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La francophobie de Tolkien
#81
Pfffiouuuu!!! Superbe et fameux travail, Hyarion. Ne t'excuses pas! Bravo et merci. Je l'ai parcouru vite vite, je le lirai plus à l'aise dès que j'aurai le temps.

Juste un petit détail (comme dirait l'autre inspecteur ;-P)
Que savons-nous des gaulois en l'absence de documents écrits? Mais énormément de choses! C'est oublier les documents archéologiques, matériels donc, qui sont extrèmement riches et nombreux. Nous en savons assez pour pouvoir affirmer qu'il ne s'agissait aucunement de peuplades barbares et arrièrées.

C'était une population parfaitement civilisée, d'agriculteurs, d'éleveurs (désolée pour les sangliers d'Obélix, mais ils mangeaient bien davantage de porcs et de boeufs d'élevage que de gibier chassé! Hé oui..) et surtout d'artisans particulièrement doués dans les domaines de la métallurgie, de la ferronnerie, de la charronnerie et de la verrerie (beh oui, ils connaissaient le verre!). Ils exportaient leurs productions dans quasi tout le monde antique occidental. Il existait chez eux des routes commerciales tant terrestres (comment croyez-vous que César - et surtout ses armées et leurs impedimenta - se soit déplacé si rapidement et facilement pour conquérir les Gaules?) que maritimes.

Les rites funéraires, pour l'aristocratie guerrière au moins, étaient particulièrement somptueux (les fameuses "tombes à char". Je vous en parlerai plus tard, à l'occasion, quand j'aurai un peu plus de temps et si vous le souhaitez bien entendu). Les oppidas, d'après les études les plus récentes, étaient de véritables structures urbaines, avec des quartiers spécialisés pour l'artisanat, l'habitat, et les sanctuaires. Des sanctuaires gaulois, nous en avons également retrouvés plusieurs, qui nous renseignent au moins sur certains rites qui quelquefois recoupent ceux décrits par les auteurs latins. (Je n'ai pas mes références ici sous la main. Dès que je les trouve, je les transmets à qui en veut.)

Salut à toi aussi Lumière du Soir,

Je ne suis pas du tout d'accord avec toi au sujet de la tradition orale qui "fige" les rites et les récits. En fait, c'est le contraire. Bien que très ritualisée (chaque mot, chaque geste compte), elle est beaucoup plus susceptible que la tradition écrite, d'évoluer avec le temps, de s'adapter, souvent par la force des choses, à des circonstances nouvelles ou à de nombreux changements culturels, et même d'intégrer des élements nouveaux provenant d'autres cultures. Parce qu'elle est tributaire avant tout de l'humain, du quotidien, et que c'est l'adaptabilité de ceux-ci aux circonstances qui est garante de l'homogénéité et de la survie de la société dans les cultures de tradition orale.

C'est beaucoup plus problématique lorsque la tradition est fixée par un texte écrit. Celui-ci trouve généralement une justification soit transcendante (texte dicté par la divinité), soit légale ou constitutionelle. La remettre en cause, dans le premier des cas touche au sacrilège et dans le second, à l'illégalité. Ce qui entraînera donc exclusion, sanction et forte résistance. Dans tous les cas, une modification ne pourra se faire qu'après intervention des plus hautes autorités compétentes, et forcément selon un fonctionnement très lourd et très lent.

Quant à la magie qui opère moins lorsqu'on écoute une histoire que lorsqu'on la lit, ça peut se discuter. En Afrique traditionelle, et au moins jusque dans la seconde moitié du 20e siècle, l'art des conteurs, des griots, était considéré et hautement respecté comme un véritable métier, qui se transmettait de génération en génération au sein des mêmes familles. Un bon griot, homme ou femme, était très recherché, et assuré de faire fortune.

Même chez nous, en Europe, pratiquement jusqu'au début du 20e siècle, les conteurs remplaçaient la télévision et le cinéma, alors inexistants. C'est par eux que se transmettaient non seulement les contes et légendes traditionnels et locaux, mais aussi les nouvelles et les informations. Ce n'était pas seulement un passe-temps de deuxième ordre, réservé aux grands-mères pour leurs petits-enfants. Ils étaient chargés d'animer les veillées. Je ne pense pas que le public de l'époque ait été moins sensible à l'enchantement d'une histoire racontée et mimée par un bon conteur traditionnel, que nous à celui de nos lectures.

Prends par exemple les Mille et une nuits. L'argument de base, celui qui donne naissance et justifie tous les autres contes, c'est celui d'une conteuse qui utilise son art pour sauver sa propre vie : tant que ses histoires passionnent son auditeur, elle échappe à la mort. Pour moi, c'est particulièrement exemplatif de la magie d'une histoire contée. Et toi, qu'en penses tu?

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