On assimile la naissance du pardon à l’ère de la chrétienté. Christianisme et judaïsme sont des religions fondées sur le pardon. Toutefois, l’idée première de pardon n’émane pas des préceptes religieux mais bien plutôt d’une époque ou les mythes régissaient encore la pensée.
A l’époque de Platon ce qui régissait les habitants de la cité c’est, bien avant une morale, une éthique politique.
Le pardon était alors entendu en son sens éthico politique.
« Celui qui est puni est débarrassé de la méchanceté de son âme ».
Le mal est conçu comme une maladie de l’âme, mais une maladie curable.
On ne reproche pas une maladie, on la soigne. Pour combattre cette-ci rien ne vaut la compréhension, la bienveillance ou encore l’indulgence, autre figure du pardon.
Platon propose, contre la faute, une sorte de vertu réparatrice ou rédemptrice.
Aristote lui parle de magnanimité (transformer la vengeance en indulgence).
Ainsi apparaît peu à peu l’essence du pardon.
Il ne suffit pas de comprendre le geste de quelqu’un pour le pardonner, encore faut-il parvenir à l’accepter.
Pardonner renvoie à un agresseur, à un individu, quoi qu’il soit, en recherche de conflits.
Le conflit, selon Freud, masque une souffrance interne et des blessures intimes enfouies à l’intérieur de soi, au plus profond de nous.
Tout individu s’est, un jour, retrouvé confronté à ce qui ne se fait pas, malgré lui ou consciemment.
Ainsi pardonner doit dans un premier temps consister à réfléchir à ses propres errances.
Pardonner n’est envisageable que dans la mesure ou l’on peut déjà s’auto pardonner.
La difficulté résidant dans le fait que pardonner ne soit possible que pour un individu qui a la capacité d’identifier le bien ou le mal ou encore l’amour et la haine.
Le pardon renvoie donc à la vie affective de l’humain.
Chacun tend à vouloir vivre en paix et pour y parvenir le pardon constitue la voie royale.
Le pardon découle de la, possible, mise en place d’une série d’adaptation à autrui.
Il s’agit là de la plus grande sécurité qui nous soit offerte à nous êtres humains. Malheureusement nous sommes obligés de passer notre temps à surmonter les obstacles, voire les conséquences provoqués autour de nous par des sentiments tels que la jalousie, la méchanceté, le mépris, l’égoïsme etc.
Cependant, si pardonner demeure difficile cela reste possible dans la mesure où nous avons tous fait du mal à un autre dans l’existence…
Il ne faut pas perdre de vue que tout agresseur est un insatisfait, un frustré, un castré, qui ressent, éprouve, une douleur narcissique intense à type de complexe d’infériorité, tout sentiment d’impuissance engendrant de la haine.
Pardonner c’est ne plus avoir peur de la peur de l’autre.
Le pardon ne doit rester qu’une suggestion pour soi et pour l’autre et certainement pas une injonction.
Pour être amené à pardonner il faudra s’interroger sur ses propres comportements.
Le pardon n’est pas un mode de vie, encore moins une méthode existentielle, mais une sécurité utilisée après remise en question de l’individu agressé.
Il ne s’agit pas de faire du pardon un pouvoir.
Il n’y a sans doute rien de pire pour la conscience que de s’entendre pardonner lorsqu’il n’y a pas de demande, le pardon de Frondon est imposé à Saroumane, infligé et vécu comme une condamnation.
Le pardon enfin ne doit pas être seulement entendu d’après un sens éthique.
Il ne contente pas de poser la question entre le bien et le mal mais plutôt la limite entre le bien et le mal.
Il ne dépend que de soi de fixer cette limite donc (choisir qu’au delà d’une limite ce n’est plus pardonnable, limite posée par la liberté et la subjectivité de l’individu).
Il est d’usage de dire que le pardon et la tolérance sont des marques d’une humanisation des comportements. Pourtant ces deux mots et ces deux concepts réservent quelques surprises.
Exemple :
Si nous n’aimons pas subir l’intolérance nous n’aimons pas non plus sentir qu’on nous tolère. Nous préférons largement la sensation d’être accueilli à celle d’être toléré, même si nous préférons être toléré que d’être banni !
La tentative de générosité qui consiste à pardonner cela se transforme hélas vite en double déni :
Le déni de la raison de l’auteur du méfait et le déni de la douleur de celui qui subit.
Un peu comme si le pardon effaçait le vécu des êtres et leurs raisons.
De même quand l’auteur dit son regret et que la victime répond « ce n’est pas grave » celle-ci nie le regret de l’auteur et l’empêche ainsi de se responsabiliser et ne fait que renforcer chez l’auteur la culpabilisation d’être si mauvais face à cet autre qui, lui, est si bon.
L’être humain et ses failles doivent pendrent plus d’importance que ses actes.

