10-11-2004, 08:47
Yyr : S'en suivent le dé-s-ordre, la Chute et le Marrissement des Hommes i.e. la marque du Tentateur dans leur chair et Condition mêmes, plus que pour les Elfes qui en tant que peuple n'ont pas chuté ...
Sosryko : Une chose, quand même, histoire de préciser les choses justement (et j'ose croire que Jérôme sera d'accord ;-)). Distinguer la nature des Hommes de celle des Elfes en disant que les premiers ont chuté en tant que peuple, c'est reprendre une expression de Tolkien dans une de ses lettres non? Il me semble que cette précision lui permet d'être en accord avec toute la doctrine du péché originel. Mais dans le Légendaire,le marrissement de la chair concerne bien tous les Elfes et tous les hommes. C'est ainsi que je comprend la fin de la Quenta Silmarillion :Yet the lies that Melkor, the mighty and accursed, Morgoth Bauglir, the Power of Terror and of Hate, sowed in the hearts of Elves and Men are a seed that does not die and cannot be destroyed; and ever and anon it sprouts anew, and will bear dark fruit even unto the latest days.waoww...ça calme lorsqu'on le lit à haute voix ;-)Noter le singulier dans "a seed that does not die" : c'est la même semence qui est au coeur des Elfes comme aux coeurs des Hommes.
En fait, si le Marrissement d'Arda est strictement l'inscription dans la chair d'un écartement du plan divin, il est peut-être difficile d'user du même terme pour l'inscription d'un mal non plus dans le corps mais dans le cœur des Enfants - bien qu'on puisse sans doute employer le terme par métonymie à toute l'œuvre de Melkor ; ce que tu fais ici, sous-entendant ainsi le marrissement des coeurs : les mensonges de Melkor ont produit à leur tour une entrave, un abîmement, généralisé du cœur des Enfants, comme pour le Marrissement de la chair en Arda.
Le Marrissement d'Arda est-il le même pour les Elfes et pour les Hommes ? ou les Hommes sont-ils spécialement victimes de Melkor, d'une manière particulière ? La question est très intéressante. Je doute que la réponse soit claire pour les Sages, et je pense avoir laissé entendre une réponse un peu trop définitive dans ma phrase. La question s'est d'ailleurs déjà posée :
« Les Eldar vinrent à apprendre que, selon la tradition des Edain, les Hommes croyaient que leurs hröar n'étaient pas mortels par nature, mais qu'ils l'étaient devenus par la malice de Melkor. Ce que voulaient dire les Hommes n'était pas clair pour les Eldar : par le marrissement général d'Arda (qu'ils tenaient eux-mêmes pour être la cause du déclin de leurs propres hröar) ; ou par une malice particulière contre les Hommes en tant qu'Hommes qui fut accomplie dans les âges sombres avant qu'Edain et Eldar ne se rencontrent en Beleriand ; ou par les deux. » 5
Les Sages (et Finrod) avaient du mal à croire que Melkor pouvait agir "spécialement" de sorte à provoquer le marrissement particulier de tout un peuple : changer radicalement la nature, la condition des Hommes et rendre ce changement héritable ; c'est pourquoi Finrod suppose plutôt dans l'Athrabeth que le changement de la conditon des Hommes, si changement il y eut, fut le fait d'Eru (bien que provoqué par Melkor) (aucune réponse sure et définitive ne sera donnée, mais cette hypothèse demeure l'hypothèse principale du roi Elfe ; noter toutefois, plus loin dans HOME X, au sujet des Orques, que l'on nuance cette estimation en disant que « Finrod probablement est allé trop loin dans son assertion selon laquelle Melkor ne pouvait pas corrompre entièrement une œuvre d'Eru, [...] » 6 - sauf erreur, je crois que cela fait précisément référence au jugement de Finrod dans l'Athrabeth concernant l'impossibilité pour Melkor d'avoir changé la condition des Hommes)
Considérant le Marrissement d'Arda en tant que tel, rien ne permet de penser effectivement qu'il exerce une pression différente sur les Hommes. Mais il me paraît important de noter que, et la nuance est importante, le fëa des Hommes ayant un pouvoir bien moindre que celui des Elfes sur leur hroä, à pression égale, ils doivent en souffrir plus. Ce que confirme peut-être le Commentaire de l'Athrabeth ci-après, commentaire très intéressant en plus comme il fait le lien lien avec la question de la Chute des Hommes :
