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Narration dans l'Ainulindale
#16
Analyse et commentaire de la section (3) :

● Ici encore, la transition entre (2) et (3), bien que moins prononcée que celle entre (1) et (2), est soignée et réelle :

Depps of Time
        Was made Habitation of
               the Children of Ilúvatar
        This work (by)
                Manwë-Aulë-Ulmo-Melkor (The Valar)
from the first

On peut également ajouter le groupe Manwë/Aulë/Ulmo présenté comme le trio des principaux artisans des immenses travaux s'étalant dans la triplication (i/ii/iii).

● Parallèlement à un mouvement du mythique vers le physique :

        (1) Eä > (2) the World ;
        (2) the habitation of the Children of Ilúvatar > (3) Earth,

le texte va de la totalité du Monde créé vers un lieu bien précis, « parmi les étoiles innombrables » (p.18, 24), la Terre :

        (1) Eä > (2) the habitation of the Children of Ilúvatar
        (2) the World > (3) Earth

Ce double mouvement (du mythique vers le physique, du général vers le particulier) participe d’une narration qui conduit le lecteur à voir la Création se dérouler sous ses yeux, dans le temps et dans l’espace, et à comprendre son but : la Terre, notre Terre et la Terre du lecteur, est une « habitation » — c’est-à-dire un refuge, destinée aux les Enfants d’Ilúvatar.

● D’un seul regard, nous comprenons que la structure de la section (3) se désolidarise des deux structures concentriques précédentes ; confirmant ainsi le rythme (1-2)/(3) annoncé dès le début. D'ailleurs la structure ternaire interne à la section (3) joue elle-même sur ce mode asymétrique, les délimiteurs (And-And/When therefore) conduisant à (a1-a2)/(a3). De plus (a3) introduit un doublement final (b3-c3-b'3c'3) par rapport aux deux premières séries (b1-c1) et (b2-c2).
L'existence de ce doublement final se justifiant également par la syntaxe et le contenu qui produit des parallèles entre les membres (b3) et (b3') :

Melkor ↔ my,
it(Earth) ↔ this (Earth)

Mais aussi entre les membres (c3) et (c3') :

and ↔ and,
he ↔ I,
the other Valar ↔ myself

● Cette différence de structure entre (1-2) et (3) correspond à la fracture qui s’opère parmi les participants à cette Création : dans cette section, la Terre devient l’origine et l’enjeu de la lutte entre les Valar et Melkor. Le feu (Melkor) se révolte contre l’air (Manwë), la terre (Aulë) et l’eau (Ulmo). Le lecteur est surpris par la révolte de Melkor. Il la découvre seulement en (3), alors qu’elle était présente « dès le début », c’est-à-dire au sein même des sections (1-2) ! Pour rendre la surprise complète, le narrateur joue sur l’accumulation : aux 8 mentions des Valar réparties uniformément à travers les trois sections (3/3/2), Melkor n’apparaît qu’en (3) et ce, à dix reprises (0/0/10) !
Surprise complète pour une révolte totale : on devine un Melkor omniprésent, multipliant les actions pour détourner l’œuvre de Manwë, mais également celle d’Aulë et celle d’Ulmo. Melkor, le « Puissant qui se Dresse », développe un travail considérable de sape pour s’approprier la création terrestre (« mon propre Royaume »).

● Si la Terre est l’objet de cette révolte, le texte nous dit que son origine est à chercher dans la « convoitise » (3b3). Mais cette convoitise a sa source dans la jalousie.
Il suffit, pour s’en convaincre, de lier la fin de la section (2) à la fin de la section (3) : puisque (2a2) établissait la Terre comme « habitation des Enfants d’Ilúvatar », l’affirmation de Melkor « je nommerai (la Terre) d’après moi-même » (3c3) manifeste sa jalousie à l’encontre des hommes et des elfes mais aussi et avant tout à l’encontre d’Ilúvatar.

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