04-12-2003, 12:14
A partir de ce découpage, j'ai relevé quelques rares joyaux qui n'étaient pas autant visibles sur le chemin emprunté par Sosryko ;) - encore que, je ne doute pas qu'on eut pu les y mettre à jour pareillement :
A / A'
Dans le cercle extérieur, nous ne sommes pas encore entrés en Arda ; les perspectives des Valar et de Melkor sont strictement partagées. En A, et ce n'est pas une surprise, c'est la reprise des deux précédentes sections, les Valar se font serviteurs d'une œuvre ; ils sont plusieurs, et l'on considère un travail dans lequel ils ont part, tandis qu'en A' Melkor seul agit, en vue d'établir son propre royaume.
A partir d'ici, il sera révélateur de considérer au sein de toute la 3ème section le mode des verbes utilisés : Tous ceux qui concernent l'action des Valar sont à la voie passive : une œuvre est réalisée, à laquelle ils ont part, mais cette part was taken by .... Le premier terme de la structure est tout en délicatesse ; si les Valar agissent, pourtant on a l'impression qu'ils laissent faire, qu'ils se font serviteurs ... et de qui, sinon de l'inconnue X mise en évidence au centre des deux premières sections, c'est-à-dire d'Eru. Il n'est sans doute pas exagéré d'aller jusqu'à considérer que les Valar laissent agir Eru à travers eux ; Eru serait l'unique véritable acteur. A l'opposé, les actions de Melkor se font toutes sans Eru, et ne lui laissent aucune place, comme les verbes qui marquent son action sont tous à la voie active. Pire : La seule occurrence où Melkor conçoit la passivité, c'est lorsqu'il s'agit de considérer le service d'une toute autre manière ... être au service de Melkor : This shall be my own kingdom ! On retrouve ce que Sosryko a si bien montré par ailleurs, l'usurpation de la place d'Ilúvatar ... ici dans l'attribution des modes, puisque la voie passive appelle d'ordinaire Eru, tandis qu'ici elle est clairement détournée vers Melkor, et contrainte par lui.
Attention dès lors, en parlant de " voie passive ", sorti du contexte, à ne pas penser " voie passive → les Valar n'agissent pas " mais plutôt " voie passive = voie de service " ... celle-ci, sans paradoxe, est bien la même que celle des précédentes sections, décrite plus haut
Par rapport à la " voie active ", la voie du serviteur reçoit, se laisse pousser ... le serviteur prend son impulsion à partir d'Eru et non à partir de ses désirs et compulsions personnels.
B / B'
Lorsqu'on pénètre dans le deuxième cercle de cette structure narrative, le partage ne se fait plus strictement d'un terme à l'autre B/B'. Car nous sommes entrés dans le Drame d'Arda, et le Bien et le Mal sont maintenant entremêlés, quasi inextricables : he meddled in all that was done. Pourtant, à qui sait regarder, il est toujours donné de discerner le Mal du Bien. Le premier est toujours marqué par la voie active ; il trouve en lui-même la justification de son action, et s'il considère le service, ce n'est jamais que le service des autres. Alors que le second, marqué encore et toujours par la voie passive, est le chemin de ceux qui agissent en se faisant serviteurs de l'Autre.
Ici, bien des choses apparaissent et sont mises à nue. Lorsque l'on considère l'affrontement du Bien et du Mal, il n'y a pas deux principes "équivalents" : Le Bien n'a pas besoin du Mal pour exister ; il n'a besoin que d'Eru, car celui-ci en est la source, invisible, absence-présence, pour reprendre les mots de Sosryko, révélée par la question posée : qui agit, si au final les Valar ne sont que serviteurs dans la Création ? Le Mal en revanche, aussi terrifiant et impressionnant qu'il soit, tellement visible, ne peut exister que par rapport au Bien : turning it / meddled in all / coveted it / name it ... Le Bien, encore, est toute douceur ; il se propose, et sa source est ultimement libre, au point même que celui qui ne veut la voir est libre de ne pas la voir. Le Mal est toute violence ; il s'impose autant qu'il y parvient, affronte et prend la liberté. Mais comme il est éternellement tributaire de l'existence du Bien, on réalise logiquement que son but ultime est dans la destruction de tout, seule "victoire" possible. Voilà pourquoi :
L'existence du Monde vient d'Eru, et ce qu'on appelle le Bien garde cette existence, tandis que le Mal est ce qui s'en détourne et détourne, il est ce qui va à Melkor, à l'inexistence.
