Ensuite je pense comme Jean qu'Isildur n'est pas réellement conscient au début de la puissance de l'anneau, qu'il s'imagine perdue avec la défaite de Sauron.
Quant aux Champs des Iris, je ne sais pas. Il me semble, comme à Lambertine, qu'un père "normal" se serait plutôt sacrifié en faveur de son fils. (Encore que ... on voit de ces choses!) Aryador souligne qu'il s'agit d'un roi et que ses devoirs de souverain passent avant l'amour paternel. Et il est vrai que dans ce cas-ci, même si l'aîné meurt, sa succession est assurée, puisque le plus jeune est sauf. Mais là, il est en situation de stress intense, où c'est l'instinct qui parle d'abord. Or c'est son instinct de survie qui l'emporte.
C'est finalement un méfait de plus à porter au compte de l'anneau, - et une preuve supplémentaire de son pouvoir de nuisance - d'avoir pris au piège un homme de bien, un homme courageux et généreux. Certainement pas un homme "faible" : il en a fait suffisamment preuve. Mais pas un homme sans faiblesse, puisqu'aucun homme ne l'est. Et d'avoir fait plier sa volonté, amoindri son courage, endurci son coeur et finalement brisé sa vie, dévoyé sa mort et ruiné sa réputation.
Celà dit, le lecteur du seul SdA ne peut pas se faire une image aussi complète et nuancée d'Isildur, sans les précisions apportées par d'autres oeuvres de Tolkien. Pour ce lecteur "vierge", en effet, Isildur est une silhouette floue, à l'arrière plan : celle d'un prince courageux, mais présomptueux, et qui a raté une belle opportunité. C'est tout.
J'ajoute encore, concernant l'aspect "tentation" lié aux anneaux, que les Elfes s'en tirent à bon compte : Sauron n'a jamais touché leurs anneaux, il échappent entièrement à son pouvoir. Si ce n'avait pas été le cas, comme pour les seize autres, ils seraient tombés eux aussi.

