Une simple précision à propos des dissonances, Feartanel, tu me pardonneras j'espère, et qu'Eru éloigne de moi toute cuistrerie...
Je ne suis pas spécialiste de l'harmonie, loin s'en faut.
Toutefois il me semble qu'on ne peut, si l'on se place du point de vue de la technique musicale, qualifier les dissonances de simples "ornementations".
On ne peut en effet réduire le rôle de la dissonance à celui de la note étrangère à l'harmonie du type de l'appogiature, par exemple, qui en musique classique surtout doit toujours être résolue, rentrer dans le rang de l'accord: en cela, il s'agit bien d'un ornement, d'un raifort musical qui se doit d'être passager, sans jouer de rôle dynamique dans la construction musicale.
(classique en l'occurence doit être pris au sens de période de l'histoire de la musique: viendra un temps où l'appogiature contribuera elle aussi à jeter le trouble dans l'équilibre harmonique, mais c'est une autre histoire...)
La dissonance en général est beaucoup plus que cela, et ce dès que la musique que je qualifierai commodément d'occidentale s'est pensée comme harmonie d'accord (sons entendus simultanément) et non plus comme harmonie de mode (sons entendus successivement).
La dissonance a toujours été le principe dynamique de cette musique d'accords, lié indissolublement à son évolution organique.
Pour cela elle n'a jamais revêtu exclusivement la simple forme d'un ornement ou d'un agrément: toute appogiature est dissonance, toute dissonance n'est pas appogiature.
Osons une outrageux raccourci: ormis l'accord reconnu dès l'origine comme parfait, tous les accords ont commencé par sonner dissonants, avant d'être entendus consonants...
La dissonance, indissociable de ce type de musique fondée sur l'accord, est donc par essence perturbatrice et se doit en conséquence d'être préparée, entendue, puis résolue selon les canons classiques (au même sens que supra): le non respect de ces règles entraînerons, par le truchement du chromatisme exacerbé de Liszt et de Wagner, à la dissolution de la tonalité...(autre histoire)
Pour le reste, ce que vous rapportez de Tolkien est en soi très intéressant: ce que je qualifierai peut-être improprement de "jeu d'Eru et de Melchor" me fait irrésistiblement songer à la tentation de tout musicien à moduler, s'éloigner de la règle, pour y revenir... ou pas.
Eru m'apparait alors comme le garant de la tonalité cosmique, chef d'orchestre d'une harmonie universelle où la dissonance perturbatrice ne doit pas être une fin en soi, ce qui entrainerait à terme l'atonalisme destructeur de l'harmonie, mais enrichir, pour la grande gloire d'Eru, la création, par modulation perpétuelle (récupération de la dissonance)... Tolkien a t'il voulu apporter en sus de tout autre intention, une réponse aux débats qui secouaient la musique de son temps? cela en soi mérite un fuseau... pour toi Szpako?
Trop tard (ou trop tôt) pour moi.
Bonne fête de nouvel an a tous.

