17-10-2009, 20:18
Hiswelókë >>> <i>"J'avoue qu'en ces heures où le Politique tend à vouloir en imposer au Juridique à tout bout de champ et à tir ouvert, et où le Fait du Prince redeviendrait presque coutumier, la morale du conte (car tout conte est moral) me laisse un brin dubitatif !"</i><p>Hihi... je te reconnais bien là, Didier... ;-) ...et, du coup, j'interviens... ;-)<p>En fait, c'est l'ensemble de l'intervention de Didier qui me fait réagir... sans doute parce qu'un certain contexte politique actuel apparait en toile de fond derrière ces propos... et que forcément, cela m'interpelle... ;-)<p>Je ne peux que confirmer ce qu'il dit à propos de la grâce présidentielle telle qu'elle existe en France : cela n'a effectivement rien à voir avec la démocratie, ou même la république, puisqu'il s'agit, en vérité, d'un héritage des rois de France.<p>Et il est vrai que si l'on se place du point de vue de Didier (ce que je n'ai pas trop de mal à faire, car, comme lui, je me tiens au courant d'une certaine actualité ;-)...), il est vrai que ce conte, dont j'avais d'abord essentiellement retenu le fait qu'il mettait en scène la bienveillance d'un couple royal et un hasard particulièrement heureux pour le condamné lors de ma première lecture, peut apparaître sous un jour quelque peu particulier à la lumière (ou plutôt le clair-obscur) d'un certain climat actuel... même s'il convient toutefois de faire preuve de nuance...<br>Dans ledit conte, la justice et ceux qui la représentent paraissent, en effet, bien sinistres, et surtout inflexibles... sauf en cas de versement d'espèces sonnantes et trébuchantes, ledit versement fut-il strictement encadré par la loi. On mesure toute la chance qu'a eu le condamné pour pouvoir bénéficier de la seule porte de sortie possible pour lui dans cette affaire : un argent providentiel, symbole d'une justice à deux vitesses, celles des riches et celles des pauvres, chose qui n'est pas nouvelle, mais qui résonne d'un écho singulier dans les temps où nous vivons. Mais il est vrai cependant que le message du conte apparait tout de même nettement : plus que l'argent, qui n'est finalement qu'un moyen et non une fin (grande vérité, en ce qui me concerne), c'est surtout la bienveillance d'autrui qui est la source du salut du condamné, et j'avoue que cet optimisme ainsi mis en scène l'emporte, malgré tout, sur le reste...<br>La Reine, d'autre part, semble effectivement ne pas faire sien l'espace juridique d'un lieu sur lequel elle est censée pourtant être amenée à exercer, par la suite, une certaine autorité, fut-elle seulement l'épouse du roi (mais le conte ne précise pas si roi et reine sont susceptibles de s'entendre sur un certain partage de l'autorité... partage certes peu réaliste au regard de l'Histoire, mais après tout fort possible dans le cadre de la fiction !). Cela dit, j'avoue qu'à la première lecture, je suis plutôt parti du principe que la Reine, nouvelle venue, ne connaissait pas encore son nouveau royaume, et qu'elle agissait en conséquence, c'est-à-dire en considérant la justice locale comme n'étant pas <i>encore</i> "sa" justice... ce qui devrait par la suite être le cas si l'on part du principe que nous avons affaire à une justice "à l'ancienne", c'est-à-dire, in fine, au nom du roi...<p>En fait, de fil en aiguille, j'en viens à m'interroger : dans cette histoire, pourquoi se poser la question de la distinction entre Loi et Royauté ? Dans les monarchies anciennes, traditionnelles, celles dont s'inspirent en général les royautés mises en scène dans les contes notamment, c'est le Roi qui dicte la Loi, en principe. Nos "subtilités" démocratiques et juridiques très contemporaines ont-elles vraiment leur place dans les contes mettant en scène des sociétés censés être anciennes et traditionnelles, directement inspirés du Moyen Age occidental ou du début des temps modernes européens (XVIe-XVIIe siècles) ? C'est une vraie question, qui, au-delà du conte de Jean, m'interpelle en outre par rapport à l'écriture des récits de fantasy en général, tout particulièrement lorsqu'il sont élaborés dans une veine plus "historique" que "magique". Même si toute oeuvre de fiction est intimement lié à l'époque où elle est conçue, jusqu'où peut aller l'auteur pour faire écho à son temps sans construire un récit "d'époque" dépourvu de crédibilité faute d'avoir recherché un certain "réalisme" dans la construction de son univers, si ce dernier est censé être plus ou moins "ancien" ?<p>Voila. J'espère ne pas avoir été trop confus... Il est toujours amusant de voir à quel point on peut aller loin dans la discussion à partir d'un conte... ;-)<p>Amicalement, :-)<p>Hyarion.