« A strictement parler, [Finrod] dirait que Melkor n'avait pas 'changé' les Hommes, mais les avait 'séduits' (dans une allégeance à lui-même) très tôt dans leur histoire, de sorte qu'Eru avait changé leur 'destin'. Car Melkor pouvait séduire des esprits et des volontés individuels, mais il ne pouvait pas en faire un héritage, ou altérer (s'opposant au dessein ou à la volonté d'Eru) la relation de tout un peuple au Temps et à Arda. Mais le pouvoir de Melkor sur les choses matérielles était vaste à l'évidence. Il avait marri l'ensemble d'Arda (et en fait probablement bien d'autres parties d'Eä). Melkor n'était pas uniquement qu'un Mal localisé sur Terre, non plus qu'un Ange Gardien de la Terre ayant mal tourné : il était l'Esprit du Mal, qui avait surgi avant même la création d'Eä. Sa tentative pour dominer la structure d'Eä, et d'Arda en particulier, et altérer les desseins d'Eru (qui gouvernait toutes les interventions des Valar fidèles), avait introduit le mal, ou une tendance à l'aberration par rapport au dessein, dans toute la matière physique d'Arda. C'était pour cette raison, sans aucun doute, qu'il avait entièrement réussi avec les Hommes, mais seulement partiellement avec les Elfes (qui en tant que peuple n'avait pas 'chuté'). Son pouvoir s'exerçait sur la matière, et à travers elle. Mais par nature les fëar des Hommes avaient un contrôle bien moins puissant de leurs hröar que celui des Elfes. Des Elfes en tant qu'individus pouvaient peut-être être séduits en une sorte de 'Melkorisme' mineur : désirer être leurs propres maîtres en Arda, et disposer des choses selon leurs vues, ce qui pouvait les amener dans des cas extrêmes à se rebeller contre la tutelle des Valar ; mais aucun n'était jamais entré au service ou n'avait prêté allégeance à Melkor lui-même, ou n'avait nié l'existence et la suprémacie absolue d'Eru. Des choses terribles de la sorte, Finrod le devine, devaient avoir été accomplies par les Hommes, dans leur ensemble [...] » 7
La notion de Chute n'est, à ma connaissance, jamais employée comme telle dans le Conte lui-même, mais n'apparaît-elle pas en filigrame tout au long du Conte ? elle est en tout cas ici explicite dans l'un de ses longs commentaires directs (voir les occurences successives de « unfallen Man » [MR/333-4]) pour décrire « la condition de l'Homme avant le désastre (ou comme nous dirions, de l'Homme prélapsaire) [...] » 8 (mmm ... prélapsaire (du latin lapsare 'glisser, tomber' ou lapsus 'chute, faute') me semble correspondre adéquatement (depuis peu ;)), mais je ne le trouve pas dans mes dictionnaires ?!!). Il est donc très juste de relever que l'expression employée quant à la Chute des Hommes et celle d'un état avant la Chute est une expression externe et non appartenant au Conte. Mais personnellement, je rejoins (très naturellement) cette lecture : outre le Marrissement général d'Arda, il est clair que les Hommes affrontent autre chose en tant qu'Hommes, une chose terrible qui leur est propre, cette Ombre derrière eux, dont ils ne parlent pas. Comparer les mots du roi Elfe :
« Les autres créatures de la Terre du Milieu aussi nous les aimons à leur mesure et dans leur genre : les bêtes et les oiseaux qui sont nos amis, les arbres, et même les fleurs ravissantes qui passent encore plus rapidement que les Hommes. » 9
avec ceux que rapporte le Conte d'Adanel :
« Par la suite, nous fûmes gravement affligés, par l’épuisement et la faim et la maladie ; et la Terre et toutes choses en elle étaient irritées contre nous. Le Feu et l'Eau se rebellaient contre nous. Les oiseaux et les bêtes nous évitaient, ou, s'ils étaient forts, nous assaillaient. Les plantes nous donnaient du poison ; et nous prîmes peur des ombres sous les arbres. » 10
La condition des Hommes, contrairement à celle des Elfes, n'a-t-elle pas été changée au-delà de ce qu'implique le Marrissement d'Arda ? (bien que ces dernières citations ici ne soient peut-être pas les plus appropriées, les effets décrits, eux, pouvant s'expliquer par la différence originelle de condition entre Elfes et Hommes, les fëar des premiers ayant meilleur contrôle sur leurs hröar étant donc bien plus à même d'endurer le Marrissement ... mais le Conte d'Adanel laisse bien entendre que ces conséquences sont dues au désastre ...)
