Toutefois, les rapports entre mythologie et histoire sont étroits. Vraiment étroits. Non seulement le mythe a été la première façon pour les société humaines de s'inscrire dans une perspective temporelle (création, fondation, perpétuation et réactualisation), mais l'Histoire telle qu'elle est enseignée aux enfants ou perçue du grand public a toujours une très forte composante mythique. Si on prend l'histoire de France, il suffit de constater la façon dont sont perçues des figures comme Jeanne d'Arc, Louis XIV ou Napoléon. Dans cette même perspective, n'importe quelle guerre historique ou contemporaine, et pas seulement la 2e GM, peut (trop) facilement être interprétée comme un combat entre le bien (nous) et le mal (les autres).
Pas étonnant donc, qu'une lecture rapide du SdA suscite chez le lecteur toute une série de références historiques.
Maintenant, parlant de la disparition - d'un monde ou d'un ordre des choses - c'est également un thème qui s'inscrit dans le mythe. On retrouve l'équivalent d'un âge d'or, ou d'un temps du rêve, ou d'un paradis perdu, ou quoique ce soit d'équivalent, dans toutes les cultures. Et dans toutes les cultures, on retrouve aussi ce mythe de l'héritage, lointain et affaibli peut-être, mais transmis tout de même à l'humanité, que ce soit par l'intermédiaire d'un Héros, ou d'un rituel, ou d'un objet sacré, ou d'une lignée humaine, etc.
Le problème de la mort, qu'il soit perçu comme un combat sans issue contre un ennemi tout puissant, comme un jeu de cache-cache indivuduel, comme le processus d'acceptation d'un phénomène naturel, ou plus généralement comme le simple passage d'un monde à un autre, est le thème central de toute l'histoire et la pensée humaine. Non seulement au niveau individuel, mais également au niveau des sociétés, des cultures, des Etats.
Si on se place au point de vue mythique (Pas au point de vue moral. Venez pas me faire de faux procès : j'explique, ici, je ne juge pas. Vous voila prévenus. :-D), toute guerre est également un combat contre la mort. L'agresseur cherche a obtenir un avantage du combat - sinon à quoi bon agresser? - que ce soit un territoire, une matière première, la maîtrise d'un lieu de passage, etc... - il estime cet avantage indispensable à sa survie, qu'il agisse en tant qu'individu ou en tant que nation, un avantage sans lequel sa propre existence, sa propre culture, sa propre puissance est menacée de disparition ou de destruction.
Avec cette angle de vue, il lui semble (à l'agresseur) parfaitement évident qu'il représente "le bien", qu'il est en état de légitime défense, que c'est l'agressé qui menace son existence et que cet agressé incarne donc "le mal". (C'est outrageusement simplifié mais bon, ce post est déjà assez long comme ça).
Finalement, le propre du mythe, c'est son applicabilité à l'histoire, ainsi que son rôle éducatif et son pouvoir d'identification. Chaque évènement historique ou chaque évènement individuel peut être rattaché à un mythe. Et c'est peut-être sous cet angle qu'il faut voir toutes ces tentatives des lecteurs de Tolkien de rattacher son oeuvre à telle ou telle période historique. Mais c'est probablement aussi sous cet angle qu'on peut comprendre une partie de son pouvoir de fascination.

