Après avoir rattrapé ce débat, il me semble que l'on peut insister sur quelques points relatifs à la question des armes, ou plus largement du fait militaire chez Tolkien.
Lorsque l'on évoque le sujet sous l'angle du militarisme, on fait aussitôt appel à une idéologie (comme souvent avec les -ismes) et donc à une vision du monde qui prônerait la voie des armes comme un "bien", ou du moins comme un but valorisable. Silmo le soulignait d'ailleurs, mais comme le flot a bien coulé depuis, j'ai pensé bon de le rappeler.
Or, pour bien des raisons qui ont été évoquées ci-avant, Tolkien s'il présente un monde en guerre ne valorise jamais celle-ci : les héros constatent sa noirceur, la déplorent, conduisent des luttes défensives.
Je choisis donc de m'orienter sur le volet du fait militaire dans les oeuvres de Tolkien, et dès lors ressort tout ce volet de l'oeuvre qui véhicule les valeur évoquées comme corrolaires de la guerre. Mais la guerre me semble surtout un moyen littéraire pour les mettre en valeur.
Par exemple, si l'on s'intéresse au fait guerrier, on constate que la fin du "champion hors des lignes" tel qu'on le rencontre dans l'Ilade intervient avec l'arrivée de l'arme à feu, qui peu à peu professionalise et discipline les armées. Or chez Tolkien, point de poudre, innovation qui symbolise la fin du combat des chevaliers. Cependant, à Helm's Deep, les orcs de Saruman utilisent une magie pour fendre le mur qui évoque une explosion de poudre. On note là une occurence du rejet de Tolkien pour le monde où technique devient synonyme de progrès.
La guerre est aussi l'occasion de mettre en scène la figure du guerrier valeureux, sorte de parangon du chevalier, à la fois fort et vaillant, qui lutte pour défendre ce qu'il aime. D'ailleurs, il ne semble pas inintéressant de faire un détour par la pensée Grecque et la notion de Vertu. La vertu est le juste milieu, ou proportion en toute chose. A ce titre, la force est vertueuse, son excès est la violence, et sa carrence la faiblesse. Il est intéressant de constater que les guerriers "bons" chez Tolkien sont généralement forts, car ils combattent l'envahisseur de toute leur force aux armes, mais jamais violents (cf la clémence des rohirrim à l'égard de ceux du pays de Dûn). A l'inverse, le fait de ne pas avoir combattu, ou de rester cacher serait de la faiblesse : le Gondor est un rempart qui a permis d'entraver Sauron, de même l'armée de Lorien a livré un combat salvateur apprend-t-on plus tard, etc...
En outre, et du strict point de vue du style, j'ai remarqué qu'il y avait dans l'écriture de Tolkien un plaisir certain à décrire les batailles. Que ce soit dans le SdA, ou dans les contes et légendes inachevés, on trouve plusieurs descriptions très précises, avec les différentes phases, les formations adoptées par les armées, etc... C'est particulièrement flagrant dans les contes et légendes inachevés du troisème âge (le désastre du champ d'Iris et la bataille des gués de l'Isen). Cela n'est pas à proprement parler militariste, car je n'y vois pas d'idéologie des armes, mais témoigne d'un intérêt de Tolkien pour les batailles, qu'il ne résume pas à un pugilat sanglant. L'intelligence, la tactique, l'esthétique y ont leur part, même si le final est toujours amer.
Et enfin, juste un petit détour par la courtoisie, que Isengar n'associait pas aux vertus guerrières. La coutoisie, c'est la geste de cour, celle des chevaliers de Chrétien de Troyes, qui accomplissent mille prouesses pour leurs dames. Et bien souvent - pour ne pas dire tout le temps - ces prouesses sont de nature guerrière. Elles n'ont rien de militaire, car elles exaltent la prouesse individuelle d'un homme pour sa dame, mais sont bien guerrières.