Yyr : Il est d'ailleurs un marrissement qui a été provoqué par une corruption [...]
Edrahil : J'ai un peu de mal à te suivre. :) Ce qui amène les Premiers Pères des Hommes à pêcher [le poisson ? hi ! hi ! :) ... pécher ;)], c'est effectivement la tentation spirituelle dont tu parles, mais aussi le fait qu'ils soient soumis au Marrissement, qu'ils aient donc une inclination naturelle au Mal. Je ne vois pas ici en quoi le marrissement est provoqué par la corruption...
Mmm ... Mon idée est compliquée. J'avais alors (et aussi quand je disais que "corruption et marrissement s'appellent et s'induisent l'un l'autre") en mémoire ce passage :
« Il semble préférable de considérer le pouvoir corrupteur de Melkor comme débutant, tout au moins, à un niveau moral ou théologique. Quelque créature que ce soit qui le prît pour Seigneur (et spécialement ceux qui, blasphémant, l'appelèrent Père ou Créateur) devenait vite corrompu dans toutes les parties de son être, le fëa entraînant le hröa dans sa descente dans le Morgothisme : haine et destruction. » 11
Et en disant qu' "un marrissement [avait] été provoqué par une corruption" je faisais référence à un éventuel marrissement spécial de la condition humaine provoqué par la Chute des Hommes. Mais il est ambigü de parler ainsi, à plus d'un titre :
Si désastre il y eut, d'où vient-il ? La Corruption (étymologiquement "rupture avec" [Eru]) des Atani les aurait-elle "juste" rendus plus vulnérables au Marrissement d'Arda, et abattu leur résistance face à celui-ci et les aurait-elle ainsi fortement diminués ? Finrod semble rejeter d'emblée cette éventualité, sans doute parce que le changement décrit par Andreth semble trop profond pour cela. Je le rejetterai aussi, pour d'autres raisons indiquées plus bas. Ou bien, l'abjuration d'Eru étant quelque chose de si dramatique, leur condition naturelle a-t-elle été fondamentalement changée ? A-t-elle alors été changée en Bien (ajouter des limites aux Enfants pour les empêcher de partir dans le Néant) ou en Mal (affliger les Enfants et accentuer le Marrissement à leur encontre) ? i.e. Par Eru ou par Melkor ?
