Au sujet de la "mythification" du pouvoir d'Aragorn. Non non non. Il y a eu un fuseau il y a un an ou deux où Lambertine démontrait la triple légitimité d'Aragorn, telle qu'elle ressort du Seigneur des Anneaux (pour rappel : hérédité - vertus personnelles - reconnaissance par le peuple). MAIS, dans l'élaboration du légendaire, Tolkien fait bien descendre Aragorn d'une Maia (Melian), d'un puissant roi Elfe Premier-Né (Elwê), d'un héros mythique (sur)humain (Beren), d'un couple mi-elfe mi-humain ayant accédé à l'immortalité et placés au firmament (Eârendil+Elwing) et d'une longue lignée de rois puissants entrés dans la légende (Elros et ses descendants). Bien sûr qu'il n'en fait pas mention claire dans le seul SdA, mais nous copnnaissons tous son intention première de publier ensemble le SdA et le Silmarillion. Dans son esprit l'un était indissociable de l'autre.
Sa volonté était bien d'ancrer le premier roi humain du quatrième âge (notre âge, le début de l'histoire humaine dans l'esprit de Tolkien)- et donc ses descendant, sa dynastie - dans un cycle mythique. Et effectivement, comme tu le dis, il rattache ainsi l'histoire au mythe et non l'inverse, je suis d'accord et n'ai jamais dit autre chose.
Quant aux rois de France, évidemment qu'aucun d'eux n'aurait pu se prétendre descendant de Dieu, ou Dieu lui-même, comme d'autres puissantes familles ont pu le faire sous caution d'autres religions, puisque c'était incompatible avec le Christianisme. Mais je dis et répète que ni l'histoire ni le pouvoir n'échappent au mythe et à l'utilisation du mythe. Et ils ont bel et bien ancré la légitimité de leur propre pouvoir d'homme sur d'autres hommes, dans la mythologie chrétienne ("Tout pouvoir vient de Dieu, donc mon pouvoir est légitime puisque Dieu m'a fait naître héritier d'une lignée royale". Pas besoin de prouver ni son courage, ni son intelligence, ni ses qualités de meneur d'homme, ni de se faire accepter et aimer du peuple : la naissance suffit puisqu'elle est voulue par Dieu).
Les fondateurs des premières dynasties (Clovis, Hugues Capet) ont été parés des vertus du mythe, derrière lequel on oubliait l'être humain pour ne retenir que la grande figure historique. Ceci est bien sûr universel. Ce processus, psychologiquement normal, répandu partout et très généralement accepté, s'apparente pourtant davantage au mythe qu'à l'histoire en tant que science. Et je répète que l'histoire enseignée aux enfants, avec ses grands personnages plus archétypîques que véritablement humains, se rapproche davantage du mythe que de la science. (Mais bon, d'accord. On ne va pas faire étudier à des mômes de dix ans des chartes capitulaires en bas-latin, ou des actes de donations d'immeubles en français médiéval. Je reconnais que ça vaut mieux pour eux et qu'une belle histoire avec des bons rois et des méchants grands viz ... conseillers félons a plus de chance d'entrer dans leurs petites têtes bouclées). :-D (l'ennui, c'est que devenus adultes, ils en restent là. :-/ )
Bon, ben, j'espère que je n'ai rien dit d'agressif ni de choquant. Mon but n'était de vexer personne, mais d'expliquer un peu comment fonctionne le rapport du mythe à l'histoire. Woualà. Mes excuses anticipées si j'ai heurté l'une ou l'autre sensibilité, mais je ne retire rien sur le fond. Et en plus, avec cette histoire de rois de France, on est légèrement hors sujet, non?

