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La trahison dans le Seigneur des Anneaux
#3
II- Y a-t-il de vrais traîtres dans le Seigneur des Anneaux


1- Saroumane

A tout seigneur tout honneur, commençons par le personnage qui vient le premier à l’esprit. L’essentiel est raconté par Gandalf au cours du Conseil d’Elrond (Livre II, chapitre II).

Il trahit ainsi Gandalf en l’amenant par ruse et en le maintenant prisonnier à Isengard (« Saroumane le Blanc, répondit Radagast. Et il m’a chargé de vous dire que, si vous en sentez le besoin, il vous apportera son aide » […] . « Car vous êtes venu, et c’était tout le but de mon message. Et vous allez rester ici, Gandalf le gris »).
De même, on apprend dans les annexes qu’il a, depuis longtemps, trahi le Conseil Blanc dans son combat contre Sauron, n’ayant pas du tout les mêmes objectifs que le reste du conseil (les annexes nous indiquent ainsi à la note sur l’année 2851 (soit plus de 150 ans avant la guerre de l’Anneau) que la convoitise de Saroumane sur l’Anneau devenait visible).

Saroumane a ainsi trahi la mission qui était la sienne en tant qu’envoyé de Valinor en usant de ses pouvoir pour son propre compte (« on a dit qu’ils étaient venus de l’Extrême-Occident et qu’ils étaient des messagers envoyés pour contrer les ambitions de Sauron […], cependant il leur était interdit de […] chercher, par la force ou par la peur, à acquérir un pouvoir sur les elfes ou sur les hommes ». Parallèlement, Gandalf rappellera cette mission initiale en « revendiquant » le nom de Saroumane (« Saroumane tel qu’il aurait dû être »)).
Il a aussi trahi son rang en s’abaissant à devenir un pauvre hère (VI, 7) ou le minable tyran local qu’est Sharcoux. Il finira par s’abaisser jusque dans sa mort, poignardé dans le dos par aussi vil que lui.

Pour la cause de sa trahison, l’Anneau apparaît avant tout. Il annonce lui-même qu’il cherche le pouvoir et la domination (« L’Anneau Souverain ? Si nous pouvions en disposer, le Pouvoir nous passerait, à nous »).
Cependant, pourquoi revendique-t-il cette ambition alors que Sauron est au faîte de son pouvoir depuis un âge ? Pourquoi n’a-t-il pas tenté de s’en emparer alors qu’il était le chef du Conseil Blanc et que Sauron n’était pas en état de nuire ? En clair, pourquoi clame-t-il le pouvoir alors que la concurrence est à son comble ?
Je pencherais vers l’hypothèse d’une obsession de l’Anneau qui, comme tous ses porteurs ou ceux qui le revendiquent, fait perdre tout entendement. Saroumane est lui-même trompé et trahi par l’Anneau.

Mais assez étrangement, je ne crois pas qu’il ait trahi en passant à l’ennemi. Même s’il feint de le faire croire à Gandalf, voire à Sauron, il agit toujours pour son propre chef (« le Pouvoir nous passerait, à nous »). On peut même se demander s’il a jamais été dans un autre camp que le sien propre. A cet égard, difficile de le considérer comme un vrai traître.

De même, du point de vue du lecteur, Saroumane nous apparaît toujours le même. On ne voit jamais son retournement. C’est à peine si une image neutre nous apparaît au début du Conseil d’Elrond quand Galdor s’étonne de son absence (a-t-il d’ailleurs jamais été convié à ce conseil ?). Il n’y a que le témoignage de Gandalf qui nous le fait considérer comme un traître. Pour le lecteur, comme pour les acteurs de la guerre de l’Anneau, Saroumane est depuis le départ un être « mauvais », forcément non digne de confiance, différent donc d’un traître.

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