L'emploi de la terminologie du marrissement à l'intention d'un sujet autre qu'Arda étant rarissime dans le Conte, et l'Athrabeth étant le seul endroit où survient cette particularité (dans l'un de ses titres : « De la Mort et des Enfants d'Eru, et du Marrissement des Hommes » 12), nous sommes dans un premier temps tentés d'opter pour la deuxième option, i.e. d'en confier l'action à Melkor. Ce n'est d'ailleurs que la position naturelle d'Andreth et de la plupart des Sages des Edain je le devine. Mais Finrod s'y oppose : selon lui, un tel changement, si l'état originel des Hommes était bien tel que rapporté par Andreth, ne peut avoir été, du moins dans sa réalisation (pas forcément son induction), que le fait d'Eru. Dans ce cas, que penser que l'usage du terme de Marrissement des Hommes par le rapporteur de l'Athrabeth ? En fait, bien qu'il renvoie explicitement au Marrissement d'Arda, je ne pense pas qu'il renvoie forcément ici de manière directe au Marrisseur ; il peut très bien avoir été employé pour donner une description objective, par comparaison avec celui subi par Arda dans son ensemble, d'un changement profond par rapport au dessein originel, ou bien (plus probablement à mon avis), l'auteur de l'Athrabeth considère in fine que, qui que soit l'acteur direct du changement de la condition des Hommes (a priori Eru), celui qui en est la première cause est bien le Tentateur, qui a séduit et attiré ses victimes : le Marrisseur.
Si Eru est bien à l'origine du changement, les choses se compliquent inévitablement, puisqu'en cet endroit tout spécialement, Melkor n'aura pas manqué de jeter ses ombres (« Qu'est-ce qu'il est méchant Eru ... ») : mais le désastre est-il dans le changement de la condition des Hommes ou dans la manière avec laquelle il a été reçu ? Car dans le même temps, l'Ennemi confondait dans l'esprit des Hommes la mort avec le Néant, et le chemin de confiance et de filiation d'Eru avec la peur. Il s'agit certainement de distinguer, comme toujours, ce qui vient d'Eru, de ce que ne manque jamais d'y mêler le Marrisseur. Notons enfin que l'hypothèse selon laquelle l'intervention fondamentale est d'Eru est appuyée si l'on envisage que la grâce accordée plus tard aux Dúnedain de Númenor (principalement une longévité plus grande - ou restaurée ?) n'est que le redressement de cette Chute (proposition émise par notre ami Stalker :)). Hélas, ce don sera à nouveau déçu ; l'Homme est-il décidemment trop faible pour vivre fort en Arda Marrie ? ...
Mais ma phrase était ambigüe encore à cause d'une autre chose ; elle peut laisser entendre par extension, que les fautes peuvent induire le Marrissement, et donc que le hröa subit les effets visibles des fautes du fëa ; ce qui est faux. Les sombres peuvent être autant en bonne santé que les purs, et ces derniers naître aveugle ou mourrir jeune - et, à ce que je sache, des hommes d'aujourd'hui parfois pires que des orques n'en ont pas encore pris les traits (physiques). Bien au contraire, les affres du Marrissement sont ceux qui sont imposés quelle que soit l'orientation du fëa ! Merci de ta vigilance, mon cher Christophe :)
Edrahil : Mais... cette "tentation spirituelle de pouvoir, d'orgueil et d'envie" n'est-elle pas, elle aussi, une résultante du Marrissement ? Est-ce à dire, pour en revenir à ma première question, qu'elle pourrait exister en Arda Immarie ?J'ai comme l'impression de m'embrouillationner un peu... :)
Stalker : Si je synthétise:Non seulement le Marrissement n’est pas une condition suffisante mais elle n’est pas non plus nécessaire corrompre. Peut on aller plus loin en affirmant que les Eruhíni peuvent être corrompus sans Melkor ?Si oui, on arriverait à une étrange conclusion : si ni Melkor, ni le Marrissement ne sont nécessaires pour que les êtres puissent être corrompues, cela reviendrait à affirmer que la corruption peut exister même dans Arda Immarrie! (Qu'on m'arrête tout de suite si je viens de dire une grosse bêtise) Le fait même que les Eruhíni soient dotés du libre-arbitre n’est il pas suffisant pour expliquer la possibilité de l’inclinaison vers le mal, que Arda soit Immarie ou non ?
