Quote:Un peu plus d'un an après ce message: si Gumbadan passe dans le coin, qu'il n'hésite pas à nous faire part de l'avancement de ses travaux de "dépoussiérage du sens commun"
Didier, Gumbadan passe parfois dans le coin, puisque il s'agit de mon ancien pseudo (qui peut d'ailleurs, soit dit en passant, être effacé)... :o)
Pour te répondre rapidement (je suis sur mon lieu de travail...), les recherches sur le sujet avancent lentement mais sûrement. ;o) Toutefois, c'est un projet de longue haleine qui devait, à l'origine, déboucher sur une thèse de 3ème cycle en sociologie.
Quand je parlais de "dépoussiérage du sens commun" concernant la notion d'utopie, je me référais en fait non seulement à l'article publié sur ton site mais, au-delà, à certaines interventions dans lesquelles cette notion est rejetée de façon systématique sous prétexte que l'utopie relève forcément de la parabole, voire de l'allégorie (bien que ces deux termes ne soient pas forcément liés) de nature politique. Or, il n'en est rien ; tout du moins si l'on en revient à une lecture philosophique et sociologique de L'Utopie de Thomas More, écrit à l'origine comme réponse à L'éloge de la folie de son ami Erasme.
Humaniste anglais, catholique en pays protestant et professeur de théologie et de grec à Oxford, le parcours de vie de More n'est pas sans évoquer celui de Tolkien qui, comme son illustre prédécesseur, était un humaniste catholique anglais, de surcroît don d'Oxford...
Toutefois, au-delà de ces analogies (et des différences aussi, More ayant été une personnalité politique de premier ordre), L'Utopie et Le Seigneur des Anneaux pourraient tous deux relever du genre littéraire de l'ethno-fiction (cf. l'article de la revue Solaris "L'ethno-fiction : soi-même comme un autre" : http://www.revue-solaris.com/numero/2000...ction.htm). Martin Hébert, auteur de l'article sus-nommé et professeur d'anthropologie à l'université de Montréal, travaille sur cette notion depuis quelques années maintenant et j'ai eu le plaisir d'échanger avec lui quelques courriels fort constructifs sur la question.
Cette notion est apparue dans le champ de l'anthropologie pour catégoriser certains écrits d'observation de terrain. Par extension, elle pourrait être appliquée à certains récits fictionnels comme ceux de More ou de Tolkien car ces livres soulèvent la question de la création d'un "univers-monde" (pour reprendre l'expression du titre de la thèse de Laurent Genefort) cohérent et se suffisant à lui-même...
Dans cette perspective, la comparaison des oeuvres de More et de Tolkien pourraît peut-être permettre de dépasser les prénotions entourant le genre littéraire de l'utopie et que l'on retrouve communément assénées sur divers fora consacrés à Tolkien, utopie et Terre du Milieu n'ayant a priori rien en commun...
Enfin, désolé de ne pouvoir développer davantage cette question car non seulement je n'ai pas le temps de m'étendre pour le moment mais, d'autre part, je crains que l'on ne s'éloigne de trop du sujet initial de ce fuseau portant sur l'allégorie. Toutefois, je serai ravi d'en discuter plus longuement quand le temps me sera plus favorable ou de continuer par courriels interposés, si tu le souhaites, bien sûr ! ;o)
Cordialement,
Eric.

