince du monde » (A. Cohen, Le Talmud, PBP 65, p.138).
N’oublions pas d’autre part que :
[citation=Valaquenta, p. 26, §5][Manwë] était destiné à être, dans la plénitude des temps, le premier des Rois: seigneur du royaume d'Arda et maître de tous ses habitants. (…) Súlimo est un de ses noms, Seigneur du Souffle d'Arda[/citation]
[citation=Quenta Silmarillion, I., Au Commencement des Jours, p.6, §2][Manwë] fut nommé Légat d'Ilúvatar, Roi du monde des Valar, des Elfes et des Humains, premier défenseur du monde contre les maléfices de Melkor.[/citation]
Un traité du Talmud (Haguiga 15a) nous raconte que lorsque l’apostat Acher (= Élisha ben Avuyah) fit l’ascension du paradis, « il vit Métatron, qui avait reçu la permission de rester assis pendant qu’il enregistrait les mérites d’Israël. Acher dit : ‘‘Il a été déclaré que dans le ciel il n’y a ni effort, ni fatigue, qu’on ne s’assied pas, qu’on n’a pas de dos. Existerait-il donc deux pouvoirs ?’’ » On considère que l’apparition de Métatron assis, alors que tous les autres anges, en présence de Dieu, sont obligés de se tenir debout, a conduit Acher à penser que Métatron était doté d’un pouvoir divin et donc à croire au dualisme. (Cohen, p.138, Scholem, p.567)
Il se trouve qu’au-delà des termes de [emphase]« Roi »[/emphase] ou de [emphase]« Seigneur »[/emphase] d’Arda, ce qui caractérise Manwë est bien son trône au [emphase]« sommet sacré du Taniqueltil »[/emphase], trône sur lequel on le voit souvent assis, régentant le monde. (QS : I, p.42, 46 ; III, p.61 ; VIII, p.93, 94, 95 ; IX, p.105). Or, ce trône n’est rien moins que l’image terrestre du [emphase]« trône d’Ilúvatar »[/emphase] (Ainulindalë, p.15 x2) ; quoi de plus normal pour le [emphase]« Légat d’Ilúvatar »[/emphase] ?
2) Les frères
[citation=A. Cohen, Le Talmud, PBP 65, p.138]On accouplait à Métatron un autre ange, du nom de Sandalphon, mot grec (sunadelphos) qui signifie « frère associé (à son frère) ». De tous les anges Sandalphon est celui dont la stature s’élève le plus haut. « Entre ses compagnons angéliques et lui, la différence de taille représente l’espace qu’on parcourt en cinq cent années » ( Haguiga, 13b).[/citation]
Or, non seulement [emphase]« Manwë et Melkor étaient frères dans l'esprit d'llúvatar. »[/emphase] (Valaquenta, p.26, Ainulindalë, p.21) mais : [emphase]« Le plus grand des Ainur qui descendit sur le monde était d'abord Melkor, [et] Manwë est plus cher au cœur d'Ilúvatar et comprend mieux ses intentions. »[/emphase] (Valaquenta, p.26, §5).
La mention du [emphase]« trône de Morgoth »[/emphase] (QS : XVIII, p.199 ; XIX, p.237, 238 ; XX, p.253 ; XXI, p.271 ; XXII, p.304 ; XXIV, p.332) vient renforcer le lien entre Melkor et Manwë tout en soulignant l’opposition des deux frères : alors que le trône de Manwë est au sommet du Taniquetil, le [emphase]« trône de nuit »[/emphase] Morgoth est [emphase]« souterrain »[/emphase] (QS : XVIII, p.199, XX, p.253).
3) La chute
Dans La Venue des Elfes et la captivité de Melkor (QS, III), nous voyons que très tôt, Melkor [emphase]« développe sa puissance »[/emphase], [emphase]« pervertissant »[/emphase] la création en [emphase]« êtres malfaisants »[/emphase], en [emphase]« monstres »[/emphase] et [emphase]« apparitions épouvantables »[/emphase]. [emphase]« II avait rassemblé ses démons à Utumno, ceux qui l'avaient suivi au temps de sa splendeur et s'étaient corrompus comme lui »[/emphase]. Et Sauron était [emphase]« lieutenant de Melkor »[/emphase], chargé de commander Angband, la [emphase]« place forte »[/emphase] avec [emphase]« tout un arsenal »[/emphase]. C’est [emphase]« à cette époque, [que] le sinistre Melkor créa aussi des monstres innombrables, de toutes formes et de toutes espèces, qui agitèrent longtemps le monde »[/emphase] (p.56-7).
Or nous lisons un récit équivalent dans le Livre d'Hénoch :
[citation=I Hénoch, VI,1-VIII ,1]Il arriva que lorsque les humains se furent multipliés, il leur naquit des filles fraîches et jolies. Les anges, fils du ciel, les regardèrent et les désirèrent. (…) Shemêhaza, qui était leur chef, leur dit : « Je crains que vous ne renonciez, et je serai tout seul coupable d’un grand péché. » (…) Alors ils jurèrent tous ensemble et ils se vouèrent mutuellement à l’anathème pour cela. Ils étaient en tout deux cents. (…)
Voici les noms de leurs chefs : Shemêhaza est le premier (…) Asaël le dizième après lui (…) ce sont leurs décurions.