Hou la :) J'ai trois fortes réticences à m'engager sur le terrain "en Arda Immarrie, ce serait ..." : 1) à vous lire j'ai l'impression que vous recherchez à saisir la parfaite cohérence d'un système, mais je ne crois pas qu'on puisse atteindre la complétude i.e. être à même de tout parfaitement modéliser (comme dans un système informatique ? ;)) le Conte d'Arda qui, comme le nôtre propre, ne peut tenir dans notre seule intelligence ; 2) plus encore lorsqu'il s'agit du mystère du Mal qui, à ce que je crois, n'aura pas, ici dans les brumes d'Arda Marrie, de réponse évidente et définitive ; 3) d'une manière particulière, vous voudriez que nous nous projetions en un monde qui « n'exista pas réellement » 13 et au sujet duquel nous avons peu de témoins ; tout cela me paraît beaucoup pour espérer trouver des réponses satisfaisantes, qui reposeraient sur des bases fermes ...
Ces précautions étant prises, je vais tout de même me livrer à quelques commentaires sur le propositions qui ont été faites :)
Vinyamar : Cela dit, si Melkor n'avait pas marri le monde, qu'en aurait-il été des hommes et des elfes ? Eh bien ils auraient été sujets, tout comme Aulë et Melkor, à des idées distinctes de la volonté divine, voire opposées, sans doute. Mais pour cela, il faut une intelligence et une pénétration des choses du monde dont peu d'hommes peuvent se prévaloir. Les hommes auraient travaillé dans le monde sans se demander s'il ne serait pas plus malin d'aller à l'encontre de la nature des choses. Un sage, peut-être, aurait pu en venir à avoir de telles idées. Cependant, il n'aurait pas pu marrir le monde ! C'est à dire que si l'idée de contredire la nature pouvait naître avec ou sans Melkor (quoique ce soit plus difficile sans son intelligence supérieure), l'inclination au mal n'aurait pas pour autant existé !L'inclination au mal, c'est précisément ce marrissement qui fait que l'homme confonde le bien et le mal, et trouve dans l'idée même de mal (comme opposition au bien) un certain attrait (une manière de s'affirmer ?) Sans Melkor et son marrissement, donc, l'idée de contevenir à la nature des chose aurait sans cesse été à redécouvrir, et le choix du mal aurait sans cesse été une nouvelle lutte contre le choix du bien. Alors qu'avec Melkor, la balance est faussée, et penche toujours plus facilement du côté du mal (perçu comme plus facile, procurant plus de rétribution) que du côté du Bien, perçu comme plus difficile, et donnant moins de résultats.Il n'y aurait donc pas marrissement dans Arda immarie, mais faute possible dans Arda immarie, et faute choisie en toute liberté, pour le coup !
Je m'accorde à ce sentiment ! :) - et je ne puis m'empêcher de dire mon admiration devant le talent que tu as d'éclaircir souvent nos problématiques lorsque nos questions se compliquent ... tu avais au moins 18 en philo, non ? grr ... ce que je suis jaloux :). Le Marrissement d'Arda est bien dans ce que tu décris ! Et mieux encore, si j'ose dire, car en parlant de ce qui fait « que l'homme confonde le bien et le mal » tu renvoies directement à l'un des sens étymologiques autant de marred que de marri qui est celui justement de la perte de son chemin, de la confusion ; ainsi je me permets de te renvoyer à ton commentaire plus haut : « La terre [est] bien marrie ("corrompue" quand même, quoique tu veuilles donner à ce mot un sens moral) » car, heu ... je ne veux rien "donner", moi :) comme sens aux mots du Conte, mais je souhaite que nos traductions lui soient fidèles :). Or, la terminologie du Conte d'Arda qui se cristallise dans les locutions Arda Marred, Arda Unmarred, Marrer, Marring ne doit rien au hasard si elle évite systématiquement la famille de corrupt, tandis que cette dernière est souvent (bien que non exclusivement) dans le Conte connotée plus moralement. Et l'une des différences, justement, est cette idée de "confusion" que tu mets toi-même en exergue, et qui accompagne les seules familles de mar et marrir. Mais tu as tout à fait raison, si l'on emploie une dialectique extérieure au monde secondaire d'Arda : en ce cas nous pouvons parler de corruption pour ce qui arrive à Arda ...
