Après un tumultueux débat, voilà un texte bien plus modéré et moins agressif. Je l'ai trouvé très bon car il réussit ‘à plus ou moins allier’ deux visions que tout aurait pu opposé.
Cependant j'ai remarqué qu'il ne reprenait pas la troisième vision que j'avais proposée, intermédiaire aux deux autres : le Tolkien-transmetteur.
Tu donnes:
*vision interne: Arda 'a existé' (« créance secondaire »), Tolkien fait un travail d'Historien comme Hérodote.
*vision externe: Arda n'a pas existé, Tolkien est un écrivain.
J’en ajouterais une troisième, celle que j’ai défendue sur le précédent débat : la vision du Tolkien-transmetteur:
Tolkien ne croyait pas du tout en son monde (tu évoques d'ailleurs à juste titre la notion de sub-création), ce qui fait à mon sens de l'analyse interne, un point de vue quelque peu fantaisiste sujet à la seule opinion du lecteur : Quel texte est la 'vérité'? Quels critères de choix ? Car notre but, ainsi que celui de tout Tolkiendil avisé est, à mon sens, d’étudier l’univers d’Arda tout en restant la plus proche possible de la vision de son auteur. Or si choix il doit y avoir il ne doit être fait que sur des termes purement objectifs/édictés par J.R.R.Tolkien.
D'autre part le point de vue externaliste tend à briser la magie d’Arda, un monde purement fictif qui ne possède aucune créance, mais qui à l’avantage de nous éviter de faire ce choix ô combien important et subjectif entre différentes versions d’un même mythe que nous oblige la vision interne.
Pourquoi plutôt qu’opposer deux visions -car on ne peut les allier sur le point du statut des textes d’où mon impatience non dissimulée quant à la publication de ton essai à ce sujet qui, me semble t‘il, est le vrai fond du problème, ici nous effleurons la surface-, nous ne proposerions une vision qui allie les qualités de l’une et de l’autre : le rejet d’aucun des textes, tout en accordant une certaine valeur dans la réalité secondaire à ces textes. Il s’agit de la vision que j’ai nommé ‘Tolkien-transmetteur (ou traducteur)’.
Considérons la mythologie d’Arda comme une mythologie d’égale valeur à celle égyptienne par exemple que tu évoques. Cela suggère qu’elle est formée de textes découlant d’une tradition qui serait propre à l’Angleterre, mais que Tolkien n’aurait pas inventé mais retransmise.
En effet cela ferait des différents textes de Tolkien des versions différentes d’un même mythe ; comme les textes concernant Prométhée d’Apollodore, Hésiode, Eschyle,… ou même Esope, sont des versions différentes d’une même légende.
Or si nous nous cantonnons à tes deux visions :
L’internaliste nous oblige à faire un choix : quelle version est ‘vraie’ ? Comment départagé le Prométhé qui créait les Hommes chez Apollodore du Prométhée qui ne fait que leur attribué des dons chez Hésiode dans sa Théogonie ? On ne peut pas sur des critères objectifs.
Il en va de même pour les textes de Tolkien : quelle version des aventures de Tuor est la bonne ? Doit-on considérer les textes du Later Silmarillion comme préférables car plus tardifs d’après ton point de vue externaliste ? Mais alors cela nous oblige à abandonner la Chute de Gondolin du Livre des Contes Perdus, seule version de ce mythe. En effet, pourquoi un conte du Livre des Contes Perdus aurait une valeur interne plus qu’un autre ? Comment expliquer les différences entre ce texte et ceux du Later Silmarillion (noms modifiés,… confer Eärendel changé en Eärendil) ?
L’externaliste est possible, mais brise toute la magie de l’œuvre qui devient purement littéraire.
Tandis que considérer les nombreuses formes des aventures de Tuor comme différentes versions d’un même mythe permet de garder tous les textes de Tolkien, mais en plus ils gardent une part de réalité, ce seraient des textes de la tradition anglaise que Tolkien aurait ‘traduit’ et nous aurait ‘transmis’.
Les textes ne sont donc plus en concurrences et la magie quelque peu préservée. Et surtout cela permet d’uniformiser et d’éviter à faire une double analyse de chaque texte.
Sur ce je me calme, j’ai mon bac blanc de français à réviser et bien d’autres occupations ; félicitation pour cet essai travaillé qui prête à la réflexion.
aravanessë

