1° de notre humanité, qui n’est ni idéale, ni infaillible, sujette à la colère, à la peur, à des accès de violence et au désir de vengeance.
2° des circonstances politico-sociales, qui nous placent parfois devant des situations où nous nous trouvons (croyons ?) forcés d’enfreindre certaines règles pour échapper à une menace immédiate.
A priori, évidemment, on a tendance à répondre non : la torture ne se justifie en aucun cas. Il est moralement inacceptable de soumettre un être humain – tout coupable qu’il puisse être - à des traitements dégradants ou cruels. Et la réponse à un crime ne doit pas être un autre crime.
Dans un second temps, la lecture du post nuancé de MJ m’oblige à me poser des question : pour sauver la vie d’un seul enfant, accepterais-je de torturer son tortionnaire. Ici la réponse monte des tripes : oui ! C’est là que ça coince.
Mehapito se demande doit-on raisonner à froid ou suivre sa passion lorsqu'elle se déchaîne ?
Rebeca vient de me faire un topo que je vous livre sous ma signature, parce qu’elle n’a pas le temps.. Donc, des études en psychologie expérimentale (elle ne sait plus qui mais nous allons chercher la référence, il n’y avait pas que Milgram) ont montré que plus la distance physique entre le tortionnaire et sa victime est grande, plus facile et plus brutale est la torture. Par exemple, très peu sont capables à froid, de torturer directement quelqu’un de leur main, par contre, beaucoup le seront d’envoyer une décharge électrique à distance, et énormément de signer un ordre autorisant la torture pour une cause qui leur semble valable.
Si nous parlons pour nous – Rebeca et moi – en tant qu’individus, sous le coup d’une émotion forte (colère, rage, …), nous serions parfaitement capables de blesser quelqu’un qui aurait fait du mal à nos enfants. Mais passé ce moment, accepterions nous que cette personne soit torturée légalement ? Probablement pas. Torturer par vengeance ne ferait que nous avilir et ne réparerait pas le tort.
Mais que penser de la torture préventive ? Pouvons-nous nous mettre dans la peau d’un responsable politique qui apprend qu’un attentat va âtre commis, et qu’il détient une personne qui sait où et comment ? Dans les deux cas, il aura les mains sales : soit cette personne se tait, il ne fait rien, et des centaines d’innocents peuvent mourir, ce qu’il aura sur la conscience. Soit il décide d’obtenir ces renseignements par la force et il devra porter l’étiquette de tortionnaire. Que doit-il faire ? L’état du monde fait que nous sommes actuellement face à cette situation. Que ferions-nous à la place de ce responsable, sachant que nos scrupules moraux personnels doivent s’effacer devant l’intérêt général ? Franchement, je n’ai pas la réponse.
Il faut aussi savoir qu’autoriser légalement la torture dans ce cas ravale un pays au rang d’une dictature, et ouvre la porte à tous les abus. Où sera la limite ? La politique menée au Chili après la mort de Salvator Allende, utilisant la menace, le kidnapping et la torture pour des raisons de « sécurité du territoire » (il faut savoir – et ça, j’ai vraiment dur à le dire - que parmi les tortionnaires - exécutants et donneurs d’ordre -, beaucoup étaient persuadés de servir leur pays et de défendre leurs convictions. Torture par idéal, semble-t-il.) a provoqué la mort et la disparition de milliers d’innocents. Ce drame pèse aujourd’hui toujours sur la population et la conscience collective de ce pays.
A ce genre de question aussi nous sommes confrontés actuellement. Que penser d’une personne qui prétend – et est persuadée – appartenir à « l’axe du bien », et estime justifié l’emploi de la torture pour « défendre les intérêts de son pays » et protéger sa population ? Que penser d’une autre qui prétend – et est persuadée – agir pour la gloire de son Dieu et la délivrance de son peuple, et estime justifiée la mort ou la mutilation d’innocents et d’enfants parce qu’il pense que sa cause est bonne ?
Oui, bon … revenons plutôt au SdA. Si l’on s’en tient au texte, Tolkien n’a pas été jusqu’à faire de Gandalf et d’Aragorn de véritable sadiques : leurs méthodes ne sont ni tendres ni respectueuses, mais aucun des deux ne blesse Gollum à proprement parler. Le premier joue sur sa peur, mais ne va pas jusqu’à le brûler. Le second, - je rejoins Isengar, l’attitude d’Aragorn est ambiguë, il est réticent à parler de cet épisode, mais ce qu’il en dit laisse entendre qu’en plus de priver Gollum de nourriture, il aurait pu le frapper. Du conditionnel, beaucoup de « si… » et de « peut-être… » mais le trouble demeure. Aragorn ne se vante pas d’avoir « maté » Gollum, ses termes trahissent son propre malaise. Il estime que cet épisode est l’un des pires de sa carrière, sans doute pas uniquement à cause de l’attitude horripilante de Gollum (et soyons francs : il est à gifler !)
Comme tu dis, cousin, on est loin du « manichéisme de l’œuvre ». Aragorn est campé à ce moment comme un personnage de guerrier, d’aventurier. Sa vie n’est pas facile et sa patience n’est pas à toute épreuve. C’est un être humain, et en tant que tel, imparfait et portant sa propre violence. Il tue aussi, après tout. C’est un combattant en guerre, il épargne les vaincus mais pas ses adversaires.
L’attitude de Frodo est tout de même bien différente : il traite Gollum comme un être humain. Lorsqu’il s’aperçoit que la corde elfique lui fait mal, il l’en libère. Il ne le prive pas de nourriture : il n’en a pas lui-même, à part du lembas rationné, que Gollum ne peut avaler (d’ailleurs, à ce qu’il semble, le Gollum est parfaitement capable de se débrouiller et de trouver pour son compte des petites bestioles plus ou moins ragoûtantes et des fresh juicy fishes.) Il n’utilise pas l’anneau comme une « torture psychologique », mais comme un moyen de le maîtriser (qui échoue, d’ailleurs, in fine).
Gandalf, par contre, est un esprit divin. Le voir faillir et s’abaisser à maltraiter un être vivant, lui qui par ailleurs prône tant la pitié, le pardon et la compréhension, suscite davantage de malaise. Tout ce que je peux supposer, - et comme je l’avais compris à la lecture – c’est qu’il se contente, après avoir tout essayé en vain, de le menacer et de lui faire peur.
Pfiouw ! J’arrête ici. Quelle monstrueuse tartine ! Désolée d’avoir été si longue. Mais c’est ce sujet aussi ! Fallait pas commencer. Vous en aurez d’autres, de longs développements interminables. ;-P

