Constantin CAVAFY, "En attendant les barbares…":
(traduit ici par Ange Vlachos qu'on préfère 100 fois aux indigestes traductions de Marguerite Yourcenar et Constantin Dimaras qu'on trouve malheureusement en poche... beurk, voila les vrais barbares!)
-Qu'attendons nous rassemblés sur la place?
Les barbares doivent arriver aujourd'hui.
--Pourquoi au Sénat une telle inaction?
C'est que les barbares arriveront aujourd'hui.
Quelles lois pourraient bien faire les Sénateurs?
Les barbares une fois là feront les lois.
--Pourquoi notre Empereur s'est-il si tôt levé?
et se tient-il à la grande porte de la ville
assis sur son trône, solennel, portant la couronne?
C'est que les barbares arriveront aujourd'hui
et l'Empereur attend pour recevoir leur chef.
Il a même préparé un parchemin pour le lui
présenter.
Il lui décerne force titres et louanges.
--Pourquoi nos deux consuls, nos préteurs,
ont-ils aujourd'hui revêtu leurs toges rouges et
brodées?
Pourquoi portent-ils des bracelets avec tant
d'améthystes
et des bagues avec d'étincelantes émeraudes?
Pourquoi tiennent-ils des bâtons précieux
finement ornés d'argent et d'or?
C'est que les barbares arrivent aujourd'hui
et que ces choses-là éblouissent les barbares.
--Pourquoi nos orateurs ne viennent-ils pas comme
toujours
faire des discours et donner leur avis?
C'est que les barbares arrivent aujourd'hui,
l'éloquence et les discours les ennuient.
--Pourquoi tout à coup cette inquiétude
cette confusion (comme les visages sont devenus
graves).
Pourquoi les rues, les places, se vident -elles si
vite
et chacun rentre chez lui très soucieux?
C'est que la nuit est tombée et les barbares ne sont
pas venus.
Et certaines gens sont arrivés des frontières
disant qu'il n'y a plus de barbares.
Et maintenant qu'allons nous faire sans barbares?
Ces gens-là étaient une sorte de solution.