Ceux-là et tous leurs compagnons prirent pour eux des femmes (…) Ils leurs enseignèrent les drogues, les charmes, la botanique et ils leur montrèrent les herbes. Les femmes conçurent et enfantèrent des géants, hauts de trois mille coudées qui dévorèrent out le fruit du labeur des hommes, si bien que les hommes ne purent plus les nourrir. Les géants se liguèrent contre eux pour les tuer et dévorèrent les hommes. Ils se mirent à pécher contre toutes les bêtes, oiseaux, quadrupèdes, reptiles, poissons, et à se dévorer entre eux. Ils burent le sang. Alors la terre accusa les criminels pour ce qui avait été fait.Azaël apprit aux hommes à fabriquer des épées, des armes, des boucliers, des cuirasses, choses enseignées par les anges. (…)
Azaël apprit aux hommes à fabriquer des épées, des armes, des boucliers, des cuirasses, choses enseignées par les anges. (…)[/citation]
4) L’intercession
[citation=I Hénoch, VIII ,4-IX,11]Comme les hommes périssaient sur la terre, une clameur monta jusqu’aux cieux.
Alors Michel, Sariel, Raphaël et Gabriel jetèrent un regard depuis le sanctuaire céleste. Ils virent que beaucoup de sang était répandu sur la terre et que toute la terre était pleine de vice et de la violence qui y était commise. Ils se dirent l’un à l’autre : « C’est la voix de ceux qui crient depuis la terre jusqu’aux portes du ciel, les âmes des hommes accusent et disent : ‘‘ Portez notre cause devant le Très-Haut.’’ » Ils dirent au Seigneur : « Tu es le Seigneur des seigneurs, le Dieu des dieu, le Roi des âges (…) C’est Toi qui as fait toutes choses et qui détiens toute autorité, tout est devant Toi visible et découvert, Tu vois tout ce qu’a fait Azaël : c’est lui qui a enseigné tous les forfaits commis sur la terre (…) Et Shemêhaza, auquel Tu avais donné autorité sur ses compagnons ! (…) Les femmes ont mis au monde des titans par la faute desquels la terre s’est remplie de sang et de violence. Et maintenant voici que les âmes des victimes crient et font monter leur accusation jusqu’aux portes du ciel. Leur plainte s’élève et on ne peut se dérober au spectacle des abominations commises sur terre. Tu connais toute chose avant qu’elle n’arrive, Tu vois cela et Tu les laisses agir, sans même nous dire ce que nous devons faire à leur sujet ! »[/citation]
Les anges « glorieux » que sont Michel, Rapahël, Sariel et Gabriel sont troublés devant le mal que subit la terre et ses habitants à cause des anges déchus. Ils se tournent alors vers Dieu, le Seigneur, dans l’attente d’un ordre à suivre : « que devons-nous faire à leur sujet » ?
Un comportement identique se rencontre chez les Valar qui découvrent les méfaits de Melkor :
[citation=QS, III, p.57.61]Il arriva que les Valar réunirent un conseil, troublés qu’ils étaient par les nouvelles que Yavanna et Oromë rapportaient des Terres extérieures. La première s’adressa aux Valars et leur dit :
— (…) Laisserons-nous alors les terres qui leur sont destinées dans la désolation, sous le règne du mal ? Les laisserons-nous dans les ténèbres quand nous sommes dans la lumière ?
(…) Manwë médita longtemps sur son trône du Taniquetil, puis il demanda le conseil d’Ilúvatar.[/citation]
5) L’enchaînement
[citation=QS, III, p.61.62-3]
Manwë médita longtemps sur son trône du Taniquetil, puis il demanda le conseil d’Ilúvatar.
Il descendit alors à Valmar et fit rassembler les Valar dans le Cercle du Destin, et même Ulmo quitta la Mer Extérieure pour venir au conseil.
Et Manwë parla :
— Voici l’avis que m’a inspiré Ilúvatar : il nous faut reprendre à tout prix la maîtrise d’Arda et délivrer les Quendi de l’ombre de Melkor.
(…) Enfin les portes de la forteresse furent enfoncées, les voûtes des cavernes furent brisées et Melkor dut se réfugier au plus profond de l'abîme. Alors Tulkas s'avança comme champion des Valar et s'affronta à lui. Et Tulkas le renversa face contre terre et il fut enchaîné avec Angainor, une chaîne forgée par Aulë, et maintenu en captivité pour que le monde connaisse enfin la paix.