Silmo : Je comprends ton propos, mais un simple caillou peut entrer dans le marrissement d'Arda. Ce peut être un caillou tranchant pour le pied d'un pauvre hobbit dans un paysage hostile comme la plaine du Mordor et ainsi, même ce £#@%*)+ de fichu caillou est marri. A priori, seul Aman (ce qui y vit et la matière qui compose cette contrée) échappe au marrissement, et comme le dit Tolkien Morgoth s'est plus intéressé à certaines matières que d'autres [...]
Isil síla lyenna :)Je suis entièrement d'accord. Par rapport à ce "fichu caillou", c'est justement le Marrissement d'Arda qui fera, je pense, non pas qu'il soit tranchant, mais qu'il vienne sous le pied ! Dans l'idéal, les pieds se posent sur des sentiers sans entrave. Par rapport à Aman, il n'y a jamais d'affirmation sure et définitive quant à son immunité mais, effectivement, on laisse entendre qu'elle a vraisemblablement été protégée du Marrissement (le rôle d'une Faërie n'est-il pas de faire recouvrir une vue claire, non obscurcie par les brouillards du monde ? ;)) ... du moins jusqu'à ce que Melkor "y vienne" :
« [...] Car vous vivez en Arda Marrie, comme nous, et toute la matière d'Arda fut taintée par [Melkor], avant que vous ou nous n'y vinssions et n'en tiriassions nos hröar et leur nourriture : tout sauf seulement peut-être Aman avant qu'il n'y vînt. » 14
Stalker : Même si Melkor ne les avait pas corrompus par la suite, rien ne pouvait empêcher un homme d’être particulièrement impatient et envieux par nature et de chercher à dominer les autres pour les asservir pour combler des désirs égoïstes. [...] L’ «idée de contredire la nature» peut naître sans Melkor, l’idée de sacrifier les autres pour le bénéfice de soi ou l’idée de dominer les autres peuvent aussi exister sans Melkor.
Sans avoir d'argument là tout de suite pour te contredire, Stéphane, je ne puis te suivre ; comment affirmer tout cela ? que sait-on de ce qu'aurait été la nature des Hommes sans l'œuvre de Melkor ? Le seul exemple que j'ai en tête est au contraire le parfait contre-pied de l'impatience, de l'envie et de la domination.
Stalker : L’inclinaison au Mal peut exister sans Melkor ni Marrissement. Elle peut exister dans Arda Immarrie.
Là encore, et là particulièrement, je ne suis pas d'accord. Car Vinyamar parle de l'inclinaison au Mal en tant qu'attirance au Mal, qui est l'une des définitions même du Marrissement - et l'étymologie de ce qui est peut-être son équivalent elfique : l'úþahtië.
Stalker : Plaçons nous dans Arda Immarrie et imaginons qu’un elfe y meurt dans un accident.
Mais la chose est-elle seulement imaginable : est-elle seulement possible ? Cf. la référence que je donnerai sans doute là-bas :)
Stalker : Un tel acte serait contraire à la nature des choses dictée par Eru, on peut considérer cela comme un faute, un manque d’Estel.
J'en profite pour relever que la notion d'estel par exemple n'a pas de raison d'être invoquée en Arda Immarrie - pour autant que je puisse moi-même m'y projeter -, si, comme je le crois, l'Estel est la résistance au Marrissement, l'attente confiante de la Guérison d'Arda et des Enfants ... Adam et Eve avaient-ils lieu d'espérer en Eden ?
Stalker : En toute rigueur, Arda Immarrie est « Arda sans Melkor, libre de tout mal ».
