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La francophobie de Tolkien
#34

Laegalad : Certes, certes, il faut savoir relativiser... mais je ne crois pas que Yyr voulait dire qu'il mettait la réalité du monde primaire au même plan que celle des mondes secondaires... Evidemment, il est peu probable que l'on retrouve des ossements de Hobbits un jour ou l'autre. A vrai dire cela m'importe peu. L'important n'est pas, je pense, la réalité "objective" du SdA - dans le sens où l'on peut la prouver par A+B -, mais sa réalité "subjective" - ce qu'il nous révèle de nous même, des notions philosophiques, psychologiques, théologiques en même temps que la simple envie de se promener dans un monde immense et prometeur, avec pour seul guide - et quel guide ! - une étoile sur le front.

C'est tout à fait ça et c'est joliment dit, Stéphanie, merci :)

Mais j'irai encore plus loin : même et surtout pour comprendre le sens de Faërie il faut apprendre à connaître cette réalité subjective, que l'Enchantement éveille et fait naître en nous, et, sans les renier, se détacher suffisamment de ses références externes pour pouvoir percevoir celles de Faërie (même si ces références externes sont essentielles et ont leur rôle : voir plus loin) ... Aller, un petit exercice : Qu'emporte Ferrant dans ses voyages en Faërie ? Qu'est-ce qui lui sert de notre monde en Faërie ? :)


Swing Kid : Si ces affirmations relèvent de l’ordre de la foi, d’une vision personnelle de l’Univers dont on est convaincu ; je ne peux qu’accorder mon respect devant ceci et ne chercherais pas à opposer ma propre vision.

Hi ! Hi ! Hi ! :) Je donne l'idée d'un délire mystique :) ? Allez, je le cherche un peu, il faut bien l'avouer.

Non, non : ces affirmations relèvent de la théorie du Conte de Fées selon JRR Tolkien. Il ne s'agit pour moi (ni pour lui) d'émettre un jugement moral du style 'c'est bien de lire comme ceci, c'est mal de lire autrement'. Mais de dire que la Faërie a des lois (comme celles de Physique chez nous), et que l'enchantement des mortels qui s'y rendent obéissent également à des lois. Ces lois faëriques (a-morales) transforment les matériaux du Conte (culture campagnarde anglaise compris, Arandilmë :)) et produisent du neuf. Le sens de *ce* neuf ne peut être atteint *que* par cette lecture subjective dont parle Laegalad. Aussi j'irai jusqu'à prétendre que ces références "indo-européenne(s) mâtinée(s) de sémitisme" vont jusqu'à constituer même une entrave à l'Enchantement, parce qu'induisant, à tort, le réflexe de retrouver en Faërie nos propres lois (ou celles d'autres lieux), au lieu de découvrir celle de Faërie.


Swing Kid : Vouloir devenir Hobbit, n’est-ce pas courir après une chimère, et fuir cette réalité ? Il est illusoire de croire y échapper.

Pas forcément :) L'ensemble de ton post, d'ailleurs, est vraiment très intéressant. Ce n'est pas une fuite, j'espère, que de renoncer à lui répondre autant qu'il faudrait (mais j'ai un travail, là, dans le monde primaire que je néglige pas ... :)) ... Disons, en quelques mots, que cette fuite peut être effectivement recherchée et trouvée par l'hôte de Faërie (et ce n'est pas forcément un mal, si cela lui donne de se protéger d'une réalité trop dure), mais ce n'est pas tout à fait ce qu'on peut être en attente de trouver dans le beau pays des elfes, plus habituellement. On parlerait plutôt d'Evasion, sans oublier surtout sans oublier, de parler de Recouvrement et de Consolation.

Ainsi, si tu lis l'essai du Professeur, tu auras une réponse à ta (juste) remarque : Pour ma part, je crois qu’il est préférable de s’efforcer de faire de sa vie une vie d’homme, en recherchant ce qu’il peut y avoir de plus noble en cela ( cf. Kipling ). Et ce n’est déjà pas simple. car c'est justement le but des voyages en Faërie :

Le recouvrement (qui implique le retour et le renouvellement de la santé) est un re-gain - celui d'une vue claire. Je ne dis pas le fait de « voir les choses telles qu'elles sont » pour me trouver en butte aux philosophes, bien que je puisse me risquer à dire - « voir les choses comme nous sommes (ou étions) censés les voir » - comme des choses séparées de nous-mêmes. [Faërie/121]

Ou, comme le dit Stéphanie : Accepter cela n'est pas se couper de la réalité. Je penserai plutôt que c'est l'enrichir :o). Nouvel exercice : Que ramène Ferrant de ses voyages en Faërie ? :)


Swing Kid : Je veux seulement souligner qu’il faut prendre la réalité de ce monde et savoir relativiser ce qui doit l'être.

Oui-da. Car meilleure sera notre perception de la réalité primaire, meilleure sera celle de la réalité secondaire (et c'est là que nos références externes ont leur rôle - il s'agit juste de surveiller que nos maîtres-carnassiers n'en fassent pas trop :)).


Yyr

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