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Túrin, ofermod et deuxième fonction
#2
Bien d'accord avec toi, Moraldandil, mais si Túrin n'est pas un guerrier 'solaire' comme Hèraklès, Achille, Thor ou Cúchulainn (de part la volonté de Tolkien de mettre en garde contre l'Ofermod), il n'en relève pas moins de la deuxième fonction, de la "figure du guerrier".

Car les "importantes nuances" avec lesquelles Tolkien présente le guerrier ne sont finalement que le prolongement de la réflexion indo-européenne sur la deuxième fonction :


« C'est sans doute pourquoi la mythologie insiste tant sur les malheurs des guerriers. Hèraklès, Starcatherus, Indra, rama, Sisupala on tune vie rythmée par des exploits qui, à trois reprises, sont des fautes, des crimes, et ces crimes se répartissent sur les trois fonctions, ce qui se retrouve encore au sujet du héros ossète Soslan [*], d’un personnage de la littérature galloise (Gwynn, fils de Nudd), d’un autre, guerrier lui aussi, de la littérature irlandaise (Suibhne Geilt), et de deux rois étrusques de Rome (les Tarquins). (…) La structure mythique, explicite, est significative : les auteurs, poètes ou prêtres, dès les temps indo-européens, mettaient en garde les guerriers et les jeunes rois. Car les crimes en question ont leurs conséquences, graves : Hèraklès reçoit la tunique du centaure Nessos qui l’oblige à se brûler lui-même sur le mont Oïta, Suibhne meurt de mort violente à la suite d’une accusation mensongère, Indra perd progressivement toute sa force et est incapable de se défendre contre les intrigues des démons, Starcatherus et Sisupala n’ont plus qu’à se faire décapiter par leur protecteur divin (…), Rama est victime du démon Ravana, qui lui prend sa femme (…) D’autres encore souffrent et perdent : Siegfried est floué du résultat de ses exploits et meurt assassiné, dans une version de sa légende, de dos ; à Cúchulainn arrive le drame le plus grave qui se puisse concevoir dans ces sociétés patrilinéaires : il tue son propre fils, retour d’initiation, dans un combat sans pitié à la suite d’une provocation mutuelle.
Entre ces guerriers et les autres groupes sociaux, les conflits étaient inévitables (…) L’Iran zoroastrien se caractérise par un rejet radical des valeurs guerrières, la transformation des motifs chers aux champions en épouvantails : ai ailleurs la rapidité des jeunes est caractéristique, en Iran elle devient le fait des démons, ; les créatures d’Ahura Mazda, elles, marchent ; Indra lui-même est démonifié. »
Bernard Sergent, Les Indo-européens, §259, p.305

Rque : sur la tripartition des Eldar, dans le passage même que tu cites, on pourrait également relever que les Teleri "avaient deux seigneurs" qui étaient deux frères. Si on les assimile à la IIIème fonction, la remarque n'est pas anodine puisqu'elle entre en résonnance avec les deux jumeaux Nasatya ou bien le couple père/fils de Njordr et Freyr (resp. dieux védiques et scandinaves de la IIIème fonction).

Sosryko
[*] hum hum,… désolé pour Soslan ;-))

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