L’image de la partie d’échec était effectivement mauvaise puisqu’Eru et Melkor ne font pas jeu égal, puisque Melkor ne peut pas vaincre Eru. (Après réflexion, je préfère dire cela à la place de « Eru gagnera » car le but d’Eru n’est pas de battre Melkor comme si ce dernier était un adversaire)
Il faudrait plutôt prendre l’image d’un jeu informatique sur réseau, Eru étant l’administrateur et maître de jeu avec tout les pouvoirs et Melkor, un simple utilisateur (qui tente vainement de pirater le système pour avoir les droits d’admin).
Les définitions que tu as données pour le libre arbitre et la liberté m’éclaircissent beaucoup de choses, je dois avouer que la distinction entre les deux était floue pour moi.
A présent, c’est clair : ils ne faut pas dire que les Eruhíni sont libres mais plutôt qu’ils sont dotés d’un libre-arbitre. Seul Eru est totalement libre, en toute rigueur.
J’ai rediscuté de tout cela avec Edrahil il y a peu de temps en utilisant d’une comparaison avec un film et on était arrivé à l’idée (tu me corriges Christophe, si ma mémoire est défaillante) que les Eruhíni ne sont pas des acteurs qui doivent jouer des rôles préécrits pour eux par Eru mais plutôt qu’ils écrivent eux même leurs rôles (libre-arbitre oblige).
La vision qu’avait donné Eru aux Ainur avant l’Eä, c’est à dire la visualisation de l’histoire d’Arda, est donc co-écrite par tous les Eruhíni. On a bien une « prédestination » des choses sans que cela entre en contradiction avec le libre arbitre des êtres. Ainsi, les Eruhíni ont participé, indirectement, à la Grande Musique.
Je crois que nous sommes un peu excessifs en décrivant habituellement les Elfes comme "enchaînés" à Arda.
Je suis d'accord avec toi, il était temps de nuancer ce propos et de clarifier la place des Elfes et leur liberté.
Ainsi le Marrissement qui est entrave, (op)pression, les enchaîne et les lie et, on peut le supposer, obscurcit leur jugement et leur libre-arbitre (ainsi de l'Anneau ; où en était la liberté de Frodon au moment de passer l'Anneau à son doigt sur le mont Destin ? ...).
Cependant, je pense que le libre-arbitre est nécessaire pour que le Marrissement puisse être effectif. Le Marrissement est, entre autre, la tentation mais le choix final revient aux êtres tentés. Je veux dire que si Eru n’avait pas doté les Eruhíni du libre-arbitre, ceux- ci ne feraient pas de choix tout simplement et ne pourraient pas être marris: On ne marrit pas des marionnettes. D’ailleurs, c’est parce que les êtres qui sont corrompus avaient choisi de l’être qu’ils sont potentiellement condamnables moralement.
En même temps, le but du Marrisseur est d’annihiler le libre arbitre des autres puisqu’il veut dominer leur volonté. Le Marrissement a donc pour objet l’annulation de ce qui lui est nécessaire, on n’est pas loin de l’absurdité non ?
Je vais dériver, cela fera peut être l’objet d’un autre fuseau : si on est d’accord pour affirmer que le libre-arbitre des êtres est nécessaire pour qu’ils soient corrompus quand ils subissent le Marrissement, peut on affirmer que ce dernier, en tant que action de Melkor sur Arda, n’est plus vraiment nécessaire pour que la corruption existe ?
Posé autrement : Si Melkor n’était pas devenu le Marrisseur et étant donné que les Eruhíni sont dotés du libre arbitre, ont ils pour autant suffisamment de liberté et de pouvoir pour se corrompre eux même et corrompre les autres ? Le Marrissement n’est il pas potentiellement présent dans chaque être ? (Auquel cas, il ne serait plus un acte propre à Melkor)
Peut on imaginer que dans Arda Immari, les Eruhíni n’auraient jamais eu de « mauvaises pensées » ?