C
Enfin, le centre de la section révèle l'essentiel de la Rebellion de Melkor : Celui qui ne supporte pas l'existence et l'exécution d'autres volontés que la sienne va tenter d'imposer la sienne de manière grandiose et terrifiante. Celui qui veut trouver la Flamme Impérissable d'Ilúvatar va allumer lui-même de grands feux. Mais comment le Nihiliste, celui qui a fait le choix du visible, du matériel, et de l'égocentrisme, peut-il espérer la trouver ? Elle est dans l'invisible et non dans le visible, dans le spirituel et non dans le matériel, elle vient d'Eru et non de soi, même si Eru l'a envoyée vers nous. Elle est dans la voie passive, et non dans la voie active. Seuls ceux qui acceptent de devenir les filles et les fils d'Eru peuvent la recevoir
Mais Sosryko n'a-t-il pas déjà tout dit et parfaitement dit à ce propos :) ?
On pourra, par rapport à ce commentaire plus particulièrement ...
... penser à la la référence suivante :
A / A'
Dans le cercle extérieur, nous ne sommes pas encore entrés en Arda ; les perspectives des Valar et de Melkor sont strictement partagées. En A, et ce n'est pas une surprise, c'est la reprise des deux précédentes sections, les Valar se font serviteurs d'une œuvre ; ils sont plusieurs, et l'on considère un travail dans lequel ils ont part, tandis qu'en A' Melkor seul agit, en vue d'établir son propre royaume.
A partir d'ici, il sera révélateur de considérer au sein de toute la 3ème section le mode des verbes utilisés : Tous ceux qui concernent l'action des Valar sont à la voie passive : une œuvre est réalisée, à laquelle ils ont part, mais cette part was taken by .... Le premier terme de la structure est tout en délicatesse ; si les Valar agissent, pourtant on a l'impression qu'ils laissent faire, qu'ils se font serviteurs ... et de qui, sinon de l'inconnue X mise en évidence au centre des deux premières sections, c'est-à-dire d'Eru. Il n'est sans doute pas exagéré d'aller jusqu'à considérer que les Valar laissent agir Eru à travers eux ; Eru serait l'unique véritable acteur. A l'opposé, les actions de Melkor se font toutes sans Eru, et ne lui laissent aucune place, comme les verbes qui marquent son action sont tous à la voie active. Pire : La seule occurrence où Melkor conçoit la passivité, c'est lorsqu'il s'agit de considérer le service d'une toute autre manière ... être au service de Melkor : This shall be my own kingdom ! On retrouve ce que Sosryko a si bien montré par ailleurs, l'usurpation de la place d'Ilúvatar ... ici dans l'attribution des modes, puisque la voie passive appelle d'ordinaire Eru, tandis qu'ici elle est clairement détournée vers Melkor, et contrainte par lui.
Attention dès lors, en parlant de " voie passive ", sorti du contexte, à ne pas penser " voie passive → les Valar n'agissent pas " mais plutôt " voie passive = voie de service " ... celle-ci, sans paradoxe, est bien la même que celle des précédentes sections, décrite plus haut
Sosryko : Les Valars découvrent ce qu’est une Vision : non pas un miracle qui ne demande rien à celui qui le reçoit, mais une impulsion, une mise en mouvement qui pousse à « entrer », « entrer dans le commencement » [...]
Par rapport à la " voie active ", la voie du serviteur reçoit, se laisse pousser ... le serviteur prend son impulsion à partir d'Eru et non à partir de ses désirs et compulsions personnels.
B / B'
Lorsqu'on pénètre dans le deuxième cercle de cette structure narrative, le partage ne se fait plus strictement d'un terme à l'autre B/B'. Car nous sommes entrés dans le Drame d'Arda, et le Bien et le Mal sont maintenant entremêlés, quasi inextricables : he meddled in all that was done. Pourtant, à qui sait regarder, il est toujours donné de discerner le Mal du Bien. Le premier est toujours marqué par la voie active ; il trouve en lui-même la justification de son action, et s'il considère le service, ce n'est jamais que le service des autres. Alors que le second, marqué encore et toujours par la voie passive, est le chemin de ceux qui agissent en se faisant serviteurs de l'Autre.
