C’est en réaction à certains propos échangés sur deux autres fuseaux : « Décus ?? » dans la rubrique Films et le fuseau « Sam est-il un « esclave ?», renseigné par Moraldandil dans « La fin de l’anneau selon PJ », toujours dans la rubrique Films.
Il y est question de la fin de l’anneau, de l’attitude de Gollum et – ce qui m’a interpellée – de celle de Sam envers Gollum. Résumons un peu : pour Stalker, sur le premier fuseau, Sam est un personnage « tout blanc », totalement positif. Lui seul a pu percevoir la perfidie profonde de Gollum, perception qui détermine d’un bout à l’autre son attitude hostile envers lui. Pour Szpako sur le second, au contraire, c’est l’agressivité et la brutalité de Sam envers Gollum qui empèchent celui-ci, encore hésitant entre « Slinker » et « Stinker », d’échapper à ses démons et de se réhabiliter en restant fidèle à son serment et à Frodo.
Deux points de vue bien contradictoires. Essayons d’y voir plus clair. Tout d’abord, je ne vais pas parler ici des films, mais uniquement du livre, la seule base valable pour une véritable analyse du Seigneur des Anneaux. Les films, prenons-les comme de purs divertissements et basta ! pas la peine d’aller plus loin.
Avant tout, nous sommes face à une construction romanesque qui, bien que surprenante et inattendue par ses rebondissements et entrelacements de motifs, doit rester cohérente non seulement avec elle-même, mais aussi avec l’impression de réalité qui est une des bases de sa réussite.
Sur le fuseau « Frodon à Orodruin », (Misère ! Que de références ! Je vais vous faire courir, sautiller de fuseau à fuseau ! Hé hé hé !! comme Bombadil entre bois et collines :-P) il a été argumenté que pour plusieurs raisons, il était logique que Frodo échoue à la fin, qu’il succombe in extremis au pouvoir de l’Anneau. Un intervention extérieure devient donc indispensable, si l’on veut une fin – pas nécessairement heureuse – mais rétablissant l’ordre du monde. Et qu’aurait-elle pu être ? Sans l’agression de Gollum, qui ou quoi aurait pu se substituer à la volonté annihilée de Frodo ? Sam ? Bien trop fidèle et dévoué, comme on le sait et comme on l’a assez répété ! La vie de Frodo a trop d’importance à ses yeux pour qu’il la mette en péril en intervenant de force. Qui plus est, une fois Frodo investi du pouvoir de l’Anneau – fut-ce pour un moment -, qu’aurait-il pu faire ? Rien. Périr lui-même.
Reste donc Gollum. Il fallait donc qu’il survive, et il survit par une accumulation d’actes de pitié, comme on l’a souvent répété. Mais qu’il survive pour agir ! Et qu’aurait pu faire un Gollum redevenu Sméagol, repenti, reconnaissant et fidèle à Frodo ? Admettons que le désir de posséder l’Anneau le tourmente toujours, ce qui serait vraisemblable. Tiraillé entre ce désir impérieux et sa loyauté retrouvée, qu’aurait-il fait ? La plus petite seconde d’hésitation aurait été fatale, et plus rien n’aurait été possible.
Il était donc tout aussi indispensable que « Stinker » prenne le dessus, et qu’il ait pour cela une bonne raison. Ainsi, les rebuffades de Sam, et ce qu’il a pris pour une trahison de Frodo au lac interdit, incitent Gollum à l’amertume et au désir de vengeance, et le fassent basculer finalement, au propre et au figuré, vers sa défaite finale.
Donc, conclusion personnelle : oui, l’attitude de Sam envers Gollum est sans doute, à certains moments, injustement et inutilement agressive, mais elle se révèle au final aussi nécessaire à l’accomplissement du destin de l’Anneau, de tous les personnages, de la Terre du Milieu et au déroulement logique de l’intrigue, - que le furent la miséricorde de Bilbo, de Gandalf et de Frodo. Alors, pourquoi lui en faire reproche ?
(Bien, bien. Maintenant, j’avoue que je n’ai pas encore lu tous les fuseaux (Hé ho ! Z’avez vu le boulot ???!!). Donc si j’ai fais des redites et ressassé des choses dont vous avez ailleurs causé jusqu’à plus soif, je vous présente mes confuses et que Cédric, notre bon Maître de Toile, m’efface et renvoie ce fuseau malvenu dans le Grand néant Blanc.)

