04-12-2003, 12:15
Comme il me paraît bien difficile et au demeurant inutile d'ajouter beaucoup de chose aux commentaires qui avaient déjà été faits par Sosryko de la 3ème section, et en particulier du péché de Melkor, j'enchaînerai maintenant volontiers un commentaire (à la volée) à partir de la 2ème section.
Naissance à l'Amour et à la Liberté
Je repartirai pour ce faire des propos suivants - tout simplement superbes - de Sosryko :
Cette étincelle, c'est la Flamme Impérissable qu'Eru a envoyée dans le Monde, et que Melkor ne trouva jamais et ne pourra trouver.
Cette flamme, les Valar l'ont reçue en se faisant serviteurs, tandis que Melkor l'a perdue en cherchant à l'atteindre par lui-même. Les Valar se sont faits serviteurs dès le Commencement, et voilà la chose extraordinaire que montre la Narration de l'Ainulindalë : la Création et le travail des Valar furent un pur travail de Charité ! Où les Valar se sont donnés (cf. le titre et le thème donnés par Sosryko en la 2ème section : le don de soi), entièrement, sans compter, par l'Amour d'Eru, et pour l'Amour de Ses Enfants. Arda est née en Charité ! Arda est née par Charité !
La Charité ne peut être que si elle est laissée libre ; le don de soi ne peut l'être que librement. Et c'est pourquoi si elle est née en Charité, ni plus, ni moins, Arda est née en Liberté ! La Charité, qui commence par l'acte créateur suprême d'Eru, se poursuit ensuite, dans le Monde, par l'exercice de la Liberté à choisir la "petite voie", la voie passive, celle du serviteur humble qui se laisse inspirer par Eru, qui se fait son instrument, comme les Valar l'ont fait à la Création d'Arda (l'usage du passif section 3) montre par ailleurs que le pouvoir de création n'est pas dans les Valar eux-mêmes ...) ; cette "petite voie", qui n'est ni grandiose, ni facile, est néanmoins le chemin, qui, librement consenti, mène à la perfection (sainteté) en ce monde marri, et la Narration de l'Ainulindalë annonce tout le mystère du Conte d'Arda qui viendra à se dérouler.
C'est bien dans cette "petite voie" que puit s'achever dans la perfection la vertu de Charité. Quelle émotion par exemple à suivre le roi bien-aimé de Nargothrond se dessaisir lui-même de sa royauté, de son royaume, et de sa vie, pour l'Amour des Hommes en général, et de Beren en particulier. Frodo aussi, dans son abandon aussi, ce "lâcher prise", se laisse conduire, et à la fin véritablement porter. Dans cet abandon, naît un discernement et une puissance de générosité qui le gardent longtemps de l'Anneau. Dans cet abandon naît aussi la compassion. On ne peut pas ne pas penser aussi à ses compagnons, qui tous, font l'expérience parfois douloureuse mais toujours victorieuse, de la Charité, lorsque s'engageant sur la petite voie du service, de l'abandon, et de la Confiance : Merry et Pippin écuyers de Theoden et Denethor ; Aragorn, dans le secret en parcourant si longtemps en serviteur la Terre-du-milieu, et, la Guerre de l'Anneau venue, non seulement dans le don de soi, bravant tous les périls à la tête de ses hommes quand l’Ennemi poussait devant lui ses esclaves en furie, mais aussi dans la perfection du don, qui est le pardon (Chemins des Morts, col de Cirith Ungol). Quelle lumière encore dans le dernier don du fier et vaillant Boromir, lorsqu'il s'abandonne enfin à être serviteur et offre sa vie pour sauver celle des hobbits, après avoir tant et tant cherché à vaincre activement dans sa vie - et donc finalement et naturellement à (se faire) posséder (par) l'Anneau.
La voie active n'est pas aisée à éviter. Sam n'est-il pas dès le départ et jusqu'à la fin parfait serviteur ? Pourtant, que ne se fît-il serviteur dans sa confrontation avec Gollum ! Hélas ! Et je ne puis m'empêcher de penser encore à l'histoire de Míriel et de Finwë : que n'ont-ils vécu et supporté leur souffrance en patience ? Finwë de demander, d'exiger presque, un remariage et de futur enfants ! S'il pouvait sembler juste de voir cette demande permise, combien la Charité seule eût été bien supérieure que l'action de la justice. Ainsi les paroles explicites d'Ulmo ...
