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La trahison dans le Seigneur des Anneaux
#11

Merci Gilles, pour cette belle étude ! :)

Elle propose une perspective percutante de la question dans le Seigneur des Anneaux (n'entre pas dans des cases toutes faites, nous invite à renouveler nos regards). Tu forces pour cela des traits à la limite : l'on pourra objecter par exempe que Saroumane, en tant qu'envoyé par les Valar, n'avait pas à l'origine accepté pour mission d'« agir pour son propre chef », et qu'il a bien trahi cette mission, ainsi que le message dont il (n')était (que) le messager (ce qu'est bien un Istar : un « angelos ou messager envoyé par les Valar » L/237, Lfr/336). Mais, on le comprend bien, tu procèdes ainsi pour mieux faire distinguer quel est le véritable Traître, et, ce faisant (ainsi de ta conclusion), ton étude nous fait nous interroger sur la liberté et la faiblesse de l'Homme face à la Tentation. Je dirais même, certes aux limites du cadre que tu te donnes, que les Orques (trahisons de l'ordre naturel et bon des choses ?), ceux des Champs aux Iris comme ceux de la Morannon, montrent aussi l'empire exercé par l'Anneau ... et jusqu'où la liberté de l'Homme peut être aliénée.

Cette étude, alors, bien que circonscrite au SdA, renvoie avec force d'évocation à l'ensemble du Conte d'Arda. Car dans les Âges Anciens, les protagonistes du Silmarillion sont influencés certes « à la fois par les mensonges de Morgoth, l'ensorcellement des Silmarils, ou leurs intérêts propres... » © Isengar :) mais avant toute chose, sans qu'ils puissent l'ignorer de quelque manière, par un autre Anneau : celui de Morgoth (qui fait que « tous ceux qui avaient un corps, nourri par le hroa d'Arda, avaient une attirance plus ou moins grande envers Melkor [i.e. à trahir l'ordre naturel ou/et Eru] : aucun d'entre eux n'étaient entièrement libres de lui dans leur forme incarnée, et leurs corps avaient une influence sur leurs esprits » MR/399-400). Ce que tu montres à l'échelle de l'histoire de la Guerre de l'Anneau vient se superposer à l'Histoire de toute l'Arda (Marrie), en laquelle ses créatures ne sont jamais entièrement libres, et soumises en permanence à une pression qui tente de les assujettir, l'úþahtië, ni plus ni moins que l'Anneau : ce dernier est un puissant artefact de marrissement.

Nous sommes donc loin, bien loin, de toute facilité visant à confondre une opposition entre la Loyauté et la Traîtrise avec celle des personnes, puisque chacune est en réalité, même Sauron d'une certaine manière, je suis tout à fait d'accord, aux prise avec un ennemi commun (et nous sommes loin, aussi, de toute philosophie qui tend à expliquer le monde par l'interaction (presque nécessaire ?) entre Bien et Mal équipotents - cette étude a quelque chose de très elfique, finrodienne très exactement :) : « [...] pourtant bien des Hommes ne perçoivent le monde que comme une guerre entre la Lumière et l'Obscurité équipotentes. [...] nenni, cela c'est Manwë et Melkor; Eru est au-delà. » MR/321).

Jérôme :)

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