Afin de ne pas faire trop long je présenterai mes propos sous plusieurs points :
MILITARISME : J’avoue le terme choquant car, pour des raisons déjà évoquées ici, il est particulièrement inadapté, de par son « anachronISME, à l’œuvre de l’auteur. Tolkien a décidé d’écrire une œuvre à forte connotation épique : C’est l’épopée de son pays qu’il est sensé raconté, du moins l’idée reste sous-jacente de ses propos. Il est donc obligé d’employer tous les procédés littéraires (combats, charge épique (=hippique ?) …) qui le lui permette. Y voir un attrait pour la chose militaire serait pour moi lui faire un procès d’intention qu’on pourrait faire à tous auteurs voulant écrire des romans s’appuyant sur des faits historiques ayant influencés la politique du moment. Bref, désolé mais j’ai du mal à y voir autre chose qu’un non-sens (voir la suite de mes propos).
INOVATIONS TECHNOLOGIQUES Les innovations technologiques, y compris celles qui permettent d’emporter la victoire, sont bien présentes chez Tolkien : Les Dragons sont présentés comme tels. Les flammes de la bataille de « la flamme subite » le sont également. Dans sa description de la première bataille d’Arda, où il narre comment Thingol vient au secours des elfes du pays des sept rivières, il est clairement dit que son armée était armée d’armes en acier fabriquées par les nains, tandis que les pauvres elfes verts ne pouvaient résister au fer des orcs. L’influence technologique sur les combats est bien prise en compte. C’est également grâce à leur avance technologique dans le domaine des constructions maritimes que les numénoréens peuvent assurer leur suprématie navale. C’est aussi la volonté et leur capacité d’évolution technique des gobelins qui les rends si « mauvais ».
Mais si au final, ce phénomène n’est pas mis particulièrement en avant par Tolkien dans ses récits, c’est tout simplement que ce n’est pas son but. C’est juste un « outil » pour rendre crédibles ses propos, mais son objectif est ailleurs.
LE SOUFFLE EPIQUE Il n’en reste pas moins que les batailles sont palpitantes. La cavalcade des Rohirim sur les champs du Pellanor est exceptionnelle du point de vu de la charge émotive qu’elle véhicule. C’est littéralement obligatoire s’il veut nous faire ressentir la force est la puissance du bien. Mais il prend bien soin de nous mettre en garde contre cet élan épique qu’il utilise avec brio (qui n’a pas eu envie de participer à la charge aux côté de Théoden ?). En effet, l’insertion du personnage d’Eowin permet de mettre en valeur la dérive du sentiment guerrier quand il n’est plus soumis qu’à lui même et qu’il ne s’appui plus sur des valeurs morales éloignées du domaine militariste (fidélité, droiture morale…). Bref, après réflexion, il me paraît évident que si Tolkien doit être quelques choses, c’est bien Anti-militariste. Mais là encore, je ne crois pas qu’il faut voir cette expression au sens que l’on entendu les Hippies ou le mouvement Peace and Love. Voilà, ce sera tout pour une reprise. A plus, en espérant ne pas avoir était trop pénible. Stéphane
Même quand la victoire sourit aux « bons » ce n’est que pour permettre au mal de sourde à nouveau de façon plus pernicieuse que précédemment : La victoire de la grande alliance (fin second age) est avant tout une défaite de par la vanité d’Isildur qui pense rivaliser avec les pouvoirs de Sauron en espérant contrôler l’anneau. En aucune manière, l’action militaire chez Tolkien conduit au bien être des populations d’Arda. Ce n’est qu’un pis-allé stérile auquel les forces du bien sont confrontées malgré elles. Dès que la puissance militaire des forces du bien est employée de manière offensive, ce n’est que pour exprimer la vanité et la perdition morale de leurs dirigeants qui les conduira tôt ou tard à l’échec irrémédiable (Cf Numénor qui sombre dans le doute à partir du moment où ses dirigeants utilisent leur pouvoir militaire pour assouvir une soif de puissance).
LA BATAILLE DU CHAMP DES IRIS La description des deux batailles citées par Pierre de la Lune ne sont pas non plus le témoignage de cette attrait.
En effet, l’unique endroit dans toute son œuvre où Tolkien s’attache à décrire le fonctionnement et la tactique d’une unité militaire concerne l’une d’entre elle : celle du champ des Iris. Or, le développement tactique de cette bataille ne lui sert qu’à une seule et unique chose : justifier l’étymologie des noms des tactiques employées. En effet, à la lecture des notes du texte, on s’aperçoit quels détails il apporte à justifier l’origine de ces appellations. Effort beaucoup plus important que celui qu’il met à rendre crédible la tactique militaire elle-même. La façon même de relater les faits ne lui appartient pas. Il s’agit vraisemblablement d’une résurgence de ses études classiques puisque le texte reprend le ton et la façon dont Polybe décrit l’action des armées romaines. Tolkien change « seulement » le contenu afin de rendre ses tactiques plus proche de l’époque historique à laquelle il veut rattacher les numénoréens. Il faut voir cette bataille comme un essai dont le but principale et pour lui d’introduire de nouveau termes dans sa longue liste des langues inventées. Et on continu à y rencontrer l’idée que le combat est perdu d’avance de part la faute d’Isildur. Cela n’empêche pas de mettre en avant la force « naturelle » des numénoréens qui résistent jusqu’au dernier ; tels les 300 spartiates de Léonidas, mais avec un but beaucoup plus futile que celui de sauver l’humanité.
Pour moi, le point de vu de Tolkien vis à vis de la chose militaire serait contenu dans une phrase du style : « Faire la guerre est inutile et ne mène certainement pas à l’objectif que l’on veut atteindre, mais lorsqu’on est confronté au combat, il faut combattre avec panache, non que cela soit de l’ordre du devoir, quoique, mais seulement du respect envers les personnes de ton entourage, par soucis de loyauté et par vigilance à l’encontre de la perversion morale ».