... et celles de Manwë :
Car Arda est née dans la Charité, et sera Guérie dans la Charité. La vertu de Charité est l'Amour qui ne demande rien, qui n'exige rien. Elle est aussi indissociable de la Liberté. Quel Amour y aurait-il à être conduit contre sa volonté ?
Avec la liberté, le Mal devient possible. Mais il n'est ni voulu, ni permis. Dans ce monde blessé, le mal est enduré. Si l'on en croit le narrateur de l'Ainulindalë, ainsi que les récits (rapportés) des Eldar, Eru n'est pas un Dieu qui tolère le Mal. Au début, le fait de donner vie à Melkor est chose parfaitement bonne - Cf. section 3 : Melkor too was there from the first (noter l'usage narratif du passif). Le Mal ne naît que lorsque he meddled in all that was done [...] ! (noter l'usage narratif de l'actif) (noter aussi tout simplement l'enchaînement narratif : d'abord vient le Bien, et ensuite et seulement, et uniquement avec les choix qui n'appartiennent qu'à Melkor, la naissance du Mal). Non, Eru demande à Ses Enfants d'endurer en patience, lorsqu'ils ne peuvent pas vivre dans une joie parfaite. Et cette demande peut s'appuyer sur un don qui est fait aux Eldar et aux Atani, celui de croire en Lui, et sur la promesse qu'implique son Amour ...
Cette promesse, c'est celle selon laquelle Arda sera Guérie de tout mal :
Et ce qu'elle implique est extraordinaire :
Extraordinaire car elle promet de tout Guérir, du Commencement jusqu'à la Fin ... elle promet de réparer ... Mais comment réparer le traumatisme de la souffrance, le traumatisme de la violence ?
Aux Enfants c'est impossible, mais les Eldar, visiblement, restent dans l'Estel que cela est possible à Eru, dans son mystère.
Ne l'a-t-il pas promis Lui-même :
Même si et néanmoins Melkor poursuit encore et toujours un formidable combat contre Eru, ainsi que Sosryko le montre si bien, le parfait renversement de la Charité :
Naissance à l'Amour et à la Liberté
Je repartirai pour ce faire des propos suivants - tout simplement superbes - de Sosryko :
Ainsi, avec la vitesse croissante dans la description de (i) à (iii), arrive la conclusion qui s’impose : tout ce travail, tous ces efforts des Valar étaient destiné aux seuls Enfants d’Ilúvatar. [...]
travailler sans relâche
Mais pour qui ?
Laisser de côté son égoïsme.
Donner de soi, de son temps, de ses forces à d’autres comme les Valar qui préparent la Terre pour les Enfants d’Ilúvatar qui ne sont pas encore nés.
Travailler pour préparer un héritage.
Pour ceux qu’on ne connaît pas encore aussi bien que ceux qu’on ne connaîtra jamais.
Travailler sans même savoir comment son travail sera accueilli et respecté (cf. les craintes justifiées de Yavanna en QS II)
Se donner ainsi à l’Autre, pour que la vision de ma beauté et de mon histoire n’efface pas la Vision qui est la Vision de la beauté et de l’Histoire de l’Autre.
Se donner à l’Autre, pour ne pas se perdre soi-même. Pour ne pas devenir Melkor.
Ou lorsque se perdre revient à refuser la Vision pourtant « véritable », qui demeure, que je le veuille ou non.
Travailler « laborieusement », comprendre : avec diligence.
Comme si tout dépendait du travail d’aujourd’hui et de moi seul.
Voilà le secret.
Car tout dépend réellement du travail d’aujourd’hui, de mon amour de ce jour pour la création, de mon désir de la rendre parfaite pour les Enfants qui l’habitent, qui l’habiteront. Et si Melkor lui même venait à « le détruire ou le corrompre », mon travail « ne serait pas vain » pour autant (Ainul., p.23); il reste toujours la trace de la flamme dans l’étincelle, et la plus petite étincelle est un flambeau dans les ténèbres.
Cette étincelle, c'est la Flamme Impérissable qu'Eru a envoyée dans le Monde, et que Melkor ne trouva jamais et ne pourra trouver.
