Ca alors... Je n'avais jamais envisagé qu'on puisse traiter Gandalf de tortionnaire. A vrai dire, j'avais toujours relié cette phrase de Gandalf au 'feu secret' qu'il détient, et considéré qu'il se montrait 'dur' plus en paroles qu'en acte. Enfin, lui-même prêche la miséricorde envers Gollum, je le vois donc mal lui faire violence physiquement. Par contre, je pense que révéler un peu de sa puissance à Gollum (qui n'est pas idiot) a pu influencer ce dernier. Si je me souviens bien, le 'feu secret' est à mettre en rapport avec l'Esprit Saint, qui est dit 'Esprit de Vérité' : je vois mal Gollum résister à la vue ou la simple mention d'un tel feu, et pareillement, j'imagine mal Gandalf brandissant un simple brandon enflammé pour l'effrayer, quelque soit la terreur que le feu 'matériel' inspire à Gollum. Gollum s'est enferré dans le mensonge depuis le jour où l'Anneau l'a pris : reconnaître la vérité, pour lui, c'est reconnaître son péché, l'obliger à un retour sur lui-même qui ne peut être que douloureux et difficile. S'il ment jusqu'à s'en convaincre lui-même, c'est qu'une part de son esprit sait la vérité et qu'elle est insoutenable. Face à Gandalf, qui est doué du discernement et de l'esprit de vérité, comment peut-il tenir? Et comment cela ne serait pas douloureux? Je mets cet aspect en relation avec la scène du Palentir où Gandalf exige la vérité de Pippin.
Sur la question de la torture, évidemment, on ne peut cautionner le principe de la fin justifiant les moyens : c'est l'exact piège de l'Anneau. Mais dans le cas présent, je différencie la 'torture' de 'l'interrogatoire'. Un interrogatoire peut être très dur sans mener à la torture forcément. Enfin la torture implique soit une inconscience totale ou partielle de la souffrance de l'autre, une sorte de 'déconnection' entre l'acte de torture et la souffrance endurée : c'est ce qui fait que l'on a vu, en de multiples endroits et occasions, des gens tout à fait 'normaux' et humains se transformer en bourreaux, soit une perversion mentale.
Pour ceux que cela intéresse, les éditions Ad Solem vont publier dans le courant du mois une très intéressante étude sur le sujet, partant du constat historique des actes tortionnaires commis au Chili. William Cavanaugh, (qui a vécu là-bas) montre avec beaucoup de justesse comment des fonctionnaires sont tombés dans ce cercle infernal de la souffrance. La deuxième approche de son livre est théologique (qui en intéressera peut-être moins parmi vous) et expose commment l'Eglise, quand elle est dans son rôle, peut faire échec à la 'liturgie de mort' qu'est le processus tortionnaire.