(…) Quand la bataille eut pris fin et que de grands nuages s'élevèrent des ruines pour cacher les étoiles, les Valar ramenèrent Melkor à Valinor, pieds et poings liés, les yeux bandés, et le jetèrent au milieu du Cercle du Destin. Là, il toucha la terre et son front aux pieds de Manwë et implora son pardon, mais celui-ci fut refusé. On le mit en prison dans le fort de Mandos, dont nul ne peut s'évader, qu'il soit Vala, Elfe, ou simple mortel. Il a de hautes et solides murailles et il se trouve à l'ouest du Pays d'Aman. Melkor fut condamné à y rester de nombreux siècles avant de pouvoir de nouveau plaider sa cause ou implorer son pardon.
[/citation]
Le récit de l’enchaînement de celui par qui les armes sont apparues sur terre (cf. « l’arsenal » de Melkor), par les pieds et les mains, dans les ténèbres, pour que le monde retrouve la paix se rencontre tel quel dans la suite du récit d’Hénoch :
[citation=I Hénoch, X,1.4-8.17, XI, 2]Alors le Très-Haut, le Grand Saint, se prononça à leur sujet.
(…) Il dit à Raphaël : « Enchaîne Azaël par les pieds et par les mains, jette-le dans les ténèbres, ouvre le désert qui est à Dadouël et jette-le dedans. Mets sur lui des pierres rugueuses et aiguës, enveloppe-le de ténèbres, et qu’il demeure là à perpétuité. Recouvre son visage et qu’il ne voie pas la lumière. Le jour du grand jugement il sera conduit dans la fournaise. La terre que les anges ont souillée sera assainie. Annonce la guérison de la terre : on guérira sa plaie, et tous les humains ne périront pas à cause de tout le mystère meurtrier que les Veilleurs ont enseigné à leurs fils. La terre entière a été dévastée par leurs œuvres apprises d’Azaël : impute à celui-ci tous les péchés.
(…) Et maintenant, tous les justes vont échapper, ils resteront en vie jusqu’à ce qu’ils aient engendré des milliers de descendants. Tous les jours de leur jeunesse et de leur vieillesse s’accompliront dans la paix.
(…) Alors la vérité et la paix s’associeront pour tous les jours du monde (…) »[/citation]
Enfin, remarquons que Le livre des Jubilés donne un détail supplémentaire en précisant que « Le Seigneur regarda la terre, la vit corrompue (..) [et] entra dans une violente colère contre Ses anges, ceux qu’il avait envoyés sur terre. » (Jubilés, V,3.6) Ainsi, non seulement Dieu était celui qui avait donné autorité à Shemêhaza sur ses compagons (I Hénoch IX, 7), mais c’est bien lui qui avait envoyé sur terre ces anges que la tradition appelle les Veilleurs.
Un tel envoi divin sur terre correspond bien à celui de Melkor en Arda accompagné de ses serviteurs [emphase]« qui l'avaient suivi au temps de sa splendeur »[/emphase] ( Ainulindalë, p.21-22).
6) Les préposés
La Valaquenta nous présente les Valar et Maïar comme les gardiens de l’ordre de la terre, chacun ayant une affectation bien précise. Or, la tradition juive connaît de telles attributions pour les anges :
[citation=Jubilés, II, 1-3]L’ange de la Face parla à Moïse selon la Parole du Seigneur : (….)
« Le premier jour, Il créa les cieux, en haut, la terre, les eaux et tout esprit servant devant Lui :
les anges de la Face et les anges de la Sanctification,
ainsi que les anges du vent qui souffle,
les anges-esprits des nuages, des ténèbres, de la neige, de la grêle et du gel,
les anges des voix, du tonnerre et des éclairs,
les anges-esprits du froid et de la chaleur, de l’hiver, du printemps, de l’été et de l’automne,
et tous les esprits de sa création, dans le ciel et sur la terre.
(Il a créé aussi) les abîmes profonds, les ténèbres — le soir et le nuit —, et la lumière — l’aurore et le jour —, ce qu’il avait prémédité dans la connaissance de Son cœur. Alors nous avons regardé Ses œuvres, nous L’avons béni et nous avons chanté devant Lui les louanges de tout Son ouvrage, car il avait fait sept grandes choses le premier jour. »[/citation]
Mentionnons également l’ange se tenant à « la source (souterraine) qui donne naissance »la source (souterraine) qui donne naissance au plomb et à l’étain et qui est chargé d’éparpiller le minerai à la surface de la terre (I Hénoch LXV, 8).
De telles conceptions n’apparaissent pas seulement dans la littérature apocryphe mais également dans la tradition talmudique :
[citation=A. Cohen, Le Talmud, PBP 65, p.137]Un ange était désigné comme « prince » de chacun des éléments. Gabriel était le prince du feu (Pessahim, 118a), Jurkemi, prince de la grêle (ib.) ; Ridya, prince de la pluie (Ta’anith, 25b) ; Rahab, prince de la mer (Baba bathra, 74b) ; Laïla, prince de la nuit (Sanhédrin, 96a) et de la conception (Berakhot, 18b).[/citation]
On pourrait ajouter que Gabriel, selon le Talmud, est aussi l’ange préposé à « la maturation des fruits » (Sanhédrin, 95b).
