Cela fait bien deux-trois mois que je suis avec attention les divers sujets du site et les participants dont certains me sont devenus familiers à force de les lire volontiers. J'ai progressé du début pour "grimper" jusqu'à ce sujet-ci, et je suis surpris de tomber précisément sur un thème qui me travaille depuis ma rencontre avec l'univers de Tolkien.
Depuis une bonne vingtaine d'années que j'ai commencé par Bilbo pour enchaîner avec le SdA (vers 13/14 ans), j'ai été intrigué par la part de déterminisme qui sous-tendait l'oeuvre en général. Aux assertions mises ici, j'aimerais apporté ma réflexion.
Il m'a semblé au fil des pages diverses qu'il se profilait une trame logique et, justement, déterminée de l'histoire. En quoi est-elle providentielle ou fruit d'un déliement d'Iluvatar, quelle part au libre arbitre de ses enfants, quelle mesure à un quelconque interventionnisme de sa part? Le sujet a une dimension théologique, profondément philosophique comme l'ont bien démontré mes prédécesseurs.
Je vois les différentes races, célestes, immortelles, mortelles, et les objets (les anneaux et l'anneau de Mordor) répondrent aux Possibles d'Eru. La part du libre arbitre n'est pas mise à mal, au contraire, elle reste entière, même si elle se met, finalement, au service d'une nécessité plus grande. Le choix est réel, même s'il est fondé par telle ou telle circonstance conditionnée dès la première Note. Le choix de Melkor, celui des fils de Fëanor, de Saroumane, des Ents etc. est ponctuel et motivé par l'action du moment. En outre, il participe d'un canevas plus grand, nécessaire, "prédestiné".
On peut concevoir Eru créer la Musique, diriger en chef d'orchestre une oeuvre qui forme un tout, de l'ouverture au final. Cela n'annihile pas la trame musicale personnelle et chaque accord joué par tel personnage, en bien ou en mal, d'autant plus si les désaccords ou le semblant de cacophonie sont eux-mêmes sinon prévus en tout cas envisagés (de l'ordre du possible qu'est Eru).
Le meilleur exemple qui me vienne à l'esprit est la fugue. La succession des thèmes musicaux, avec reprises, écarts et reprises à l'envi. Et pour rester dans les exemples ludiques, Eru ne jouerait-il pas aux dés (truqués)? Les dés pipés ne sont-ils pas eux-mêmes la condition du jeu?
Une phrase du premier Tome du SdA m'a toujours interpelé en ce sens:
"...Ç'a été l'événement le plus étrange jusqu'à présent dans toute l'histoire de l'Anneau; cette arrivée de Bilbon JUSTE à ce moment et la façon dont il a posé la main dessus, à l'AVEUGLETTE, dans le noir.
Il y avait PLUS D'UN pouvoir à l'oeuvre, Frodon. L'Anneau cherchait à revenir à son maître (...) pour être ramassé par la personne LA MOINS vraisemblable: Bilbo de la Comté!
Derrière cela, il y avait quelque chose d'autre à l'oeuvre, EN DEHORS DE TOUT DESSEIN du créateur de l'Anneau. Je ne puis le faire comprendre plus clairement qu'en disant que Bilbon était destiné à trouver l'Anneau, et pas par la volonté de celui qui l'avait créé. Et c'est peut-être là une pensée encourageante." (SdA, tome 1, p. 90 Livre de poche; les capitales sont de moi)
Ainsi, il ne pouvait pas en être autrement, sauf qu'Eru est la seule Instance à savoir, mieux! à créer cela. Car il est cela. C'EST la Musique! Les solistes jouent chacun à sa manière, mais Un seul donne le ton.
Merci à toutes et tous pour la qualité de ce site, chapeau aux hôtes et bonne route.

