La salutation à Gildor est bien en quenya, ce qui montre que Frodon devait avoir quelques notions de base dans cette langue - même s'il est difficile de juger de leur étendue.
Il y a plusieurs indications dans le texte qui montrent qu'il devait aussi avoir quelque connaissance du sindarin. Ou du moins, d'un point de vue externiste, de ce qui a été présenté plus tard comme le sindarin, comme l'a rappelé Didier ; on peut remarquer à ce propos que cette dénomination n'est pas usiteé dans la trame narrative même, où la langue est appelée simplement "elfique", mais seulement dans les appendices, qui sont de rédaction plus tardive. Lorsqu'il rencontre les Rôdeurs de l'Ithilien menés par Faramir, Frodon s'aperçoit à sa grande surprise que deux gardes, Mablung et Damrod, parlent entre eux le sindarin ; et il en sait suffisamment pour pouvoir converser avec eux, dans cette langue semble-t-il ; c'est du moins ainsi que je comprends le texte, quoiqu'il puisse sans doute l'être différemment :
.... Ils se parlaient d'une voix douce, usant au début du Langage Commun, mais à la façon d'autrefois, puis passant à une autre langue qui leur était particulière. A sa stupéfaction, Frodon s'aperçut que c'était de l'elfique ou un idiome approchant, et il les regarda avec étonnement, car il savait que ce devaient être des Dunedains [sic], hommes de la lignée des Seigneurs de l'Ouistrenesse.
Après un moment, il leur parla; mais ils se montrèrent lents et prudents dans leurs réponses. Ils se nommaient Mablung et Damrod, soldats de Gondor....
On nous dit aussi que lors de leur rencontre avec la compagnie de Gildor, il parle et remercie le Elfes dans leur propre langue. Ce ne peut guère être que le sindarin, le quenya n'étant plus en usage comme langue parlée au Troisième Âge :
.... Frodon se tenait là, mangeant, buvant et conversant avec un grand plaisir, mais son esprit se fixait principalement sur les paroles prononcées. Il connaissait un peu le parler elfique, et il écoutait avidement. De temps à autre, il parlait à ceux qui le servaient et les remerciait dans leur propre langue. Ils lui souriaient et disaient en riant :
- Voici un joyau parmi les Hobbits ! ....
Il est vrai toutefois que Frodon ne parvient guère à comprendre les Elfes de la Lothlórien, ce qui peut donner l'impression qu'il s'agit de quelque langue sylvaine :
Une sorte de rire doux se fit entendre au-dessus de leur tête ; puis une autre vois claire parla en langue elfique. Frodon ne comprit pas grand-chose à ce qu'elle disait, car le langage qu'employaient entre eux les Sylvains à l'est des montagnes ne ressemblait guère à celui de l'ouest. Legolas, levant le regard, répondait dans le même langage.
Mais c'est une erreur: une note de bas de page de l’Appendice F du SdA explique qu’au temps de Frodon, c’est bien le sindarin que l’on parlait en Lórien, « mais avec un “accent” car la plupart des habitants descendaient des Elfes Sylvains. C’est cet “accent” qui, joint à sa connaissance limitée du sindarin, devait égarer Frodon (comme l’indique un commentateur du Gondor dans Le Livre du Thain) ». Nous avons des détails dans les Contes et légendes inachevés, dans l'appendice "Les Elfes Sylvains et leur parler" de « l’Histoire de Galadriel et Celeborn » : « En pays Lórien, où bien des gens étaient d’origine Sindar ou Noldor, des rescapés de l’Eregion, tout le monde parlait couramment le sindarin. Nous ignorons, bien entendu, à l’heure actuelle, en quoi leur parler sindarin différait des formes usitées au Beleriand – voir [SdA1] II 6, où Frodon rapporte que le parler des gens de la Forêt, tel qu’ils le pratiquaient entre eux, différait de celui en usage dans les pays de l’Ouest. Il est probable que les différences tenaient surtout à ce que nous appellerions “l’accent”, des différences affectant essentiellement le son des voyelles et les intonations, suffisantes cependant pour dérouter quelqu’un qui, comme Frodon, ne parlait pas un sindarin vraiment pur ».
Comment donc expliquer que Frodon soit dérouté par l’inscription des Portes de la Moria ? A mon avis, ce n’est pas une question de langue, mais d’écriture. Regardons plus précisément ce que dit le texte :
- Que dit le texte ? demanda Frodon, qui s’éfforçait de déchiffrer l’inscriptrion portée sur l’arc. Je croyais connaître les lettres elfiques, mais je ne peux lire celles-ci.
- Les mots sont en langue elfique de l'Ouest de la Terre du Milieu dans les Temps Anciens, répondit Gandalf. Mais elles ne révèlent rien d'important pour nous. ....
L’apparence des tengwar ne semble pourtant pas excessivement différente de nos autres exemplaires. Je hasarderais donc l’hypothèse suivante : ce qui le gêne, c’est une question d’usage plutôt que de forme. Une des caractéristique de l’écriture elfique est sa grande souplesse : les tengwar n’ont pas de valeur propre, et s’emploient pour différentes valeurs selon la langue transcrite, en ce qui s’appelle un mode (nous avons un peu la même chose, à moindre échelle, dans l’alphabet romain avec une lettre comme j, qui a des valeurs différentes en français, espagnol, anglais, allemand). L’inscription est dans le mode de Beleriand, dont la caractéristique principale est d’être un « mode plein » où les voyelles sont dénotées par des tengwar à part entière - alors que dans la plupart des autres modes connus, elles sont plutôt dénotées par des signes accessoires appelés tehtar. Nous avons un exemple de mode à tehtar pour le Sindarin dans une version de la « Lettre du Roi », SD:131.
Peut-être le mode de Beleriand était-il plus ou moins sorti d’usage à l’époque de Frodon, si bien qu’il n’était pas habitué à le lire ? On comprendrait bien qu’il ait du mal, alors. San siersie llwen, ill suffi deja dy modiffie cellc py lle confansion ortograffic pwr cose dy ffor seriys difficullte dy llectur, ‘t j n prl mm ps d spprmr ls vylls d l lgn prncpl d’ ‘crtr. Vous me suivez ? :)
B.