7) Anges et Archanges ; Maïar et Valar
[citation=II Hénoch, XIX]Et les hommes m’emmenèrent et me firent monter de là au sixième ciel. Et là, je vis un groupe de sept anges, très brillants et glorieux, et leur visage resplendit comme un rayon de soleil (…) Ce sont eux qui règlent et enseignent le bon ordre du monde, la marche des étoiles et du soleil et de la lune, à leurs guides, les anges, et les anges des cieux, et ils mettent l’accord dans toute la vie des cieux. Ils règlent également les commandements et les instructions et la douce voix des chants et toute louange de gloire. Et il y a les anges qui sont sur les saisons et les années, et les anges qui sont sur les rivières et sur les mers, et les anges qui sont sur les fruits et sur l’herbe et tout ce qui foisonne, et les anges de tous les peuples. Et ce sont eux qui règlent toute la vie et l’écrivent devant la Face du Seigneur. Et au milieu d’eux il y a sept Phénix et sept Chérubins et sept (Séraphins) à six ailes, leurs voix et leurs chants à l’unisson les uns des autres. Leur chant est indescriptible, et le Seigneur se réjouit de ses marchepieds.[/citation]
On trouve ces sept anges « glorieux » en Tobie 12, 15 : « Je suis Raphaël, l’un des sept Anges qui se tiennent toujours prêts à pénétrer auprès de la Gloire du Seigneur » et en Apocalypse 8, 2 : « Et je vis les sept Anges qui se tiennent devant Dieu ».
« Les milliers de milliers, les myriades de myriades, innombrables, incalculables, de ceux qui se tiennent devant le Seigneur des Esprits » (I Hénoch, XL, 1) forment l’assemblée des anges, « ceux qui ne dorment pas et se tiennent devant [Sa] gloire » (I Hénoch, XXXIX, 12) ; mais dans cette assemblée, « aux quatre côtés du Seigneur des Esprits », se trouvent « quatre personnages différents de ceux qui ne dorment pas » (XL, 2) et qui pourtant sont également des « anges » (XL, 10). Ce sont des « anges de puissances » (XX,1), membres du groupe des « sept archanges » (XX, 8)
Leurs noms sont connus de plusieurs traditions aux listes changeantes (I Hénoch, XL : Michel, Raphaël, Gabriel, Phanouel ; I Hénoch, IX : Michel, Sariel - Ouriel, Raphaël, Gabriel ; I Hénoch XX : Ouriel, Raphaël, Ragouël, Michel, Sariel, Gabriel, Remiel) … mais ce qui compte est que leur nombre (4 ou 7) soit une constante.
Intéressant donc de constater que les sept anges supérieur, selon le texte de I Hénoch cité ci-dessus, sont les maîtres des attributions de tous les autres anges (« Ils règlent également les commandements et les instructions ») ; voilà qui nous renvoie à la distinction entre les Valar et [emphase]« leurs sujets, leurs aides et leurs serviteurs »[/emphase], les Maiar (Ainul., p.32).
De même que l’importance du chant « indescriptible » et « à l’unisson » des archanges n’est pas sans rappeler la Grande musique des Valar.
8) Différences
Finalement, il n’existe qu’une seule différence radicale entre les angéologies juive et tolkienienne : les anges ne participent pas à la création dans la tradition juive.
Alors que les Valar et Maiar sont créés [emphase]« avant la création du monde »[/emphase] (Ainul., p.32), une telle affirmation est une hérésie dans la tradition juive ; les anges apparaissant lors du premier jour de la création (Jubilés II,2), du second ou du cinquième jour ( Genèse Rabba I, 3 et III, 8). Les seules actions angéliques envisagées lors de la création sont à chercher, pour Philon d’Alexandrie, dans la création de l’homme (afin de justifier la capacité de l’homme au mal comme au bien) ; mais une telle théorie est rejetées par les sages (Genèse Rabba, VIII, 5). Or, de toutes les actes créateurs, la création de l’homme relève du seul ressort d’Ilúvatar dans le Silmarillion.
Sosryko
qui a craqué ;-)
bien que n'ayant pas
eu le temps de mieux détailler :-(
Il me semble que plusieurs points liant les anges de la tradition biblique et les « êtres angéliques » de Tolkien méritent d’être relevés dans cette discussion.
