Le triple péché de Melkor contre le 10ème Commandement a mis en évidence sa volonté de se révolter contre la personne même d’Eru Ilúvatar. Cette révolte prend la forme d’un triple blasphème et d’un triple négation de l’unicité d’Eru :
(i) Melkor veut créer comme seul Ilúvatar peut créer :
Melkor (...) avait en lui un furieux désir d’amener à l’Être des œuvres de sa propre volonté (...) Mais il ne trouva pas le feu, partage d'Ilúvatar. (p.14)
L’enjeu majeur, pour Melkor, est la possession de l’Impérissable Flamme, la seule source de vie dans la Création[6] : Melkor veut dispenser la Flamme comme Eru !
On comprend alors pourquoi, au cœur de la section (3), Melkor allume des « feux » qu’il voudrait aussi « grands » que possible sur une Terre « pleine de flamme » : Melkor veut à la fois combattre la Flamme d’Ilúvatar, mais aussi l’imiter : il ne faut pas oublier que, dans l’Ainulindalë, la première personne à « allumer/enflammer » (kindled) est Ilúvatar !
I have kindled you with the Flame Imperishable (Eru, p.13)
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He kindled great fires. (Melkor, p.21)
Quelle triste imitation ! car elle pousse Melkor dans la moquerie et la caricature.
Poussé par son orgueil mais limité par sa nature, Melkor ne peut que singer Ilúvatar.
(ii) Ce désir de créer est lié au désir de Puissance : Melkor veut l’autorité d’Eru sur la Création.
Or, une telle autorité donnerait la capacité « d’attribuer » comme Eru. C’est de cette illusion dont Melkor se nourrit en s’attribuant le Royaume d’Arda (« this shall be my own kingdom ») alors que l’attribution de la royauté est du ressort d’Ilúvatar, tout-puissant dans son choix :
« Le plus grand des Ainur qui descendit sur le monde était d’abord Melkor, mais Manwë est plus cher au cœur d’Ilúvatar et comprend mieux ses intentions. Il fut destiné à être, dans la plénitude des temps, le premier des Rois : seigneur du royaume d’Arda »
(Valaquenta, Of the Valar, p.26)
Melkor dévoile ainsi l’origine même du péché et sa racine : se prendre pour Dieu et « connaître le Bien et le Mal », c’est-à-dire choisir ses propres valeurs selon « ses propres désirs », choisir son Bien et son Mal. Faire comme bon il lui semble.
(iii) Une fois qu’on s’est donné la capacité de fixer le Bien et le Mal, on devient son propre Dieu. C’est à cela que désire arriver Melkor ! Melkor veut effacer le nom d’Ilúvatar pour le remplacer par le sien, poussant le péché contre le Nom jusqu’à son extrémité.
Voilà pourquoi la section (3) se termine sur Melkor qui « nomme » la terre « d’après lui-même » : le dernier mot, « myself », est une injure faite à Ilúvatar puisque le nom de ce dernier est le dernier mot de la section (2).
Melkor, avide de puissance, veut donc tout ce qui représente la personne d’Eru : son Nom, son autorité, sa capacité de créer et de donner la vie.
Note:

