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Réhabilitons Sam!
#16
Melilot >>>> mais où, de par ma chandelle verte! est-il écrit qu’il doive obligatoirement d’abord se plonger dans l’étude de la mythologie et de la théologie auxquelles adhère l’auteur, voire carrément se convertir avant ou après lecture?

Faut pas tout mélanger, mais il me semble que cette section est dédiée à l’étude de Tolkien, donc s’intéresser à la mythologie et à la théologie ne constitue pas a priori une hérésie ;-)) au contraire ça peut éviter des interprétations érronées (voir toujours Isabelle S.). Beaucoup de fuseaux évoquent ces thèmes, sans tomber dans le prosélytisme ;-))

>>>> Melilot, à propos du manque de lucidité de Sam, Tolkien l’évoque dans la Lettre 246, p.329-330.
Sam est le type de hobbit commun et rustique, trop sûr de lui, vaniteux, « a mental myopia which is proud of itself » ;-)) Mais son caractère est transformé par sa loyauté envers Frodo (le serviteur a autant besoin de son maître que le maître de son serviteur ;-), d’où son courage que Tolkien rapproche du courage nordique de ces hommes prêts à mourir pour leur maître. Mais cette loyauté est « corrompue » par un brin d’orgueil et de possessivité, Leilaney l’évoque avec justesse, ce qui l’empêche de comprendre la pitié de Frodo envers Gollum, et le début du répentir de Gollum, lorsque ce dernier caresse le genou de Frodo endormi dans les escaliers de Cirith Ungol; l’antre de Shelob est alors inévitable ; ce n’est qu’au mont du Destin que Sam enfin éprouve de la miséricorde, mais le mal est fait, Gollum ne sera pas sauvé : « p.749 »
Mais en même temps, Sam est un hobbit adorable et amusant. Tolkien a donc créé un personnage romanesque tout à fait vraisemblable, ni bon ni méchant, un hobbit quoi.

>>>> Mj et Melilot, je vois que vous appréciez la prose musclée de saint Augustin ;-)) Mais il s’opposait ainsi à une tendance encore plus radicale qui voulait détruire toute trace de culture païenne, lui qui voulait la conserver comme le remarque bien Pierre. Cet ancien partisan du manichéisme et ancien « débauché » avait une solide culture latine. Une forte personnalité pour conclure ;-) Mais ce fut un grand penseur chrétien, peut-être à cause d’une jeunesse turbulente et très ‘humaine’ … Mais encore une fois il ne faut pas en faire une affaire personnelle, et avant de condamner, comprendre. Comme le souligne Yyr, revenons au contexte d’où est sortie cette citation ;-))

Certes on peut parler de système totalitaire de la Chrétienté médiévale, qui longtemps, dans son désir que la société chrétienne forme un corps (l’idée d’empire était toujours liée à l’idée d’unité), a identifié le bien avec l’unité et le mal avec la diversité, mais il existait des esprits plus ‘tolérants’ qui légitimaient la diversification linguistique et nationale : « L’africain, le syrien, le grec l’hébreu et toutes les autres langues diverses font la variété du vêtement de cette reine, la doctrine chrétienne. Mais de même que la variété du vêtement concourt en un seul vêtement, de même toutes les langues concourent en une seule foi. Qu’il y ait de la variété dans le vêtement, mais pas de déchirure ». C’est encore du saint Augustin ;-)) Ce pluralisme et cette tolérance seront réaffirmés avec saint Thomas d’Aquin au XIII s. qui dit que toutes les langues sont capables de mener à la sagesse divine. Et ce pluralisme et cette tolérance dans l’unité est aussi une idée forte du SdA, car Aragorn tout en restaurant le culte d’Eru, et en pardonnant à ses ennemis du sud et de l’est, restaure aussi, d’après Tolkien, une royauté qui tient plus du Saint Empire Romain avec son siège à Rome (Lp.376), dans la mesure où le NO de la TdM serait l’équivalent de l’Europe Occidentale en terme de latitude.

Saint Augustin (354-430) vécut durant cette période que l’on nomme l’Antiquité Tardive ( I-IV s.), qui tolèra la religion chrétienne dans l’Empire à partir de l’Edit de Milan vers 313 ; puis sous Théodose, le christianisme catholique devint religion officielle (peu à peu les cultes païens furent mis hors –la- loi à partir de 391). Mais l’Etat romain vit ses dernières heures et s’effondra au V s en Occident sous les coups des Germains (en Orient il poursuit sa carrière jusqu’aux conquêtes arabes du VII s., puis c’est le déclin jusqu’à la prise de Constantinople par les Turcs en 1453). Ainsi saint Augustin mourra dans Hippone (Afrique du Nord) assiégée par les Vandales. De tous les Germains, les Vandales (issus de Scandinavie) furent particulièrement brutes : la classe romaine dirigeante fut expropriée ou exilée, l’épiscopat catholique subit des persécutions violentes en sa qualité de complice naturel des Romains … et le pillage habituel … mais à la différence des autres Germains qui apportèrent des compensations à leurs destructions, leur apport intellectuel , juridique, artistique ou économique fut à peu près nul dans cette partie de l’Afrique qui avait tant contribuée à la civilisation méditerranéenne du III au V s. Alors ne condamnons pas si rapidement saint Augustin et son « intolérance », rien n’est simple dans la vie ;-)) Le public auquel avait affaire saint Augustin n’était pas constitué d’enfants de chœur ;-) Tolkien, élevé par un prêtre catholique à la mort de sa mère vers 12 ans, fut nourri d’augustinisme à l’Oratoire de Birmingham, c’est bon à savoir.


Yyr >>>> " For Eru is lord of All, and moveth all the devices of his creatures, even the malice of the Marrer, in his final purposes, but he doth not of his prime motion impose grief on them " [MR/241]. Le Bien produit au bout d'un chemin douloureux ne saurait aucunement justifier le Mal subi ou infligé sur ce chemin. Contrairement à ce qu'il est courant d'entendre, pour ma part, la fin ne justifie jamais les moyens ...

Cela me pose un problème, un gros d’ailleurs dans la problématique de la Chute ;-)) est-ce que les choses sont aussi simples que cela ? Tolkien utilise le concept de musique dans l’Ainulindalë, mais les dissonances sont nécessaires à toute oeuvre musicale (je ne parle pas de la musique atonale, c’est différent) ; Bach était le grand maître des dissonances, qui toutes se résolvent (règle d’écriture musicale). Puis Eru crée le monde corrompu, (à partir de la musique et de ses dissonances) et c’est volontaire. On retrouve le même cas de figure dans la Genèse : le serpent a été créé par Dieu, et il est avant tout envisagé dans sa position d’animal (Gen 3) (il est devenu l’incarnation de Satan, avec les Evangiles beaucoup plus tard). C’est ce qui fait dire à Ricoeur, que le serpent est à la fois notre nature animale, mais aussi « il est extérieur d’une façon plus radicale et de manières variées …Chaque individu trouve la mal ‘ déjà présent ‘ » (La Symbolique du Mal).

Puis dans un autre texte in ‘Histoire et Vérité’, p.130, en analysant les pensées d’Irénée et de Tertullien (Melilot, ce sont 2 autres Pères de l’Eglise), il écrit « la création se continue précisément à travers le mal et par le moyen de la grâce … la création n’est pas inerte, achevée, close …le mal n’est pas à retrancher ou la grâce à ajouter à la création ; c’est plutôt notre idée de la création qu’il faut enrichir jusqu’à lui faire englober et la méchanceté du mal et la gratuité de la grâce … comme dit Irénée : « Comment l’homme aurait-il eu la connaissance du bien s’il avait ignoré ce qui est le contraire du bien ? » et plus loin, cette vision de la création qui inclut le mal et la grâce, nous incline « à un sens épique de notre existence personnelle replacée dans la perspective d’une épopée plus vaste de l’humanité et de la création ».

Et dans la première version de l’Ainulindalë, plus explicite que celle du Silmarillion, la même idée se dégage quand Eru dit « … car voici ! par Melko sont venus dans le dessein que je vous ai exposé de la terreur comme le feu, et du chagrin comme des eaux sombres, du courroux comme le tonnerre, et de la malice aussi éloignée de ma lumière que les profondeurs des plus lointains parmi les lieux sombres. Par lui ont été faits de la douleur et du malheur dans le fracas de musiques submergeantes ; et par la confusion de son naquirent la cruauté, et la rapacité, et l’obscurité, la fange révoltante et toute putrescence de pensée ou de chose, des brumes malsaines et la flamme violente, le froid sans merci et la mort sans espoir. Pourtant ceci est à travers lui et non de lui ; et il verra, et vous tous de même, et même ces êtres, qui devront maintenant demeurer parmi sa Malice et endurer par Melko la douleur et le chagrin, la terreur et le mal, déclareront à la fin que cela ne fait que contribuer à ma grande gloire, et que le thème n’en vaut que plusla peine d’être écouté, la Vie davantage la peine d’être vécue, et que le Monde n’en est que d’autant plus magnifique et merveilleux ; de sorte que de tous les gestes d’Ilúvatar, l’on dira de celui-ci qu’il fut le plus puissant et le plus beau » (LCPI, p.80).

Bon c’est un peu hors-sujet, un autre fuseau pour l’année prochaine ??

Cathy

Et que les étoiles vous accompagnent tous pour l’année à venir ;-)

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