1) Le prince du monde
[citation=Gershom Scholem, La kabbale, p.568-9]L’ange Métatron, lui, a un rôle très particulier dans l’univers angélique puisqu’il est devenu le « prince de la Face » parmi les « princes de la face », se tenant devant le Roi (Dieu). Le Talmud ( Sanhédrin, 38b) fait de lui l’Ange du Seigneur mentionné dans Exode 23, 21, duquel il est dit : « Et écoute sa voix, ne lui sois pas rebelle, car mon nom est en lui ». Au point que certaines versions anciennes du Talmud aujourd’hui disparues portaient probablement la leçon radicale que disait lire le karaïte Kirkisani : « Celui-ci est Metatron, qui est le petit YHWH ». (…)
Il semble que l’appellation de « petit YHWH » ou « petit Seigneur » fut d’abord appliquée à Jahoel (…) mentionné dans l’ Apocalypse d’Abraham (datant du début du IIe siècle) (…) avant même que Jahoel soit identifiée à Métatron (…).[/citation]
Voilà qui explique comment une tradition va se cristalliser autour de l’ange Métatron considéré comme le « prince du monde » (A. Cohen, Le Talmud, PBP 65, p.138).
N’oublions pas d’autre part que :
[citation=Valaquenta, p. 26, §5][Manwë] était destiné à être, dans la plénitude des temps, le premier des Rois: seigneur du royaume d'Arda et maître de tous ses habitants. (…) Súlimo est un de ses noms, Seigneur du Souffle d'Arda[/citation]
[citation=Quenta Silmarillion, I., Au Commencement des Jours, p.6, §2][Manwë] fut nommé Légat d'Ilúvatar, Roi du monde des Valar, des Elfes et des Humains, premier défenseur du monde contre les maléfices de Melkor.[/citation]
Un traité du Talmud (Haguiga 15a) nous raconte que lorsque l’apostat Acher (= Élisha ben Avuyah) fit l’ascension du paradis, « il vit Métatron, qui avait reçu la permission de rester assis pendant qu’il enregistrait les mérites d’Israël. Acher dit : ‘‘Il a été déclaré que dans le ciel il n’y a ni effort, ni fatigue, qu’on ne s’assied pas, qu’on n’a pas de dos. Existerait-il donc deux pouvoirs ?’’ » On considère que l’apparition de Métatron assis, alors que tous les autres anges, en présence de Dieu, sont obligés de se tenir debout, a conduit Acher à penser que Métatron était doté d’un pouvoir divin et donc à croire au dualisme. (Cohen, p.138, Scholem, p.567)
Il se trouve qu’au-delà des termes de [emphase]« Roi »[/emphase] ou de [emphase]« Seigneur »[/emphase] d’Arda, ce qui caractérise Manwë est bien son trône au [emphase]« sommet sacré du Taniqueltil »[/emphase], trône sur lequel on le voit souvent assis, régentant le monde. (QS : I, p.42, 46 ; III, p.61 ; VIII, p.93, 94, 95 ; IX, p.105). Or, ce trône n’est rien moins que l’image terrestre du [emphase]« trône d’Ilúvatar »[/emphase] (Ainulindalë, p.15 x2) ; quoi de plus normal pour le [emphase]« Légat d’Ilúvatar »[/emphase] ?
2) Les frères
[citation=A. Cohen, Le Talmud, PBP 65, p.138]On accouplait à Métatron un autre ange, du nom de Sandalphon, mot grec (sunadelphos) qui signifie « frère associé (à son frère) ». De tous les anges Sandalphon est celui dont la stature s’élève le plus haut. « Entre ses compagnons angéliques et lui, la différence de taille représente l’espace qu’on parcourt en cinq cent années » ( Haguiga, 13b).[/citation]
Or, non seulement [emphase]« Manwë et Melkor étaient frères dans l'esprit d'llúvatar. »[/emphase] (Valaquenta, p.26, Ainulindalë, p.21) mais : [emphase]« Le plus grand des Ainur qui descendit sur le monde était d'abord Melkor, [et] Manwë est plus cher au cœur d'Ilúvatar et comprend mieux ses intentions. »[/emphase] (Valaquenta, p.26, §5).
La mention du [emphase]« trône de Morgoth »[/emphase] (QS : XVIII, p.199 ; XIX, p.237, 238 ; XX, p.253 ; XXI, p.271 ; XXII, p.304 ; XXIV, p.332) vient renforcer le lien entre Melkor et Manwë tout en soulignant l’opposition des deux frères : alors que le trône de Manwë est au sommet du Taniquetil, le [emphase]« trône de nuit »[/emphase] Morgoth est [emphase]« souterrain »[/emphase] (QS : XVIII, p.199, XX, p.253).
3) La chute
Dans La Venue des Elfes et la captivité de Melkor (QS, III), nous voyons que très tôt, Melkor [emphase]« développe sa puissance »[/emphase], [emphase]« pervertissant »[/emphase] la création en [emphase]« êtres malfaisants »[/emphase], en [emphase]« monstres »[/emphase] et [emphase]« apparitions épouvantables »[/emphase]. [emphase]« II avait rassemblé ses démons à Utumno, ceux qui l'avaient suivi au temps de sa splendeur et s'étaient corrompus comme lui »[/emphase]. Et Sauron était [emphase]« lieutenant de Melkor »[/emphase], chargé de commander Angband, la [emphase]« place forte »[/emphase] avec [emphase]« tout un arsenal »[/emphase]. C’est [emphase]« à cette époque, [que] le sinistre Melkor créa aussi des monstres innombrables, de toutes formes et de toutes espèces, qui agitèrent longtemps le monde »[/emphase] (p.56-7).
