Reponse :
Il y a deux problemes a ta proposition.
Le premier est que, alors que les deux positions dont je parle (mais que je n'oppose pas, contrairement a ce que tu semble dire), c'est-a-dire les approches interne et externe, sont justifiees, l'une par la facon de travailler de Tolkien lui-meme, l'autre par la methode traditionnelle de la critique litteraire, je ne vois pas vraiment ce qui justifie une troisieme approche - que d'ailleurs je ne comprends pas tres bien.
Le second probleme - et aussi le plus grave - est qu'elle se fonde a mon avis sur un mauvais presuppose : celui selon lequel Tolien "ne croyait pas du tout a son monde". Au contraire, il est clair par nombre de ses lettres mais aussi par plusieurs passages de la Biographie que Tolkien y croyait, a son monde ! Comme le dit plus ou moins Carpenter (je n'ai pas le livre sous la main mais c'est plus ou moins ca), il ne croyait pas que les Elfes ou les Orcs avaient vraiment parcouru la Terre a une epoque donnee, mais il pensait son livre dote d'une verite qui etait plus qu'une verite symbolique. Il raconte a ce propos un episode assez interressant, dans lequel un personnage vient le voir et lui pose des questions tout a fait a la maniere de Gandalf. Entre autre, cet homme lui dit : "bien sur, vous ne croyez pas avoir ecrit tout ca tout seul?". Et Tolkien repond non, bien sur. Il est clair que Tolkien se considerait comme "inspire" d'une certaine maniere : non pas le redacteur et rapporteur d'une verite absolue, d'une pure parole de Dieu, mais tout de meme le mediateur d'une verite qui depassait le niveau purement symbolique.
La consequence immediate de ce point de vue, c'est qu'il y a bel et bien une verite a chercher dans son oeuvre. Et j'insiste : UNE verite. Bien sur, elle n'est pas monolithique, elle peut etre diverse, mais enfin il me semble clair que Tolkien voulait transmettre une vision VRAIE du monde. C'est ce qui fait que la vision interne - selon la definition que je propose - n'est pas du tout fantaisiste : car par-dela la recherche de la verite historique, c'est une autre verite, plus profonde, qu'elle veut trouver. A mon avis il est essentiel de comprendre cela, et peut-etre que j'aurais du plus insister dans mon essai : l'approche interne est en fait une approche a plusieurs niveaux : la recherche de la verite pseudo-historique (ou de la pseudo-verite historique, comme vous voulez) cache la recherche de la verite mythologique, theologique ou philosophique.
La consequence sur le statut des textes, c'est que - mais j'explique mon point de vue plus avant dans mon essai, qui est achebe mais que je vais relire par plusieurs amis avant de vous le soumettre - bien qu'on puisse garder dans le Legendaire plusieurs versions d'un mythe DANS CERTAINS CAS, cela ne peut pas se generaliser a tous les textes. Tout simplement parce que Tolkien, etant un homme, a fait des erreurs. Si vous croyez a la verite de ses textes, prealable indispensable a l'approche internaliste, vous vous direz que n'etant qu'un homme, eh bien il y avait des jours ou il etait moins inspire que d'autres, ou moins a l'ecoute. C'est pour ca que je ne pense pas qu'il faille garder tous les textes de Tolkien comme faisant partie du Legendaire - le Legendaire n'ayant d'interet que pour l'internaliste -, parce que Tolkien faisait le tri. Mais c'est aussi pour ca que je pense que dans certains cas - Numenor ? - il faut garder plusieurs versions. En fait je crois que - comme bien souvent - il faut se garder de l'extremisme : ne pas vouloir jeter toutes les versions a l'exception d'une seule elue, et inversement ne pas vouloir tout garder comme si les Homes etaient une sorte de Bible sacro-sainte. J'ajoute enfin - mais des details suivront dans mon essai... - qu'etre exclu du Legendaire ne veut pas dire pour un texte de Tolkien etre "jete"... je le repete, je ne jete aucun texte. Mais j'en esclus certains du Legendaire. Si mes amis se depechent, vous aurez mes 30 pages d'essai sous peu.
Meneldil
PS : desole pour ce pseudo quelque peu arrogant, mais quelqu'un m'avait chipe mon nom alors...

