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Accord au féminin
#8
Si l'on s'en tient au texte de Tolkien, une opposition société agricole-matriarcale/société guerrière patriarcale n'apparaît nulle part. Les sociétés naines sont présentées avant tout comme des sociétés d'artisans, de mineurs et de marchands, la guerre n'est pas leur occupation première, mais leur force physique et leur caractère intransigeant et susceptible les prédispose à la bagarre. Les sociétés humaines paraissent à première vue plus patriarcales et guerrières : les rohirrims sont décrits comme guerriers tout autant qu'éleveurs, puisque les hommes répondent en masse à la levée des troupes, abandonnant champs et troupeaux. Les gondoriens sont organisés de façon plus classiquement hiérarchisée, un peu sur le modèle féodal européen : une caste de guerriers, de rang élevé, chez qui sont à l'honneur des valeurs militaires : force, vaillance, loyauté, - protégeant et règnant sur une population de paysans et d'artisans. Les Elfes de la fin du Troisième Age apparaissent comme pacifiques - peut-être assagis par des millénaires de guerre, car ce n'était pas le cas autrefois -, soucieux avant tout de préserver les restes de leur art de vivre condamné à terme.
Quant aux hobbits, effectivement, ils nous sont montrés comme une société agricole, plutôt fermée sur elle-même, et foncièrement pacifique (Quoique, en cas d'urgence, et si vraiment il n'y a plus moyen d'y échapper...!).

Mais où est le rapport patriarcat/matriarcat?

Chez les Rohirrims, si Eowyn revendique un rôle de vierge-guerrière plutôt que de princesse-consorte, c'est - sous-entendu - que ce statut existe bien chez eux, et que d'autres femmes ont pu participer aux combats. C'est son rang qui l'en empèche, plutôt que son sexe.
Le Gondor semble mieux correspondre au patriarcat traditionnel, on n'y connait ni reine, ni intendante, ni même de régente. Mais ils descendent des numénoréens qui ont connu des reines.
Chez les Elfes, Galadriel apparait bien plus que Celeborn, comme une souveraine régnante, mais son peuple est sur pied de guerre. A l'opposé, c'est Elrond et Cirdan, deux mâles, qui représentent le pacifisme chez les Elfes. L'un a fait d'Imladris un hâvre de paix. L'autre reste à l'écart des combats.
Et chez nos Hobbits, agriculteurs et paisibles? Même si les femmes y ont leur mot à dire, et sont dotées de fortes personnalités, l'autorité y reste exercée par des hommes : les chefs des clans Brandybuck et Took sont des hommes, les ancêtres remarquables aussi.

La fameuse grand-mère de Smeagol fait donc exception. D'autant plus exception, que si l'on relit les passages où Gandalf l'évoque (merci, Moteur de Recherche!), elle apparaît réellement comme chef de clan, elle détient bien l'autorité. Il suffit de s'en tenir aux termes utilisés :
Gandalf nous apprend que la famille était "gouvernée" par une grand-mère "sévère".
Plus loin, il nous dit que c'est la grand-mère qui prend la décision de chasser Smeagol, après seulement qu'il se soit rendu odieux à tout le monde. (ce qui, soit dit en passant, trahit de sa part une certaine indulgence pour le voyou. Piste à creuser ou ... euh...cul-de-sac??? ;-P). En tout cas, c'est bien elle qui le chasse, pas un autre membre, mâle ou femelle, de la famille.
Enfin Gandalf en parlant de la grand-mère, utilise les termes mêmes de "matriarcal" et de "puissant".
(Réf. d'après le moteur de recherche : T I, chap. II, pp 79 et 84 si je ne me goure).
Cette brave vieille dame est donc bien exceptionnelle, dans tous les sens du terme, et c'est en effet une bonne raison pour y chercher une intention de Tolkien.
Vingtdiou que ça m'intrigue! Quelqu'un aura-t-il une intuition géniale?

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