Or nous lisons un récit équivalent dans le Livre d'Hénoch :
[citation=I Hénoch, VI,1-VIII ,1]Il arriva que lorsque les humains se furent multipliés, il leur naquit des filles fraîches et jolies. Les anges, fils du ciel, les regardèrent et les désirèrent. (…) Shemêhaza, qui était leur chef, leur dit : « Je crains que vous ne renonciez, et je serai tout seul coupable d’un grand péché. » (…) Alors ils jurèrent tous ensemble et ils se vouèrent mutuellement à l’anathème pour cela. Ils étaient en tout deux cents. (…)
Voici les noms de leurs chefs : Shemêhaza est le premier (…) Asaël le dizième après lui (…) ce sont leurs décurions.
Ceux-là et tous leurs compagnons prirent pour eux des femmes (…) Ils leurs enseignèrent les drogues, les charmes, la botanique et ils leur montrèrent les herbes. Les femmes conçurent et enfantèrent des géants, hauts de trois mille coudées qui dévorèrent out le fruit du labeur des hommes, si bien que les hommes ne purent plus les nourrir. Les géants se liguèrent contre eux pour les tuer et dévorèrent les hommes. Ils se mirent à pécher contre toutes les bêtes, oiseaux, quadrupèdes, reptiles, poissons, et à se dévorer entre eux. Ils burent le sang. Alors la terre accusa les criminels pour ce qui avait été fait.Azaël apprit aux hommes à fabriquer des épées, des armes, des boucliers, des cuirasses, choses enseignées par les anges. (…)
Azaël apprit aux hommes à fabriquer des épées, des armes, des boucliers, des cuirasses, choses enseignées par les anges. (…)[/citation]
4) L’intercession
[citation=I Hénoch, VIII ,4-IX,11]Comme les hommes périssaient sur la terre, une clameur monta jusqu’aux cieux.
Alors Michel, Sariel, Raphaël et Gabriel jetèrent un regard depuis le sanctuaire céleste. Ils virent que beaucoup de sang était répandu sur la terre et que toute la terre était pleine de vice et de la violence qui y était commise. Ils se dirent l’un à l’autre : « C’est la voix de ceux qui crient depuis la terre jusqu’aux portes du ciel, les âmes des hommes accusent et disent : ‘‘ Portez notre cause devant le Très-Haut.’’ » Ils dirent au Seigneur : « Tu es le Seigneur des seigneurs, le Dieu des dieu, le Roi des âges (…) C’est Toi qui as fait toutes choses et qui détiens toute autorité, tout est devant Toi visible et découvert, Tu vois tout ce qu’a fait Azaël : c’est lui qui a enseigné tous les forfaits commis sur la terre (…) Et Shemêhaza, auquel Tu avais donné autorité sur ses compagnons ! (…) Les femmes ont mis au monde des titans par la faute desquels la terre s’est remplie de sang et de violence. Et maintenant voici que les âmes des victimes crient et font monter leur accusation jusqu’aux portes du ciel. Leur plainte s’élève et on ne peut se dérober au spectacle des abominations commises sur terre. Tu connais toute chose avant qu’elle n’arrive, Tu vois cela et Tu les laisses agir, sans même nous dire ce que nous devons faire à leur sujet ! »[/citation]
Les anges « glorieux » que sont Michel, Rapahël, Sariel et Gabriel sont troublés devant le mal que subit la terre et ses habitants à cause des anges déchus. Ils se tournent alors vers Dieu, le Seigneur, dans l’attente d’un ordre à suivre : « que devons-nous faire à leur sujet » ?
Un comportement identique se rencontre chez les Valar qui découvrent les méfaits de Melkor :
[citation=QS, III, p.57.61]Il arriva que les Valar réunirent un conseil, troublés qu’ils étaient par les nouvelles que Yavanna et Oromë rapportaient des Terres extérieures. La première s’adressa aux Valars et leur dit :
— (…) Laisserons-nous alors les terres qui leur sont destinées dans la désolation, sous le règne du mal ? Les laisserons-nous dans les ténèbres quand nous sommes dans la lumière ?
(…) Manwë médita longtemps sur son trône du Taniquetil, puis il demanda le conseil d’Ilúvatar.[/citation]
5) L’enchaînement
[citation=QS, III, p.61.62-3]
Manwë médita longtemps sur son trône du Taniquetil, puis il demanda le conseil d’Ilúvatar.
Il descendit alors à Valmar et fit rassembler les Valar dans le Cercle du Destin, et même Ulmo quitta la Mer Extérieure pour venir au conseil.
Et Manwë parla :
— Voici l’avis que m’a inspiré Ilúvatar : il nous faut reprendre à tout prix la maîtrise d’Arda et délivrer les Quendi de l’ombre de Melkor.
