On retrouve aussi cette cérémonie de la coupe chez... Richard Wagner ! Dans deux opéras différents, à deux reprises dans Le Crépuscule des Dieux, dernier volet de L'Anneau du Niebelung qui s'inspire du fond germanique, et une fois dans Tristan et Isolde qui prend sa source dans la "matière de Bretagne".
Dans les deux cas, cette coupe est servie par une dame à un guerrier, d'une façon protocolaire voire cérémonielle, est son sens est bien probablement de célébrer le lien créé (dans le Crépuscule) ou la réconciliation (dans Tristan). Mais ce qui est différent, c'est que dans les deux opéras, à l'insu du guerrier, la coupe contient en réalité un philtre magique...
Dans Le Crépuscule des Dieux, Guthrune, la fille du roi Gunther, tend à Siegfried une coupe de bienvenue, pour sceller son entente avec Gunther. Mais derrière ce protocole, il y a une machination ourdie par Hagen, le demi-frère de Guthrune : cette coupe contient en réalité un philtre d'oubli. Une fois bue la coupe, Siegfried a oublié son amour pour Brünnhilde, et part la conquérir pour Gunther... Au troisième acte de l'Opéra, Hagen lui fait boire un philtre qui lui redonne la mémoire, puis il l'assassine comme traître à son roi.
Dans Tristan, Isolde a reconnu en Tristan, le héros venu la chercher pour le roi Marke, l'homme qui avait jadis tué son fiancé Morold. Elle lui offre la coupe de la réconciliation... En réalité, elle veut lui donner à boire un philtre de mort. Par colère et désespoir, elle boit aussi à cette coupe. Mais en réalité, cette coupe contient un philtre d'amour...
Certes, chez Tolkien, la coupe contient "classiquement" une boisson alcoolisée (de l'hydromel chez Galadriel, probablement du vin chez Eowyn) et non pas un philtre magique. Mais lorsque Siegfried boit la coupe de Guthrune, ou quand Tristan boit celle d'Isolde, ce qui survient c'est le coup de foudre ! N'y a-t-il pas chez Eowyn, lorsqu'elle tend la coupe à Aragorn, un désir romantique non dit ?

