Juste aussi Lambertine, et ça m'avait échappé. La culpabilité humaine a certainement pu influencer la représentation des dieux. Par ailleurs, la coexistence d'un dieu vengeur et d'un dieu de bonté n'est pas du tout incompatible dans certaines mythologies. Dans un texte sumérien parlant du déluge, on voit s'affronter l'opinion d'Enlil, excédé par l'humanité et décidé à la détruire, et celle d'Innanna, qui prend sa défense et tente de la protéger. Plus loin le texte rapporte les larmes d'Innanna devant le cataclysme déclenché par les dieux.
Il en va de même dans la Bible, où l'on voit alterner tantôt l' aspect vengeur, exterminateur de Dieu (j'ai noté, Cynewulf :-)), tantôt son aspect bienfaisant, bienveillant. Il envoie le déluge, puis le regrette et promet à Noé de ne plus jamais exterminer l'humanité. Le Nouveau Testament aussi fait tantôt allusion à la bonté, à la générosité de dieu, tantôt menace de ses foudres les pécheurs et les insoumis. Cette image d'un Dieu menaçant et terrible était encore brandie jusqu'au début du 20e siècle par des ecclésiastiques chrétiens, et il me semble que c'est tout récemment que la doctrine chrétienne ait intégré - et insiste sur - l'idée d'un Dieu de bonté et de miséricorde. mais sur ce point, je préfère m'en remettre aux lumières d'un Vinyamar, plus apte que moi à en débattre.
On peut considérer, comme tu le suggère, que l'ambivalence des émotions humaines : culpabilité --> crainte du châtiment/besoin de sécurité --> espoir d'un dieu bienveillant soit à l'oeuvre dans la représentations que l'humanité se fait de ses dieux.
Pour en revenir à Tolkien, lorsqu'il écrivit l'histoire de Numenor, il voulait créer, comme il le dit lui-même, une mythologie pour l'Angleterre. Nous connaissons tous ses influences, mais quelle était ici son intention? Entendait-il que nous, lecteurs, le lisions effectivement comme un mythe, rien de moins, rien de plus (quitte même à "croire" à ce mythe, fût-ce le temps de notre lecture)? A-t-il semé des éléments nous permettant de rechercher une "réalité" (toujours au niveau romanesque), sous ce mythe, i.e. une catastrophe naturelle, interprétée par les peuples de la TdM comme une punition des Valars? L'a-t-il conçu comme un conte moral : les Valar récompensent les bons (Earendil, Elendil) et punissent les méchants (Ar-Pharazon)? Y voyez-vous encore autre chose? Quelqu'un peut-il nous éclairer à ce sujet?

