Et je t'approuves aussi pour ta vision de la problématique oppression/résistance. Sommes-nous prisonniers d'un cercle vicieux? d'une spirale infinie? d'un balancier perpétuel? Mais c'est vrai, c'est ainsi, tant au niveau des individus qu'à celui des états : chaque fois que se manifeste une force de coërcition, d'oppresion, surgit aussi un mouvement de résistance qui ne peut que rarement être totalement brisé et qui, même mourant, sème encore des graines de liberté à venir. Chaque fois aussi que nous nous laissons aller à croire qu'enfin la vie pourra être douce et belle, que nous avons obtenu enfin un monde plus équitable, plus vivable, hélàs se produit une réaction en force, un retour de l'arbitraire un nouvel assaut de l'obscurantisme et de l'oppression.
Tolkien le décrit bien, toute son histoire de la TdM n'est qu'une alternance entre ces forces. Mais là où lui oppose, parce qu'il est dans l'imaginaire, les couples bien/mal, lumière/ténèbre, ordre/chaos, moi dans la réalité, je ne vois chaque fois dans les deux camps, que des humains trompés par leurs propres rêves de bonheur, leur propre vision de l'idéal, qui affrontent leurs convictions et s'affrontent entre eux, sans parvenir à dépasser leurs clivages sociaux, culturels, religieux, historiques, psychologiques. Et que ces idéaux antagonistes sont bien évidemment, dans les deux camps, récupérés par des êtres ou des organisations avides de pouvoir, mus par la cupidité et trop heureux de pouvoir profiter du chaos pour assouvir leur faim inextingible.
(Bon sang, mais qu'est-ce qui me prend d'écrire des phrases pareilles?!)
Salutations, Ylla,
Merci pour ton appréciation, mais tu as raison, cette idée est loin d'être au point : elle m'est juste venue comme çà, en lisant ce fuseau qui finissait par tourner en rond à la recherche d'un introuvable centre, j'ai eu envie d'y insuffler un petit courant d'air en ouvrant une fenêtre. Les nains posent effectivement problème dans cette façon d'interpréter l'univers tolkienien. Où les placer, quel type d'humanité ou quel aspect de l'humanité peuvent-ils représenter? Ca mérite réflexion, et je vais y réfléchir. Mais j'attends vos suggestions, elles seront toutes bienvenues! (parce que là, je sèche, faut bien dire...)
Quant au massacres entre Elfes, j'avais lancé pour rire l'idée d'une crise d'adolescence. Ca ne suffit pas, non, en effet. J'essaie autre chose:
Si les Elfes sont censés incarner un idéal, il pourrait s'agir d'abord d'un idéal physique. Dès leur naissance - leur "éveil" - ils sont décrits comme parfaitement beaux, ils sont épargnés par toute maladie, toute infirmité, toute dégénérescence, la vieillesse et la mort leur sont totalement inconnues, totalement étrangères.
Leur intelligence est innée. Mais, tout comme leurs dons pour les arts, les sciences et la technique n'atteindront leur plein développement qu'à Valinor, au contact des Puissances, et, pouvons-nous supposer par un apprentissage acquis sous l'égide de ces Puissances, de même la maturité et la sagesse ne leur sont pas données. Elles devront s'acquérir, au fil du temps et de l'expérience, à travers les échecs, les erreurs, les drames et les renoncements, et se développeront de cette façon jusqu'à un rayonnement et une sérénité que ni la facilité, ni une succession de victoires sans efforts et sans risques n'auraient pu leur donner. De la même façon un homme, aussi doué soit-il de naissance, ne peut arriver à maîtriser parfaitement un art, un métier, une science qu'après de longues années d'études et de pratique. Ni acquérir non plus sagesse et maturité au cours d'une vie trop peinarde (il développera juste une bedaine de Hobbit et les convictions obtuses et arrogantes de celui qui est satisfait de lui-même sans avoir rien fait pour), sans passer par folie, chagrin, erreurs et idioties.
Ben voilà. Maintenant, si parmi vous un assidu lecteur des Letters et des HoME peut fournir la-dessus l'avis même de Tolkien, ça vaudra encore mieux.
Sur ce, je me vais pieuter. Bonne nuit à tous et à très bientôt.

