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Beor
#6
Le thème des changements de forme n'est pas courant chez Tolkien, non. On le retrouve aussi dans le Silmarillion, dans l'histoire de Beren et Luthien, mais plutôt associé au motif du "duel de magiciens".

Dans le cas de Beorn, - personnage très intéressant par ailleurs - si Tolkien s'est inspiré de légendes islandaises (ou finnoises?), il pourrait s'agir d'une survivance de traditions sans doute liées au chamanisme. Ces personnes, hommes ou femmes, tenaient le rôle d'intermédiaires entre le monde des humains et celui des esprits, y compris des esprits animaux, protecteurs ou menaçants suivant les cas. Ils étaient censés être capables de se transformer eux-même en animal en cas de besoin. Beorn ne se contente pas de se changer en ours : il communique avec tous les animaux (les ours, ses moutons, ses abeilles,...).

Amusant aussi, mais je ne sais pas si cela a quoi que ce soit à voir avec Tolkien, ni si celui-ci s'est intéressé à ce genre de traditions : dans le Hobbit, si mes souvenirs sont bons, Gandalf appelle Beorn un "changeur de peau" (ou quelque chose du genre, corrigez-moi si je me goure). Dans la culture Navajo, les sorciers malfaisants, censés se changer en animal pour faire le mal sont appelés "skinwalkers" : "ceux qui marchent avec une peau" ou "sous une peau". (mais bah! probablement hasard ou coïncidence :-D )

Avec Beorn, il est question d'ours. L'ours joue un rôle important et récurrent dans de nombreux comtes et légendes d'Europe et d'Asie du nord, ainsi que le motif - fréquemment retrouvé aussi bien en Sibérie qu'en Europe centrale ou même jusqu'en Espagne - de la femme ou de la jeune fille enlevée par un ours, qui devient son épouse et en a une descendance. Un culte de l'ours est encore attesté de nos jours chez les Aïnous, population vivant au nord du Japon, - et l'était jusqu'au début du 20e siècle, avant la soviétisation, chez plusieurs populations sibériennes. (voir J.-D. LAJOUX, L'homme et l'ours, Glénat, 1996)

Et dans la préhistoire européenne, particulièrement néandertalienne, il existe quelques occurences de crânes d'ours en grotte, posés sur une pierre, sur une éminence naturelle, ou entourés d'une structure de pierres (grottes de Pech-Merle et de la Combe d'Arc, entre autres). Mais déterminer si ces vestiges sont anthropiques et intentionnels ou non est parfois difficile. On a même une probable sépulture d'ours, peut-être (rien n'est jamais sûr en préhistoire! Ayayay!!) associée à une sépulture humaine (grotte du Regourdou, en Dordogne, sépulture néandertalienne. Voir P. BINANT, Les sépultures du paléolithique, Ed. Errance, 1991 et F. MAY, Les sépultures préhistoriques, Ed. du CNRS, 1986). Preuve d'un "culte de l'ours" remontant à la préhistoire, comme certains l'ont avancé? peut-être, peut-être pas. Indice en tout cas du fait que l'ours a joué un rôle relativement important dans l'imaginaire et les pratiques rituelles de certaines populations préhistoriques.

Me plait bien, à moi, ce cher vieux Beorn. C'était mon personnage préféré, dans le Hobbit. Il m'a toujours rappelé cet arrière-plan très très ancien, presqu'entièrement oublié, des cultures d'avant l'histoire... Miam!

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