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Approches interne et externe du monde de Tolkien
#12
Quelques points de désaccord (sans doute!) et de reflexion (à coup sûr!):

[citation]Car enfin, une chose que l’on peut remarquer avant même d’avoir posé une définition définitive des deux approches, c’est que de telles questions ne se posent jamais pour d’autres œuvres, par exemple celle de Balzac, de Faulkner[/citation]

Les notions d'approches (ou de perspectives) externes et internes, comme le rappelait Edouard plus haut, font partie des outils de la critique littéraire. Au sens strict, l'approche externe fait intervenir des considérations biographiques, sociologiques etc. (histoire et époque, critique, réception...) tandis que l'approche interne fait surtout intervenir des aspects stylistiques, poétiques etc. (structure textuelle, rhétorique...). Ce n'est donc pas une spécificité propre à Tolkien, ni même à la fantasy et on peut envisager des approches internes/externes pour beaucoup d'autres oeuvres. Je pense même que Balzac s'y prête plutôt bien, de même que Zola etc.

Je veux bien admettre que les choses se compliquent quand on aborde les relations inter-textuelles (disons entre deux oeuvres du même auteur) et intra-textuelles (au sein d'un texte donné), en particulier s'il présente des mises en abyme et que les frontières entre les domaines sont du coup plus floues. C'est le cas de Tolkien, justement. Mais il serait biaisé de croire que la question ne s'applique qu'à lui (ou à des oeuvres de nature semblable)... Elle est tout à fait légitime pour de nombreuses autres oeuvres, brèves ou longues.

Or donc :

[citation]Ce qui fonde et légitime la différence entre les deux approches, c’est une particularité de l’œuvre de Tolkien : le fait d’avoir été écrite par son auteur non pas comme un simple roman mais comme une nouvelle mythologie.[/citation]

Je ne suis pas entièrement d'accord... Il me semble que la particularité tient surtout (et plutôt) à un aspect indirect que tu mentionnes trop brièvement dans la suite de l'article. Cela tient au fait que Tolkien imagine une transmission des textes au sein de son Legendarium (que cette transmission pseudo-historique dans le cas du marin Eriol, ou purement fictive par le biais de Pengolodh, de Bilbon et d'anonymes compilateurs gondoriens, ou encore d'un Tolkien-traducteur se mettant lui-même en abyme etc.). Il effectue du coup un gradation fictive entre les textes (celui-ci proviendrait d'une source moins sûre ou plus déformée que celui-là, etc.) et interroge alors la validité d'un récit donné au sein du récit englobant.

C'est alors que l'on peut à nouveau appliquer le filtre externe/interne non plus uniquement à l'oeuvre primaire et à son auteur (réel), mais aussi aux oeuvres secondaires et à leurs auteurs (fictifs).

C'est à mon avis une question complexe et nuancée, qui ne se résume pas (simplement) à savoir si le partisan de l'approche interne "croit" à ce qu'on lui raconte et celui de l'externe "ramène" tout à Tolkien. Le terme clef est bien celui d'une "approche" des divers modes de fonctionnement d'un texte, et les deux sont en fait non pas uniquement opposables, mais aussi indissociables.

Cela ne se résume pas non plus à la question du statut des textes telle qu'elle est formulée dans l'article (qui, telle qu'elle est définie, tient davantage de savoir comment un établir un "canon" dans une oeuvre dont on possède des brouillons divergents à divers stades de finition. C'est encore une autre préoccupation, non dénuée d'intérêt, mais ne découlant pas directement du sujet qui nous intéresse ici.)

Je ne peut donc pas être entièrement d'accord avec cette formulation:

[citation]la première, l’approche interne ou internaliste, qui, voyant le monde de Tolkien de l’intérieur, accepte le présupposé selon lequel ce qui est décrit est effectivement arrivé en l’an X avant Jésus-Christ, qui accepte cet univers comme étant un passé réel ; la seconde, l’analyse externe ou externaliste, qui, se plaçant à l’extérieur de l’univers tolkienien, ne voit dans l’œuvre de Tolkien qu’une simple œuvre littéraire comme les autres, qu’il voit par rapport à notre monde et comme un simple présent fictif. Voici la base de la séparation entre les deux approches.[/citation]

C'est une dichotomie beaucoup trop forte, au point qu'elle ne demande même plus, si on y regarde bien, d'introduire les concepts d'approche interne et externe! Ce dont il est question ci-dessus, c'est uniquement de créance...

Didier.

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