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Le militarisme de Tolkien
#79
D'autre part, je voudrais m'autoriser un détour par une vision du combat qui n'a pas pu influencer Tolkien, mais qui me semble intéressante appréhender le fait guerrier.
Dans la littérature japonaise, et en particulier dans le manga (genre japonais que je connais le mieux) le combat est certes une explosion de violence qui laisse des dommages colatéraux, mais s'il est déploré pour son aspect destructeur et la souffrance qu'il implique, il ne porte pas de connotation aussi négative qu'il peut en avoir dans l'imaginaire occidental du XXe siècle. La violence y est présente, mais non condamnée en tant que telle, car elle participe de l'ordre du monde.

Le combat, s'il est omniprésent dans un grand nombre de mangas, n'est jamais une finalité en soi. Il est le prétexte qui sert pour montrer les conflits intérieurs qui se soulèvent chez les protagonistes. L'issue du combat n'est d'ailleurs pas liée à un rapport de force du premier degré. Celui qui est le plus fort et qui l'emporte est celui qui est parvenu au plus grand degré de connaissance de lui-même et de l'univers, et non pas celui qui possède la force brute ou apparente.

Dans l'oeuvre de Tolkien, si on regarde le combat unique qui régit (au sens héraclitéen de l'expression) toute l'oeuvre, c'est à dire l'affrontement du bien et du mal - où les diverses guerres des trois âges ne sont que les diverses phases d'un combat étiré dans le temps - alors on s'aperçoit que les combats sont des prétextes pour illustrer les conflits intérieurs des protagonistes.
Les forces du mal sont éludées par Tolkien, elles apparaissent comme un tout noir et uni, toujours ruisselant de puissance.
A l'inverse, selon les époques, elfes, nains et hommes, alliés ou séparément, triomphent ou perdent non à cause de leur force apparente. Jamais une invention du type étrier, arc, arbalète, ni un rapport de forces démographique pour décider de l'issue d'une guerre (alors que si on regarde l'histoire de la domination militaire, elle est souvent liée à ces faits). L'issue du combat réside dans le fait que les forces du bien ont été plus ou moins fidèles à leurs serments, orgueilleuses ou humbles, téméraires ou bien préparées, trahies ou secourrues contre toute attente, etc...

Le combat chez Tolkien n'est pas à proprement parler l'illustration de la progression du conatus de ses participants (quoi qu'on puisse le considérer dans une certaine mesure), mais il est comme dans le manga, le prétexte à l'illustration d'autre chose qu'un fait d'armes. En l'occurence la promotion de valeurs morales.

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