Le début du 20e siècle en Europe était tout de même celui des empires coloniaux triomphants, et le blanc (zut, je vais trouver un autre terme, j'ai l'impression que je vais me faire traiter de raciste anti-blanc en utilisant celui-ci :-) ), disons l'occidental (crotte, ça ne va pas non plus, toute l'Afrique de l'ouest est aussi "occidentale" - au sens géographique), essayons l'européen (flûte, raté, tous les pays d'Europe n'étaient pas coloniaux) bon, donc, l'homme blanc était véritablement élevé dans une société basée sur la conquète, et persuadé, si pas de sa supériorité raciale, au moins de sa mission civilisatrice.
Les notions de supériorité raciale bien ancrées, tu peux les retrouver dans tous les manuels scolaires, ouvrages d'ethnographie, récits de voyages de cette époque, ou tout autre ouvrage vantant les résultats de la colonisation. Elles nous apparaissent, à nous, en toute lumière, et pour nous, sont éminemment choquantes. Pour les enfants des écoles, leurs professeurs et leurs parents, à l'époque, elles passaient inaperçues et personne n'y trouvait à redire, et personne ne se jugeait raciste. (As-tu jamais eu une discussion avec un vieil homme blanc ancien colonial? Essaye pour voir...)
La prospérité économique, tant de l'Amérique que de l'Europe, s'est bâtie en partie sur l'exploitation des ressources minières, agricoles et de la force de travail des pays colonisés. Qui en paient encore aujourd'hui les conséquences.
La générosité dont se targuaient certains blancs consistait à être persuadés que leur mission était d'améliorer le sort de ces pauvres sauvages, vivant démunis de tout, dans l'ignorance, la pauvreté et loin des lumières de la "vraie foi". C'était oublier qu'avant l'arrivée des blancs, ces peuples avaient leur culture, leurs sociétés, leur modes de vies propres, leur foi, leur philosophie, leurs croyances, tout aussi sincères et valables que celles du colonisateur (bien que pas nécessairement meilleurs! Injustice, abus et barbarie existaient bien sûr dans ces société, tout comme chez les blancs. Ca, c'est humain, pas racial!). Mais voilà, ce n'étaient pas les mêmes, pas celles des occidentaux, donc pas les "bonnes".
Je ne nie pas pourtant les bienfaits qu'ont pu apporter la science et la médecine occidentale à ces populations. L'espérance de vie a augmenté, les enfants ont pu être vaccinés et soignés. L'importation de la technologie occidentale leur a facilité la vie comme elle l'a fait pour l'Europe. Mais de quel prix ces progrès furent-ils payés!
D'où l'intérêt de souligner les rares, les exceptionnelles voix de blancs capables de considérer des hommes différents d'eux par la couleur, la culture ou la religion, comme de véritables êtres humains, ni meilleurs ni pires qu'eux-mêmes, leurs frères humains, tout simplement.
Je le répète, pour moi, Tolkien est de ceux-là. Ses Southrons/Suderons et ses Easterlings sont bien des hommes, et ni meilleurs ni pires que les Numénoréens qu'il n'a pas épargnés. Et s'ils se situent du côté des ennemis, ce n'est pas par mauvaiseté native, mais parce qu'ils furent corrompus, comme le furent les Numénoréens et même les Elfes, comme faillirent l'être les Rohirrims.
(Je suis loin d'avoir lu toute la littérature de l'époque, mais j'ai retrouvé ces accents - en bien plus nets, puisque leurs oeuvres sont réalistes - chez Melville et Monfreid. Il y en a certainement d'autres, vous en connaissez sûrement d'autres).