Je l'ai moi-même écrit dans mon article ... mais je viens de me rendre compte que ce n'était pas « en toute rigueur » justement :). Car la référence la plus explicite en la matière est celle de l'Ósanwe-centa, qui dit, plus fidèlement :
« En "Arda Immarrie" (c'est-à-dire, dans des conditions idéales libres du mal) [...] » 15
Ce sont les conditions qui sont dites libres du Mal, ce qui rejoint ce que nous disions tous plus ou moins, mais tout spécialement Vinyamar ;)
Jérôme
5 « Now the Eldar learned that, according to the lore of the Edain, Men believed that their hröar were not by right nature short-lived, but had been made so by the malice of Melkor. It was not clear to the Eldar whether Men meant: by the general marring of Arda (which they themselves held to be the cause of the waning of their own hröar); or by some special malice against Men as Men that was achieved in the dark ages before the Edain and the Eldar met in Beleriand; or by both. » [MR/304]
6 « But Finrod probably went too far in his assertion that Melkor could not wholly corrupt any work of Eru, [...] » [MR/411]
7 « More strictly speaking, he would say that Melkor had not 'changed' Men, but 'seduced' them (to allegiance to himself) very early in their history, so that Eru had changed their 'fate'. For Melkor could seduce individual minds and wills, but he could not make this heritable, or alter (contrary to the will and design of Eru) the relation of a whole people to Time and Arda. But the power of Melkor over material things was plainly vast. The whole of Arda (and indeed probably many other parts of Eä) had been marred by him. Melkor was not just a local Evil on Earth, nor a Guardian Angel of Earth who had gone wrong: he was the Spirit of Evil, arising even before the making of Eä. His attempt to dominate the structure of Eä, and of Arda in particular, and alter the designs of Eru (which governed all the operations of the faithful Valar), had introduced evil, or a tendency to aberration from the design, into all the physical matter of Arda. It was for this reason, no doubt, that he had been totally successful with Men, but only partially so with Elves (who remained as a people 'unfallen'). His power was wielded over matter, and through it. But by nature the fëar of Men were in much less strong control of their hröar than was the case with the Elves. Individual Elves might be seduced to a kind of minor 'Melkorism': desiring to be their own masters in Arda, and to have things their own way, leading in extreme cases to rebellion against the tutelage of the Valar; but not one had ever entered the service or allegiance of Melkor himself, nor ever denied the existence and absolute supremacy of Eru. Some dreadful things of this sort, Finrod guesses, Men must have done, as a whole [...] » [MR/334]
8 « the condition of Men before the disaster (or, as we might say, of Unfallen Man) [...] » [MR/410]
9 « Other creatures also in Middle-earth we love in their measure and kind: the beasts and birds who are our friends, the trees, and even the fair flowers that pass more swiftly than Men. » [MR/308]
10 « Thereafter we were grievously afflicted, by weariness, and hunger, and sickness; and the Earth and all things in it were turned against us. Fire and Water rebelled against us. The birds and beasts shunned us, or if they were strong they assailed us. Plants gave us poison; and we feared the shadows under trees. » [MR/348]
11 « It does however seem best to view Melkor's corrupting power as always starting, at least, in the moral or theological level. Any creature that took him for Lord (and especially those who blasphemously called him Father or Creator) became soon corrupted in all parts of its being, the fëa dragging down the hröa in its descent into Morgothism: hate and destruction. » [MR/410]
12 « Of Death and the Children of Eru, and the Marring of Men » [MR/303]
13 « 'Arda Unmarred' did not actually exist » [MR/405]
14 « For you live in Arda Marred, as do we, and all the matter of Arda was tainted by him, before ye or we came forth and drew our hröar and their sustenance therefrom: all save only maybe Aman before he came there. » [MR/309]
15 « In "Arda Unmarred" (that is, in ideal conditions free from evil) [...] » [VT39/23]