Cette flamme, les Valar l'ont reçue en se faisant serviteurs, tandis que Melkor l'a perdue en cherchant à l'atteindre par lui-même. Les Valar se sont faits serviteurs dès le Commencement, et voilà la chose extraordinaire que montre la Narration de l'Ainulindalë : la Création et le travail des Valar furent un pur travail de Charité ! Où les Valar se sont donnés (cf. le titre et le thème donnés par Sosryko en la 2ème section : le don de soi), entièrement, sans compter, par l'Amour d'Eru, et pour l'Amour de Ses Enfants. Arda est née en Charité ! Arda est née par Charité !
La Charité ne peut être que si elle est laissée libre ; le don de soi ne peut l'être que librement. Et c'est pourquoi si elle est née en Charité, ni plus, ni moins, Arda est née en Liberté ! La Charité, qui commence par l'acte créateur suprême d'Eru, se poursuit ensuite, dans le Monde, par l'exercice de la Liberté à choisir la "petite voie", la voie passive, celle du serviteur humble qui se laisse inspirer par Eru, qui se fait son instrument, comme les Valar l'ont fait à la Création d'Arda (l'usage du passif section 3) montre par ailleurs que le pouvoir de création n'est pas dans les Valar eux-mêmes ...) ; cette "petite voie", qui n'est ni grandiose, ni facile, est néanmoins le chemin, qui, librement consenti, mène à la perfection (sainteté) en ce monde marri, et la Narration de l'Ainulindalë annonce tout le mystère du Conte d'Arda qui viendra à se dérouler.
C'est bien dans cette "petite voie" que puit s'achever dans la perfection la vertu de Charité. Quelle émotion par exemple à suivre le roi bien-aimé de Nargothrond se dessaisir lui-même de sa royauté, de son royaume, et de sa vie, pour l'Amour des Hommes en général, et de Beren en particulier. Frodo aussi, dans son abandon aussi, ce "lâcher prise", se laisse conduire, et à la fin véritablement porter. Dans cet abandon, naît un discernement et une puissance de générosité qui le gardent longtemps de l'Anneau. Dans cet abandon naît aussi la compassion. On ne peut pas ne pas penser aussi à ses compagnons, qui tous, font l'expérience parfois douloureuse mais toujours victorieuse, de la Charité, lorsque s'engageant sur la petite voie du service, de l'abandon, et de la Confiance : Merry et Pippin écuyers de Theoden et Denethor ; Aragorn, dans le secret en parcourant si longtemps en serviteur la Terre-du-milieu, et, la Guerre de l'Anneau venue, non seulement dans le don de soi, bravant tous les périls à la tête de ses hommes quand l’Ennemi poussait devant lui ses esclaves en furie, mais aussi dans la perfection du don, qui est le pardon (Chemins des Morts, col de Cirith Ungol). Quelle lumière encore dans le dernier don du fier et vaillant Boromir, lorsqu'il s'abandonne enfin à être serviteur et offre sa vie pour sauver celle des hobbits, après avoir tant et tant cherché à vaincre activement dans sa vie - et donc finalement et naturellement à (se faire) posséder (par) l'Anneau.
La voie active n'est pas aisée à éviter. Sam n'est-il pas dès le départ et jusqu'à la fin parfait serviteur ? Pourtant, que ne se fît-il serviteur dans sa confrontation avec Gollum ! Hélas ! Et je ne puis m'empêcher de penser encore à l'histoire de Míriel et de Finwë : que n'ont-ils vécu et supporté leur souffrance en patience ? Finwë de demander, d'exiger presque, un remariage et de futur enfants ! S'il pouvait sembler juste de voir cette demande permise, combien la Charité seule eût été bien supérieure que l'action de la justice. Ainsi les paroles explicites d'Ulmo ...
'Thus Finwë was aggrieved and claimed justice. But when he called her and she did not return, in only a few years he fell into despair. Herein lay his fault, and failing in Hope. But also he founded his claim mainly upon his desire for children, considering his own self and his loss more than the griefs that had befallen his wife: that was a failing in full love.