Ici, bien des choses apparaissent et sont mises à nue. Lorsque l'on considère l'affrontement du Bien et du Mal, il n'y a pas deux principes "équivalents" : Le Bien n'a pas besoin du Mal pour exister ; il n'a besoin que d'Eru, car celui-ci en est la source, invisible, absence-présence, pour reprendre les mots de Sosryko, révélée par la question posée : qui agit, si au final les Valar ne sont que serviteurs dans la Création ? Le Mal en revanche, aussi terrifiant et impressionnant qu'il soit, tellement visible, ne peut exister que par rapport au Bien : turning it / meddled in all / coveted it / name it ... Le Bien, encore, est toute douceur ; il se propose, et sa source est ultimement libre, au point même que celui qui ne veut la voir est libre de ne pas la voir. Le Mal est toute violence ; il s'impose autant qu'il y parvient, affronte et prend la liberté. Mais comme il est éternellement tributaire de l'existence du Bien, on réalise logiquement que son but ultime est dans la destruction de tout, seule "victoire" possible. Voilà pourquoi :
Thus, as 'Morgoth', when Melkor was confronted by the existence of other inhabitants of Arda, with other wills and intelligences, he was enraged by the mere fact of their existence, and his only notion of dealing with them was by physical force, or the fear of it. His sole ultimate object was their destruction. [...] Hence his endeavour always to break wills and subordinate them to or absorb them into his own will and being, before destroying their bodies. This was sheer nihilism, and negation its one ultimate object [MR/395-396]
L'existence du Monde vient d'Eru, et ce qu'on appelle le Bien garde cette existence, tandis que le Mal est ce qui s'en détourne et détourne, il est ce qui va à Melkor, à l'inexistence.
C
Enfin, le centre de la section révèle l'essentiel de la Rebellion de Melkor : Celui qui ne supporte pas l'existence et l'exécution d'autres volontés que la sienne va tenter d'imposer la sienne de manière grandiose et terrifiante. Celui qui veut trouver la Flamme Impérissable d'Ilúvatar va allumer lui-même de grands feux. Mais comment le Nihiliste, celui qui a fait le choix du visible, du matériel, et de l'égocentrisme, peut-il espérer la trouver ? Elle est dans l'invisible et non dans le visible, dans le spirituel et non dans le matériel, elle vient d'Eru et non de soi, même si Eru l'a envoyée vers nous. Elle est dans la voie passive, et non dans la voie active. Seuls ceux qui acceptent de devenir les filles et les fils d'Eru peuvent la recevoir
Mais Sosryko n'a-t-il pas déjà tout dit et parfaitement dit à ce propos :) ?
On pourra, par rapport à ce commentaire plus particulièrement ...
Melkor dévoile ainsi l’origine même du péché et sa racine : se prendre pour Dieu et « connaître le Bien et le Mal », c’est-à-dire choisir ses propres valeurs selon « ses propres désirs », choisir son Bien et son Mal. Faire comme bon il lui semble.
(iii) Une fois qu’on s’est donné la capacité de fixer le Bien et le Mal, on devient son propre Dieu. C’est à cela que désire arriver Melkor ! Melkor veut effacer le nom d’Ilúvatar pour le remplacer par le sien, poussant le péché contre le Nom jusqu’à son extrémité.
Voilà pourquoi la section (3) se termine sur Melkor qui « nomme » la terre « d’après lui-même » : le dernier mot, « myself », est une injure faite à Ilúvatar puisque le nom de ce dernier est le dernier mot de la section (2).
... penser à la la référence suivante :
It does however seem best to view Melkor's corrupting power as always starting, at least, in the moral or theological level. Any creature that took him for Lord (and especially those who blasphemously called him Father or Creator) became soon corrupted in all parts of its being, the fëa dragging down the hröa in its descent into Morgothism: hate and destruction. [MR/410]

