D’Aldarion, il est dit dès le départ qu’il refuse sans concession toute entrave mise à sa liberté, ce qui ne laisse pas de place à autrui dans sa vie. Erendis a beau jeu de lui dire, lorsqu’il lui demande de repartir peu après la naissance d’Ancalimë, qu’il a de toute façon pris sa décision quel que soit son sentiment à elle. Il manque plusieurs fois à tenir sa parole concernant son retour, et blesse à chaque fois cruellement Erendis pour qui le passage du temps coûte plus qu’à lui. Et surtout, jamais il ne s’excuse, jamais il n’admet qu’il a manqué à sa parole - et que ce soit par sa volonté ou par le fait d’éléments contraires ne change rien. C’est grave : Erendis aurait pu lui accorder son pardon s’il avait seulement consenti à lui demander. Il ne se remet pas en cause - il n’y a qu’une seule fois, après la lettre d’Erendis refusant le mandement du Roi, quil admet avoir pu commettre une faute. Encore élimine-t-il tout de suite ce questionnement en chassant définitivement Erendis de son esprit - avec une froideur assez inquiétante.
Erendis non plus n’est pas prête à transiger : pour Aldarion ce sera ou la mer, ou elle, et elle préfère tout perdre que de faire une concession, ce que lui reprochera justement sa mère Núneth. Plus tard, on saura dans ses enseignements à Ancalimë ce qu’Erendis en est venue à penser, des concessions... Elle a effectivement tendance à vouloir retenir Aldarion en cage ; en dehors même de sa passion pour la mer c’est impossible de par son destin.
Je dois dire que je suis un peu partial en faveur d’Erendis... qui me semble pâtir davantage dans cette histoire - comme en témoignent à mon sens la haine qu’elle développe (qui n’est pas la froideur glaciale d’Aldarion), le fait qu’elle sente plus souvent son cœur en conflit avec sa volonté, qu’elle se renferme autant sur elle-même - alors qu’Aldarion, s’il est blessé, ne l’est que pour une partie de lui même... et visiblement aps la plus essentielle pour lui. Également, elle en arrive finalement à prendre assez sur elle pour tenter une réconciliation, au moins au sujet d’Ancalimë. Et là, c’est Aldarion qui la rejette.
Mais le récit partage les torts, de manière aussi complexe et amère que nous pouvons le connaître... et ne permet en aucune façon de juger de façon tranchée.