(…) Enfin les portes de la forteresse furent enfoncées, les voûtes des cavernes furent brisées et Melkor dut se réfugier au plus profond de l'abîme. Alors Tulkas s'avança comme champion des Valar et s'affronta à lui. Et Tulkas le renversa face contre terre et il fut enchaîné avec Angainor, une chaîne forgée par Aulë, et maintenu en captivité pour que le monde connaisse enfin la paix.
(…) Quand la bataille eut pris fin et que de grands nuages s'élevèrent des ruines pour cacher les étoiles, les Valar ramenèrent Melkor à Valinor, pieds et poings liés, les yeux bandés, et le jetèrent au milieu du Cercle du Destin. Là, il toucha la terre et son front aux pieds de Manwë et implora son pardon, mais celui-ci fut refusé. On le mit en prison dans le fort de Mandos, dont nul ne peut s'évader, qu'il soit Vala, Elfe, ou simple mortel. Il a de hautes et solides murailles et il se trouve à l'ouest du Pays d'Aman. Melkor fut condamné à y rester de nombreux siècles avant de pouvoir de nouveau plaider sa cause ou implorer son pardon.
[/citation]
Le récit de l’enchaînement de celui par qui les armes sont apparues sur terre (cf. « l’arsenal » de Melkor), par les pieds et les mains, dans les ténèbres, pour que le monde retrouve la paix se rencontre tel quel dans la suite du récit d’Hénoch :
[citation=I Hénoch, X,1.4-8.17, XI, 2]Alors le Très-Haut, le Grand Saint, se prononça à leur sujet.
(…) Il dit à Raphaël : « Enchaîne Azaël par les pieds et par les mains, jette-le dans les ténèbres, ouvre le désert qui est à Dadouël et jette-le dedans. Mets sur lui des pierres rugueuses et aiguës, enveloppe-le de ténèbres, et qu’il demeure là à perpétuité. Recouvre son visage et qu’il ne voie pas la lumière. Le jour du grand jugement il sera conduit dans la fournaise. La terre que les anges ont souillée sera assainie. Annonce la guérison de la terre : on guérira sa plaie, et tous les humains ne périront pas à cause de tout le mystère meurtrier que les Veilleurs ont enseigné à leurs fils. La terre entière a été dévastée par leurs œuvres apprises d’Azaël : impute à celui-ci tous les péchés.
(…) Et maintenant, tous les justes vont échapper, ils resteront en vie jusqu’à ce qu’ils aient engendré des milliers de descendants. Tous les jours de leur jeunesse et de leur vieillesse s’accompliront dans la paix.
(…) Alors la vérité et la paix s’associeront pour tous les jours du monde (…) »[/citation]
Enfin, remarquons que Le livre des Jubilés donne un détail supplémentaire en précisant que « Le Seigneur regarda la terre, la vit corrompue (..) [et] entra dans une violente colère contre Ses anges, ceux qu’il avait envoyés sur terre. » (Jubilés, V,3.6) Ainsi, non seulement Dieu était celui qui avait donné autorité à Shemêhaza sur ses compagons (I Hénoch IX, 7), mais c’est bien lui qui avait envoyé sur terre ces anges que la tradition appelle les Veilleurs.
Un tel envoi divin sur terre correspond bien à celui de Melkor en Arda accompagné de ses serviteurs [emphase]« qui l'avaient suivi au temps de sa splendeur »[/emphase] ( Ainulindalë, p.21-22).
6) Les préposés
La Valaquenta nous présente les Valar et Maïar comme les gardiens de l’ordre de la terre, chacun ayant une affectation bien précise. Or, la tradition juive connaît de telles attributions pour les anges :
[citation=Jubilés, II, 1-3]L’ange de la Face parla à Moïse selon la Parole du Seigneur : (….)
« Le premier jour, Il créa les cieux, en haut, la terre, les eaux et tout esprit servant devant Lui :
les anges de la Face et les anges de la Sanctification,
ainsi que les anges du vent qui souffle,
les anges-esprits des nuages, des ténèbres, de la neige, de la grêle et du gel,
les anges des voix, du tonnerre et des éclairs,
les anges-esprits du froid et de la chaleur, de l’hiver, du printemps, de l’été et de l’automne,
et tous les esprits de sa création, dans le ciel et sur la terre.
(Il a créé aussi) les abîmes profonds, les ténèbres — le soir et le nuit —, et la lumière — l’aurore et le jour —, ce qu’il avait prémédité dans la connaissance de Son cœur. Alors nous avons regardé Ses œuvres, nous L’avons béni et nous avons chanté devant Lui les louanges de tout Son ouvrage, car il avait fait sept grandes choses le premier jour. »[/citation]
Mentionnons également l’ange se tenant à « la source (souterraine) qui donne naissance »la source (souterraine) qui donne naissance au plomb et à l’étain et qui est chargé d’éparpiller le minerai à la surface de la terre (I Hénoch LXV, 8).
