Je crois que ceci conviendrait mieux aux Suderons, ou aux hommes enrôlés dans les armées de Sauron : eux ont certainement l'impression qu'ils combattent contre le mal. Le problème, c'est que cette logique est justement très humaine. Je distingue à nouveau humanité et déshumanité en me basant sur cette vision platonnicienne de la nature humaine (l'homme veut faire le bien, mais par ignorance il peut arriver à faire le mal). Si les orcs étaient seulement motivés par le sentiment qu'ils combattent le mal, on pourrait les qualifier de bons à l'origine, bons mais trompés. Or je crois que leur but est véritablement la cruauté. Peut-être se croient-ils dans leur droit ; mais ils ne pensent certainement pas bien agir. Cette logique est tout à l'opposé de la logique humaine. Je ne pense pas que les orcs se défendent. Mais cela n'exclut pas qu'ils puissent craindre la cruauté de l'adversaire, dans la mesure où ce sont eux qui vont faire les frais de cette cruauté.
D'autre part, je n'ai jamais nié le fait que les orcs ont une individualité, au contraire. Les discussions entre Ouglouk et Grishnak, puis entre Shagrat et Gorbag montrent bien que les orcs agissent par et pour eux-mêmes ; seulement, ils sont individuellement mauvais. Le ciment du groupe, c'est la crainte du chef ; ce qui dissout le groupe, c'est une crainte encore supérieure. Mais quelle est au juste la nature de cette crainte ? Il n'y a rien qui me revienne qui permette d'affirmer que ce soit la crainte de la mort, plutôt que de la souffrance (cela irait très bien aux personnages de Morgoth et de Sauron de garder leurs instruments de torture à portée de main en cas de révolte :-)). Cela dit, peut-être existe-t-il chez les orcs une forme de crainte de la mort ; mais là encore rien ne permet d'affirmer que ce serait l'angoisse du néant ou de l'inconnu, plutôt que l'appréhension de nouvelles atrocités post-mortem.
Vinyamar : désolée pour la traduction, je savais bien que j'étais en train d'aler trop vite, je n'ai pas vu le petit "s"... Pour "ultimately good" par contre, selon le découpage des groupes dans la phrase, et selon si on prend "ultimately" comme "en fin de compte" ou "fondamentalement", on peut avoir : "the orcs would have become part of the world (...) and ultimately good" (les orcs seraient devenus partie du monde, et finalement bons) ou "the orcs would have become part of the world, which is (...) ultimately good" (les orcs seraient devenus partie du monde, qui est fondamentalement bon). Enfin, on ne va pas recommencer à se prendre la tête sur la traduction, dans notre optique pour les deux cas l'implication est la même : il s'agit d'une possibilité de rédemption des orcs (que ce soient parce qu'ils deviennent bons ou indirectement parce qu'ils deviennent partie d'un monde qui est lui-même bon).

