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LES DEUX SONT RONDS...
#5
Bonjour

A tous:
Merci de votre intérêt et de vos encouragements, mais aussi de votre appétit intellectuel! je vois que sur ce forum il faut être à la hauteur, et je m'emploierai à l'être...

Pour Silmo :

J'avais pris connaissance des liens. Ils méritent certainement que j'y revienne, mais il me semble justement ignorer, dans l'analyse proposée, la dimension musicale, indispensable pour aborder Wagner: le poème n'est qu'une part de ce qui est dit, c'est toute la difficulté, et je reconnais qu'il est redoutable et prétentieux peut-être de s'essayer à comparer une oeuvre littéraire et une oeuvre musicale qui plus est hybride voire pour certains "impure"( oui, en quelque sorte l'opéra est un art hybride esthétiquement "impur" dans la mesure où il prétend faire coéxister et s'interpénètrer du signifiant et du signifié sans que l'on sache toujours ce qui signifie et ce qui est signifié: est-ce le texte? est-ce la musique? les deux ensembles? cette question n'a jamais été résolue de manière définitive et satisfaisante: Wagner qui admirait Mozart, reprochait toutefois à ses opéras de n'être "que musique"; Stravinsky, qui détestait Wagner au demeurant, considérait que la musique n'exprime rien...)
Je maintiens donc que se borner à comparer le seul poème de "l'anneau du Nibelung" de Wagner au texte de Tolkien n'est pas satisfaisant, mais je ne prétends pas avoir de solution, j'essaierai avec votre aide de progresser le plus loin possible sur ce sujet.

Pour Cédric (mais qui a le droit aussi de lire plus haut et réciproquement...):

Pour lire : une série d'ouvrages passionnants ( y compris sur le plan iconographique): WAGNER LE RING ( L'Or du Rhin; La Walkyrie; Siegfried; Crépuscule des dieux; séparément ou en coffret "l'avant scène opéra" )
Pour voir et entendre: "Der Ring des Nibelungen" en coffret ou séparément(DVD UNITEL) documents indispensables sur la "Révolution Française" accomplie par Boulez chef d'orchestre et Chéreau metteur en scène dans les années 1970/1980 à Bayreuth, "Mecque des wagnérolâtres"...
Pour approfondir: un fort volume de la revue "Obliques", peut-être malheureusement introuvable aujourd'hui
Pour rêver: "Histoire d'un Ring" chez Laffont, mais est-il encore édité? voyage fascinant dans la mise en scène de Chéreau et ses rapports avec la musique et le texte wagnérien.

Sur le mépris que Tolkien pouvait avoir de Wagner: D'un point de vue intellectuel, Tolkien pouvait avoir des raisons de mépriser la vision que Wagner avait développé de la mythologie Nordique, pour la bonne et simple raison que Wagner n'y connaissait rien, ou presque...
Dans un article très clair et accessible sans que l'on se perde dans les méandres de l'Edda, Régis Boyer (l'avant scène opéra, fascicule sur l'Or du Rhin)rappelle que la connaissance que Wagner avait des mythologies gemanique et nordique se limitait sans doute à l'ouvrage de Jacob Grimm, que Boyer qualifie de "salmigondis" romantique...
Mais le plus fort, c'est que Wagner a toutefois réussi, à partir de ces sources fontaisistes, à bâtir une mythologie cohérente, avec de très fortes intuitions sur ce que les mythes peuvent avoir d'universels: ce qui permit par exemple à Claude Lévi-Strauss d'affirmer que Wagner est utile à la compréhension des mythes (je résume de mémoire).

Enfin, pour ce qui concerne l'éventuelle influence de la narration wagnérienne sur l'écriture Tolkinienne, j'avoue qu'elle est une pure hypothèse qui mérite un sérieux appronfondissement.

Quelques pistes, à critiquer et à approfondir:

- Wagner se pensait presque comme un romancier: la structure de ses livrets, particulièrement ceux de l'anneau ( récits dans le récit, retours en arrière...), n'obéit pas aux règles habituelles du livret d'opéra, relativement linéaire ( c.f les opéras de Verdi, qui sont aussi des chefs d'oeuvres à leur manière, mais de toute autre manière)

-La récurrence de certains thèmes, qui structure d'un bout à l'autre le récit: la présence obsédante de l'anneau en est le plus évident

- La structure de l'oeuvre elle même: Prologue, Trois parties

- La circularité du récit: il faut revenir à la source pour accomplir l'acte salvateur ( le Rhin, la montagne du destin )

Pour conclure provisoirement sur le thème de l'anneau, je voudrai reprendre un exemple qui démontre l'erreur que l'on commet lorsque l'on traite de Wagner en ignorant l'élément musical.

L'analyse suivante:
"Wagner could not conceive that man would reject love, but the lust for gold and the power that it brought was a powerful motivator, possibly the strongest after love. Thus, Wagner posits one primal desire against another. Tolkien's Ring works far more subtly, playing upon the desires and wishes and particular motives of those who come upon it."

est je pense juste pour ce qui concerne Tolkien (la relation de l'anneau unique à son porteur ou à "ceux qui viennent à lui" est en effet un des aspects passionnant et très fort de son oeuvre)
mais totalement fausse à mon sens pour ce qui concerne Wagner, car la musique qui caractérise l'anneau n'est jamais la même en fonction de la situation et du personnage qui est en relation avec l'anneau, même si le duel wagnérien Pouvoir/Amour est en apparence plus simpliste que l'approche de Tolkien.
On peut très sommairement distinguer quatre motifs musicaux qui constituent "la sphère musicale de l'anneau" dans l'oeuvre de Wagner:
Certains de ces motifs sont "unilatéraux" dans leur structure, et varie peu dans leur harmonie et orchestration:
Le motif dit "de la puissance de l'anneau", qui retentit souvent pour accompagner un geste théatral ( Alberich qui porte l'anneau, gravé de Runes comme il se doit, à ses lèvres et qui murmure un ordre en secret)
Le motif dit "de la malédiction de l'anneau", thème sanction, le plus souvent fortissimo aux trombones mais qui sait aussi se fondre dans l'espace orchestral lorsqu'il le faut ( le moment sinistre ou Alberich obtient à demi-mot de son fils Hagen le meurtre de Siegfried)
D'autres motifs joue un rôle en apparence mineurs puis deviennent soudainement porteur des pires trahison: Le merveilleux motif du "Tarnhelm", le casque ou plutôt le voile de métal qui rend invisible.
Enfin the last but not least, le motif de "l'anneau" qui subit d'extraordinaires métamorphoses musicales tout au long des quatres oeuvres, jusqu'à devenir au doigt de Brunnhilde un objet d'amour...

MAIS TOUT CELA IL FAUDRAIT POUVOIR LE FAIRE ENTENDRE!

Sur ce il se fait tard au bout de l'insomnie je vais me coucher.
A PLUS.


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