Je crois que Sam comprenait très bien le danger de l'Anneau et celui-ci essaye de le tenter; mais c'est l'Anneau qui se plante car il lui propose une vision qui dépasse l'appétit du brave Sam.
"Déjà l'Anneau le tentait, corrodant sa volonté et sa raison. De folles fantaisies s'élevèrent dans son esprit: il voyait Samsagace le Fort, Héros de l'Époque, franchissant avec une épée flamboyante le pays sombre, et des armées s'assemblant à son appel tandis qu'il marchait pour aller renverser Barad-dûr. Et puis, tous les nuages s'éloignaient, le soleil blanc brillait et, à son commandement, la vallée de Gorgoroth devenait un jardin de fleurs et d'arbres, portant fruit. II n'avait qu'à enfiler l'Anneau, le revendiquer pour sien, et tout cela pouvait se réaliser.
En cette heure d'épreuve, ce fut l'amour de son maître qui contribua le plus à maintenir sa fermeté, mais aussi, au plus profond de lui-même, vivait toujours intact son simple bon sens de hobbit: il savait au fond de son cœur qu'il n'était pas de taille à porter pareil fardeau, même si de telles visions n'étaient pas un leurre destiné à le tromper. Le seul petit jardin d'un jardinier libre répondait à son besoin et à son dû, et non pas un jardin enflé aux dimensions d'un royaume, il devait se servir de ses propres mains et non commander à celles des autres."
Sur la conduite de Boromir, c'est peut-être Faramir qui en est le meilleur juge :
"«Ah, c'est donc ce que je pensais: Votre différend était bien avec Boromir seul. II désirait que l'objet fût apporté à Minas Tirith. C'est, hélas! Un destin tortueux. qui scelle les lèvres de celui qui l'a vu en dernier, me privant de la connaissance de ce que je voudrais tant savoir: Ce qu'il avait dans le cœur et dans la pensée pendant ses dernières heures. Qu'il se soit trompé ou non, je suis sûr d'une chose c'est qu'il est mort en beauté, dans l'accomplissement d'une bonne action. Son visage était encore plus beau que dans la vie."
Et Faramir sait à quoi s'en tenir à propos de l'Anneau:
"Nous autres, de la maison de Denethor, nous avons par tradition une grande connaissance de l'ancien savoir, et nous avons en outre conservé bien des choses dans nos trésors, livres et tablettes écrits en caractères divers sur des parchemins desséchés, oui, et sur la pierre ou sur des feuilles d'argent et d'or. Il en est que plus personne ne peut lire, quant aux autres„peu de gens en révèlent jamais le sens. Je peux y lire un peu, car j'ai reçu de l'instruction. Ce sont des archives que nous apporta le Pèlerin Gris.
[...]
Ce qu'est en réalité cet Objet, je ne puis encore le deviner, mais ce doit être quelque objet de famille donnant en même temps le pouvoir et le danger. Une arme redoutable, peut-être, imaginée par le Seigneur Ténébreux. Si c'était quelque chose qui donne l'avantage dans une bataille, je croirais aisément que Boromir, le fier et intrépide Boromir, souvent inconsidéré, toujours avide de la victoire de Minas Tirith (et par-là de sa propre gloire), pût désirer la possession de pareil objet et être attiré par lui. Quel malheur qu'il soit jamais parti pour cette mission! J'aurais été choisi par mon père et les anciens, mais il se mit en avant, comme étant l'aîné et le plus intrépide (ce qui n'était que vérité), et il n'accepta pas d'être retenu.
«Mais ne craignez plus rien! Je ne prendrais pas cet objet, traînât-il sur le bord de la route, Minas Tirith tombât-elle en ruine et fussé-je moi seul en état de la sauver, ainsi, en usant de l'arme du Seigneur Ténébreux pour son bien et pour ma gloire. Non, je ne souhaite pas de tels triomphes, Frodon fils de Drogon
[...]
Hélas pour Boromir! L'épreuve était trop forte! Dit-il. Combien vous avez accru mon chagrin, vous deux étranges errants d'un lointain pays, porteurs du péril des Hommes! Mais vous êtes moins bons juges des Hommes que je ne le suis des Semi-Hommes. Nous disons la vérité, nous autres Hommes de Gondor. Nous nous vantons rarement, et puis nous agissons ou mourons dans la tentative. Le trouverais-je sur la grand-route, que je ne le prendrais pas, ai-je dit. Quand bien même je serais homme à désirer cet objet et même ne sachant pas. clairement ce qu'il était quand je parlais, je considérerais ces mots comme un vœu, et je serais tenu par eux.
«Mais je ne suis pas un homme de cette sorte, ou je suis assez sage pour savoir qu'il est certains dangers que l'on doit fuir. Restez en paix!
[...]
Dormez, tous les deux en paix, si vous le pouvez. Ne craignez rien! Je ne désire ni le voir, ni le toucher, ni en apprendre davantage à son sujet (ce que j'en sais suffit amplement), de peur que le péril ne puisse m'attirer et que je ne succombe plus en cette épreuve que Frodon fils de Drogon."
Citations un peu longues mais qui répondent clairement.
Silmo
"Le destin conduit celui qui consent et tire celui qui résiste." (Cléanthe, philosophe stoïcien, 3ème s. av. JC)
PPS: "... et lui n'a point besoin pour cela d'une locomotive!" (S..., 21ème après)

