C'est ça que je ne peux pas avaler ! D'abord parce que Saruman ne manque pas de volonté, il a même un drôle de suite dans les idées, une fois qu'il s'est mis en tête de dominer le monde (tâche pas accessible à n'importe qui quand même...). Ensuite parce que cela ferait de Tolkien un moralisateur de basse catégorie qu'il ne semble absolument pas être. Le clivage entre le bien et le mal chez lui n'est pas si grossier ; un personnage peut être maléfique, ce n'est pas pour ça qu'il va ressembler à un affreux-vilain-pas-beau qui pour la peine rassemble tous les vices de la création, y compris la molesse d'esprit. C'set pourquoi cette explication me paraît bancale.
Pour ce qui est de Galadriel, d'accord, Sauron ne peut pas encore la voir, mais est-ce que deviner l'esprit de Sauron, jour après jour, n'est pas déjà en lui-même une épreuve ?
Romaine : Surtout, contrairement à toi, Ylla, j'accorde beaucoup de crédit à la citation de Gandalf dont nous avons parlé. Il me semble qu'elle n'est pas, à ce moment du récit, le seul avis du personnage Gandalf mais la position du narrateur.
Une des caractéristiques du style de Tolkien est justement un nombre extrêmement faible d'interventions du narrateur. La seule qui me revienne à l'esprit est une courte disgression au chapitre 3. Un renard a vu Frodo et ses compagnons dormir dehrs, s'en étonne et se dit qu'il doit se passer de grandes choses pour les attirer aussi loin de chez eux. Commentaire : "En vérité il avait raison, mais il n'en sut jamais davantage.". C'est déjà bien mince... Et il me semble que le narrateur ne se montre en tous cas jamais plus que ça. En conséquence, tout ce qui sera dit (même dans la narration elle-même qui suit le point de vue des personnages, jusque dans les passages de description qui suivent leur regard, si on y fait attention) sera le fait des personnages eux-mêmes, et rien que des personnages. Quant à affirmer que tel ou tel personnage est au long du récit le porte-parole de l'auteur, dans un récit de ce type cela relève en général du délire, en tous cas cela reste une supposition. Je ne crois pas que le narrateur s'exprime à travers Gandalf. Pour moi il n'y a que Gandalf qui parle, et s'il n'est pas invraisemblable qu'il sache de quoi il retourne, rien à ma connaissance ne permet de le croire omniscient non plus, d'autant plus que, comme je l'ai déjà exprimé, il n'est peut-être pas totalement détaché concernant le destin de Saruman. Cela non plus, nous n'avons pas vraiment le moyen de le savoir. Il est difficile de savoir aussi si Tolkien ne l'a pas voulu ainsi... Quant à ta citation des CLI (c'est bien là-dedans ?), elle met tout de même en valeur, au moins autant les désirs propres de Saruman, que l'influence de Sauron.
En fin de compte, je rejoins Babel sur ce point : Saruman est responsable de ce qu'il est devenu, quelles qu'aient été les raisons profondes de sa chute (serait-il vraiment tombé s'il n'y avait pas eu l'Anneau, par exemple ? Bon, il faut dire que sans l'Anneau les Istari n'auraient probablement pas eu besoin d'intervenir en Terre du Milieu...). Encore que je ne pense pas vraimentien ait voulu exprimer ses sentiments politiques à travers son oeuvre... Mais ce n'est qu'un détail.