De telles conceptions n’apparaissent pas seulement dans la littérature apocryphe mais également dans la tradition talmudique :
[citation=A. Cohen, Le Talmud, PBP 65, p.137]Un ange était désigné comme « prince » de chacun des éléments. Gabriel était le prince du feu (Pessahim, 118a), Jurkemi, prince de la grêle (ib.) ; Ridya, prince de la pluie (Ta’anith, 25b) ; Rahab, prince de la mer (Baba bathra, 74b) ; Laïla, prince de la nuit (Sanhédrin, 96a) et de la conception (Berakhot, 18b).[/citation]
On pourrait ajouter que Gabriel, selon le Talmud, est aussi l’ange préposé à « la maturation des fruits » (Sanhédrin, 95b).
7) Anges et Archanges ; Maïar et Valar
[citation=II Hénoch, XIX]Et les hommes m’emmenèrent et me firent monter de là au sixième ciel. Et là, je vis un groupe de sept anges, très brillants et glorieux, et leur visage resplendit comme un rayon de soleil (…) Ce sont eux qui règlent et enseignent le bon ordre du monde, la marche des étoiles et du soleil et de la lune, à leurs guides, les anges, et les anges des cieux, et ils mettent l’accord dans toute la vie des cieux. Ils règlent également les commandements et les instructions et la douce voix des chants et toute louange de gloire. Et il y a les anges qui sont sur les saisons et les années, et les anges qui sont sur les rivières et sur les mers, et les anges qui sont sur les fruits et sur l’herbe et tout ce qui foisonne, et les anges de tous les peuples. Et ce sont eux qui règlent toute la vie et l’écrivent devant la Face du Seigneur. Et au milieu d’eux il y a sept Phénix et sept Chérubins et sept (Séraphins) à six ailes, leurs voix et leurs chants à l’unisson les uns des autres. Leur chant est indescriptible, et le Seigneur se réjouit de ses marchepieds.[/citation]
On trouve ces sept anges « glorieux » en Tobie 12, 15 : « Je suis Raphaël, l’un des sept Anges qui se tiennent toujours prêts à pénétrer auprès de la Gloire du Seigneur » et en Apocalypse 8, 2 : « Et je vis les sept Anges qui se tiennent devant Dieu ».
« Les milliers de milliers, les myriades de myriades, innombrables, incalculables, de ceux qui se tiennent devant le Seigneur des Esprits » (I Hénoch, XL, 1) forment l’assemblée des anges, « ceux qui ne dorment pas et se tiennent devant [Sa] gloire » (I Hénoch, XXXIX, 12) ; mais dans cette assemblée, « aux quatre côtés du Seigneur des Esprits », se trouvent « quatre personnages différents de ceux qui ne dorment pas » (XL, 2) et qui pourtant sont également des « anges » (XL, 10). Ce sont des « anges de puissances » (XX,1), membres du groupe des « sept archanges » (XX, 8)
Leurs noms sont connus de plusieurs traditions aux listes changeantes (I Hénoch, XL : Michel, Raphaël, Gabriel, Phanouel ; I Hénoch, IX : Michel, Sariel - Ouriel, Raphaël, Gabriel ; I Hénoch XX : Ouriel, Raphaël, Ragouël, Michel, Sariel, Gabriel, Remiel) … mais ce qui compte est que leur nombre (4 ou 7) soit une constante.
Intéressant donc de constater que les sept anges supérieur, selon le texte de I Hénoch cité ci-dessus, sont les maîtres des attributions de tous les autres anges (« Ils règlent également les commandements et les instructions ») ; voilà qui nous renvoie à la distinction entre les Valar et [emphase]« leurs sujets, leurs aides et leurs serviteurs »[/emphase], les Maiar (Ainul., p.32).
De même que l’importance du chant « indescriptible » et « à l’unisson » des archanges n’est pas sans rappeler la Grande musique des Valar.
8) Différences
Finalement, il n’existe qu’une seule différence radicale entre les angéologies juive et tolkienienne : les anges ne participent pas à la création dans la tradition juive.
Alors que les Valar et Maiar sont créés [emphase]« avant la création du monde »[/emphase] (Ainul., p.32), une telle affirmation est une hérésie dans la tradition juive ; les anges apparaissant lors du premier jour de la création (Jubilés II,2), du second ou du cinquième jour ( Genèse Rabba I, 3 et III, 8). Les seules actions angéliques envisagées lors de la création sont à chercher, pour Philon d’Alexandrie, dans la création de l’homme (afin de justifier la capacité de l’homme au mal comme au bien) ; mais une telle théorie est rejetées par les sages (Genèse Rabba, VIII, 5). Or, de toutes les actes créateurs, la création de l’homme relève du seul ressort d’Ilúvatar dans le Silmarillion.
Sosryko
qui a craqué ;-)
bien que n'ayant pas
eu le temps de mieux détailler :-(