'The fëar of the Eldar, as Niënna hath said, cannot be broken or forced, and the motion of their will cannot therefore be predicted with certainty. Yet it seemeth to me that there was hope still that after repose in Mandos the fëa of Míriel should return of itself to its nature, which is to desire to inhabit a body. This strange event should issue, rather than in dissolving their union, in the use by Finwë of the patience of full love, and the learning of Hope; and in the return of Míriel, wider in mind, and renewed in body. [MR/243]
... et celles de Manwë :
Thus, as […] And Manwë spoke to the Valar, saying: 'In this matter ye must not forget that you deal with Arda Marred - out of which ye brought the Eldar. Neither must ye forget that in Arda Marred Justice is not Healing. Healing cometh only by suffering and patience, and maketh no demand, not even for Justice. Justice worketh only within the bonds of things as they are, accepting the marring of Arda, and therefore though Justice is itself good and desireth no further evil, it can but perpetuate the evil that was, and doth not prevent it from the bearing of fruit in sorrow. Thus the Statute was just, but it accepted Death and the severance of Finwë and Míriel, a thing unnatural in Arda Unmarred, and therefore with reference to Arda Unmarred it was unnatural and fraught with Death. The liberty that it gave was a lower road that, if it led not still downwards, could not again ascend. But Healing must retain ever the thought of Arda Unmarred, and if it cannot ascend, must abide in patience. [...] [MR/239-240]
Car Arda est née dans la Charité, et sera Guérie dans la Charité. La vertu de Charité est l'Amour qui ne demande rien, qui n'exige rien. Elle est aussi indissociable de la Liberté. Quel Amour y aurait-il à être conduit contre sa volonté ?
Avec la liberté, le Mal devient possible. Mais il n'est ni voulu, ni permis. Dans ce monde blessé, le mal est enduré. Si l'on en croit le narrateur de l'Ainulindalë, ainsi que les récits (rapportés) des Eldar, Eru n'est pas un Dieu qui tolère le Mal. Au début, le fait de donner vie à Melkor est chose parfaitement bonne - Cf. section 3 : Melkor too was there from the first (noter l'usage narratif du passif). Le Mal ne naît que lorsque he meddled in all that was done [...] ! (noter l'usage narratif de l'actif) (noter aussi tout simplement l'enchaînement narratif : d'abord vient le Bien, et ensuite et seulement, et uniquement avec les choix qui n'appartiennent qu'à Melkor, la naissance du Mal). Non, Eru demande à Ses Enfants d'endurer en patience, lorsqu'ils ne peuvent pas vivre dans une joie parfaite. Et cette demande peut s'appuyer sur un don qui est fait aux Eldar et aux Atani, celui de croire en Lui, et sur la promesse qu'implique son Amour ...
(Finrod) If we are indeed the Eruhin, the Children of the One, then He will not suffer Himself to be deprived of His own, not by any Enemy, not even by ourselves. This is the last foundation of Estel, which we keep even when we contemplate the End: of all His designs the issue must be for His Children's joy. […]' [MR/320]
Cette promesse, c'est celle selon laquelle Arda sera Guérie de tout mal :
(Andreth) They say that the One will himself enter into Arda, and heal Men and all the Marring from the beginning to the end. [MR/321]
Et ce qu'elle implique est extraordinaire :
'Arda Healed' is thus both the completion of the 'Tale of Arda' which has taken up all the deeds of Melkor, but must according to the promise of Ilúvatar be seen to be good; and also a state of redress and bliss beyond the 'circles of the world'.) [MR/405]
Extraordinaire car elle promet de tout Guérir, du Commencement jusqu'à la Fin ... elle promet de réparer ... Mais comment réparer le traumatisme de la souffrance, le traumatisme de la violence ?
Aux Enfants c'est impossible, mais les Eldar, visiblement, restent dans l'Estel que cela est possible à Eru, dans son mystère.
Ne l'a-t-il pas promis Lui-même :
'And thou, Melkor, shalt see that no theme may be played that has not its uttermost source in me, nor can any alter the music in my despite. For he that attempteth this shall be but mine instrument in the devising of things more wonderful, which he himself hath not imagined.' [MR/10]
Même si et néanmoins Melkor poursuit encore et toujours un formidable combat contre Eru, ainsi que Sosryko le montre si bien, le parfait renversement de la Charité :
Melkor le Marisseur, ou le Renversement :

