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Approches interne et externe du monde de Tolkien
#16
Pour Ara : decidement tu ne me convains (ca s'ecrit comme ca ???) pas. A vrai dire, je crois que ton "approche unique" (si je l'ai bien comprise, ce dont je ne suis pas encore sur) est un peu trop simple pour etre efficace. Par exemple, elle ne laisse qu'une seule consequence possible sur le statut des textes (tout garder), alors que la mienne est plus ouverte. Le probleme, je crois, c'est que tout le monde (y compris Hisweloke) semble croire que j'OPPOSE les deux approches. Si c'est le cas, dites-le moi franchement parce que ca voudra dire qu'il faut que je rende mon essai plus clair ! Je ne vois nullement les deux approches comme opposees mais comme complementaires. Et comme elles me semblent tout de meme bien disticntes, il me semble plus fructeux de les garder toutes les deux et de jongler entre les deux (comme je le dis dans ma conclusion mais aussi ailleurs je crois) que de vouloir fonder une seule approche unifiee et qui me semble un peu "totalitaire".

Sur la verite de l'oeuvre de Tolkien, tu ne m'as pas bien lu. Je ne dis justement pas que Tolkien croyait que son oeuvre avait une verite symbolique ; je dis qu'il croyait que son oeuvre avait une verite PLUS que symbolique. Encore une fois, il me semble simpliste de considerer qu'il n'y aurait que deux niveaux de realite : primaire ou symbolique. Je crois que les choses sont beaucoup plus complexes. Je ne parle donc pas de realite sumbolique, et je pense que les mythes de Tolkien ont une verite qui est bien plus que didactique ou symbolique. Je crois que pour Tolkien, Melkor, par exemple, ne servait pas "a denoncer" ou meme a seulement symboliser le mal. Je crois qu'il montrait une facette d'un personnage tout a fait reel au plan primaire (en tout cas un personnage dans lequel il croyait), c'est-a-dire le diable. Que Melkor, par l'applicabilite, puisse aussi representer tout personnage malefique, oppose a la volonte de Dieu dans certains cas, n'empeche pas qu'a la base Melkor existe. La verite du mythe de Tolkien n'est donc (pour Tolkien en tout cas, si on est athee la question est differente) ni purement primaire (car il ne pensait pas que les choses s'etaient passees "comme ca"), ni purement symbolique (car les etres, ou certains etres qu'il decrivait, avaient pour lui une existence reelle).

Enfin, ta derniere remarque me laisse perplexe. Je ne voudrais pas empieter ici sur la question du statut des textes (qui n'est pas le sujet), et surtout pas avant la parution de mon essai. Donc je crois que je ne vais pas repondre pour le moment. Si tu trouves toujours ma position illogique apres avoir lu mon essai, on en reparlera. Une seule petite chose cependant : certes Tolkien se pose comme un traducteur, mais tu serais bien en peine de me trouver une citation dans laquelle il affirmerait que le moindre de ses mots (et donc par exemple les brouillons du SdA) est une traduction...

Pour Hisweloke, maintenant. Plus dur. A mon avis on est a peu pres d'accord, mais on ne donne pas toujours les memes definitions aux choses. Ah, malediction de Babel... Seulement, depuis, et comme le dit Spinoza : "les definitions sont libres".

Je suis parfaitement d'accord avec toi pour dire que les approches interne et externe sont applicables a toute oeuvre litteraire. En revanche, je ne le suis plus si tu nie toute particularite a Tolkien. Je crois que la double particularite est difficile a refuser. Tu ne reponds pas vraiment a ce que je disais dans mon message precedent : premierement, Tolkien a voulu ecrire une mythologie ; il y a la une particularite indeniable, et qui a deux consequences que toi-meme tu remarques : d'une part l'intertextualite qui met en rapport etroits deux romans ou textes differents, et compose ainsi un ensemble qui a son existence propre et qui est PLUS que la somme des textes qui le composent (selon le principe de Werber 1+1=3) ; d'autre part l'invention d'un "mode de transmission" des textes du Legendaire. Tu dis que c'est ca qui justifie les deux approches, mais il me semble la encore que c'est accorder plus de poinds a l'effet qu'a la cause... La cause de ces deux effets, c'est la nature essentiellement mythologique des textes du Legendaire. C'est donc elle, en derniere analyse, qui justifie les deux approches. Et il y a bien la particularite de Tolkien.

Et deuxiemement, je maintiens que la difference dans la reception par le public ne peut etre ignoree, et ne s'explique a mon avis que par une difference de nature de l'oeuvre de Tolkien. Si les fans se battent pour savoir si Bombadil est un maia ou un vala (ou autre chose), comme les chretiens se sont battus (physiquement cette fois !) pour savoir si le Christ etait plutot homme ou plutot Dieu, mais comme les amateurs de Balzac ne le font pas pour Rastignac, c'est bien que l'oeuvre de Tolkien a quelque chose en commun avec cette grande mythologie (a entendre toujours au sens noble, je suis moi-meme chretien) qu'est la Bible, et que la Comedie Humaine n'a pas ce quelque chose !

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