Pour accepter un pardon, il faudrait se sentir coupable, au moins éprouver des remords. Saruman ne ressent aucune culpabilité face à Frodo. Pour lui, enfermé dans sa propre logique - celle de la guerre, celle d'un monde partagé entre gagnants et perdants, forts et faibles -, Frodo n'était qu'un rival (pour la possession de l'anneau) à détruire, ou un obstacle à écarter. Saruman a joué et perdu : il accepterait plus facilement la morgue d'un vainqueur, que la pitié d'un être qu'il considère comme inférieur.
Gollum non plus n'éprouve aucune culpabilité. Il s'attache à Frodo parce que celui-ci est le seul à lui montrer compréhension et attention. Gollum ne demande pas pardon à Frodo pour l'avoir agressé, il lui promet juste soumission. Lorsqu'il trahit sa promesse, il ne se sent pas coupable : il se voit lui-même comme trahi et dépouillé, donc - toujours dans l'enclos de sa propre logique - il se défend et il en a le droit.
Gollum ne peut comprendre le pardon de Frodo, parce qu'il se considère lui-même comme l'offensé (le vol de son Précieux). Saruman ne peut l'accepter par orgueil, parce qu'un "seigneur" ne peut s'abaisser à accepter le pardon d'un "péquenot".
Pour ces deux-là, oui, le pardon de Frodo est une arme, parce qu'il les blesse plus qu'il ne les apaise. Et aucun des deux n'est capable de comprendre que Frodo ne peut leur pardonner que parce que lui, les comprend.

