Les Eldar s'apprêtèrent au départ et s'organisèrent en trois légions. La moins nombreuse et la première à partir fut conduite par Ingwë, le plus noble seigneur des Elfes. Le premier il entra dans Valinor et prit place aux pieds des Puissants, et tous le Elfes respectent son nom, mais il ne revint pas sur les Terres du Milieu, et n'y jeta jamais plus les yeux. Son peuple s'appelait les Vanyar, les plus beaux des Elfes, les préférés de Manwë et Varda, et peu d'Humains leur ont jamais parlé.
Puis vinrent les Noldor, nom d'un peuple sage, le peuple de Finwë. Ce sont les penseurs, les amis d'Aulë, il y a de nombreux chants à leur louange car ils ont travaillé et combattu longtemps à grand-peine dans les anciens territoires du nord.
La plus grande légion arriva enfin, et comme ils avaient tardé en route et n'étaient aps pleinement décidés à s'exposer à la lumière de Valinor, on les appela les Teleri. Ils aimaient surtout vivre près de l'eau et ceux qui arrivèrent enfin sur la côte ouest tombèrent amoureux de la mer. Au pays d'Aman, ils furent donc appelés les Elfes Marins, les Falmari, ceux qui font de la musique près de l'écume des vagues. Ils étaient si nombreux qu'ils avaient deux seigneurs : Elwë Singollo (ce qui signifie robe grise), et son frère Olwë.
Cependant, je ne suis pas pleinement convaincu par l'identification de Túrin à la figure du guerrier. Ma connaissance de Dumézil est celle du grand public, mais cela, joint à ce que présente l'exposé, me suffit pour apercevoir des difficultés, particulièrement en ce qui concerne la deuxième fonction. Pour un guerrier, Túrin est singulièrement raté. Au lieu de lui apporter la gloire, ses exploits ne font généralement que provoquer des catastrophes. C'est particulièrement vrai lorsqu'il recherche le "beau" combat loyal et non dissimulé à Nargothrond, et dans une moindre mesure comme chef de l'éphémère Dor Cúarthol en guerre ouverte contre la puissance de Morgoth. Inversement, l'exploit qui assurera sa renommé, abattre Glaurung, s'il est assurément héroïque, n'est pas entièrement "loyal" puisqu'il le frappe avec ruse par le dessous (Cette scène est très similaire par la tactique à celle où Sigurðr tue Fáfnir dans la Völsunga saga, et de même que celui-ci y gagne l'épithète de Fáfnisbani, on se souviendra de Túrin comme du Fléau de Glaurung, Dagnir Glaurunga.) C'est pourtant bien la seule fois où la valeur de Túrin est entièrement positive. Ironiquement, dès qu'il se dévoile au dragon, les malheurs recommencent: il est empoisonné par un jet de son sang.
De façon générale, Tolkien ne présente pas la valeur guerrière comme quelque chose de positif en soi ; on se souvient des paroles de Faramir : "La guerre doit être, tant que nous défendons nos vies contre un destructeur qui nous dévorerait tous ; mais je n'aime pas le glaive luisant pour son acuité, ni la flèche pour sa rapidité, ni le guerrier pour sa gloire. J'aime seulement ce qu'ils défendent" (SdA livre IV ch. 5). En fait, la passion guerrière est même vue sous un jour franchement négatif, nombreux sont les personnages qui par imprudence, orgueil ou désepoir, s'engagent dans des combats peut-être chevaleresques ou héroïques mais funestes :
- Fëanor distance son armée et, isolé, est terrassé par Gothmog Prince des Balrogs ;
- Fingolfin s'engage dans un duel désepéré avec Morgoth et est écrasé;
- Túrin en fournit naturellement plus d'un exemple
- pendant la bataille des champs du Pelennor, Eomer est embrasé de fureur guerrière et se met en grand danger, n'était Aragorn (SdA livre V ch. 6) : "Il fut saisi d'une humeur de folie..... la fortune avait tourné contre Eomer, et sa furie l'avait trahi"
- Boromir est un peu de la même veine, sonnant ainsi du cor par panache au départ de Fondcombe au risque de démasquer la Compagnie. Il n'est peut-être pas innocent que son frère antithétique Faramir apparaisse à l'abord comme un chef prudent qui pratique l'embuscade plutôt que le combat direct.
Tolkien me paraît en fait rattacher la passion guerrière à la notion d'ofermod en vieil anglais, telle qu'il la commente au sujet de la Bataille de Maldon (Le retour de Beorhtnoth fils de Beorhthelm 3e partie) : "overmastering pride", "orgueil excessif". Il insiste sur la condamnation que représente ce terme : dans la poésie vieil-anglaise attestée il n'est appliqué à deux personnes, une fois à Beorhtnoth... et l'autre à Lucifer. Il observe le même comportement de prise de risques inconsidérée de la part de Beowulf Dans le recueil d'essais Tolkien's Legendarium dirigé par Verlyn Flieger et Carl Hostetter, un article complet de Richard West traite de Túrin's Ofermod et remarque que l'interprétation de Tolkien (contestée, soit dit en passant, mais cela n'importe guère dans l'analyse de son oeuvre propre et ce qu'il y a mis) se retrouve appliquée dans ses récits.
Cette vision négative me semble contraster avec l'image de la figure du guerrier offerte par Herakles ou Sigurðr (il me semble important de s'intéresser de plus près à ce personnage vu les affinités notables qu'il offre avec Túrin). Tolkien semble avoir effectivement avoir absorbé bien des traits duméziliens... mais avec d'importantes nuances.
A vous ;-)
Moraldandil

